Merci pour le show !

Chose certaine, le brouhaha fédéral depuis l'émergence de la fameuse coalition des partis d'opposition nous aura bien amusés. De la politique-réalité à son meilleur. À l'ère du divertissement, difficile de s'offrir performance plus gratinée. Les théâtres et les cinémas ont dû se vider cette semaine. Jean Charest cherchait les journalistes à sa conférence de presse préélectorale. La télé se révélait indétrônable pour livrer le show d'Ottawa. Oh! les hallucinantes foires d'empoigne aux Communes, avec les insultes et les coups bas. Oh! l'appel à la nation de Stephen Harper et la vidéo pourrie de Stéphane Dion. Celle-là, faudrait pas la juger à travers nos critères de critique de films. L'interlude manquant, la mauvaise qualité de l'image et du cadrage, la bouille de Dion trop rougie. Non, ne nous mettez pas cette pièce d'anthologie entre les mains. Ça chaufferait. Un enfant aurait fait mieux avec un téléphone cellulaire. Mais la cassette ajoutait de l'absurde à l'incohérence générale. Nouvelle source d'hilarité!

Que de péripéties trépidantes... Michaëlle Jean, rapatriée d'urgence de son voyage en Europe, qui accepte la prorogation et bousille les visées d'une coalition appelée sans doute à foncer dans le mur, mais quand même... La Chambre gelée, pour deux mois. Le tout prouvant, si, si, messieurs-dames, que le Canada n'est pas un pays si plate. Même notre Garnotte dut s'incliner et admettre que, la caricature étant tout entière dans le show, une photo eût semblé peut-être plus drôle qu'un dessin.

Oui, merci, merci pour le beau programme. On a réhabilité le petit écran, qui a si bien livré la marchandise. Sauf que les engueulades aux Communes nous manqueront pendant deux mois. Rien n'est parfait.

Nous, gens du culturel, rigolons ferme. Ce feuilleton politique nous plaît, qui déstabilise le cow-boy du grand rodéo. Les masques tombent et une brèche s'ouvre pour un changement éventuel dans la cour des arts. Le milieu culturel était plutôt en faveur du gouvernement de coalition, qui prévoyait le rétablissement des subventions et des programmes tronçonnés par l'équipe Harper, sauf qu'on ne sait plus trop vers quel récif fonçait la galère de cette coalition. Pour l'instant, tout bloque, mais attendons la suite... Ce spectacle rock and roll connaîtra fin janvier de nouveaux rebondissements. Un budget qui maintiendra nos tories au pouvoir? Des élections? Les artistes ressortiraient alors leurs pancartes. «Tout plutôt que Harper!» Air connu!

Du fond de mon journal séparatisse, j'ai parlé à James Moore, le ministre du Patrimoine, cette semaine. Les conservateurs courtisaient soudain les journalistes, devinez pourquoi? James Moore venait de monter au front avec son collègue de l'Environnement, en pleine crise. Son parti a perdu la confiance du Parlement, soit, mais du milieu des arts aussi. Le ministre doit ramer. Il rame donc, essaie de convaincre la galerie que la culture constitue un secteur majeur pour lui, pour eux. Pour nous, on le savait déjà...

Au bout du fil, James Moore répète que son gouvernement a augmenté son budget culturel de 8 %, tout en le dépensant de façon plus efficace qu'à travers les fameux programmes abolis. Alors, les artistes devraient cesser d'avoir peur, à son avis. Tu parles! Il précise que la moitié des 45 millions supprimés était versée dans un site que personne ne consultait. Soit, fallait un peu écrémer ces programmes, mais pas comme ça, sans consultations du milieu. Le ministre affirme vouloir continuer son travail durant le grand gel. «Il n'y a pas que les Communes. Mon horaire est plein.» James More se promettait d'aller à Montréal et à Québec bientôt pour rencontrer le milieu, et il le fera peut-être malgré tout, mais dans quel climat!

Il ne semble pas pire qu'un autre, ce ministre, juste à peu près pareil...

Ce n'est pas pour me vanter, mais avant les élections d'octobre j'avais prédit que le futur siège du Patrimoine serait occupé par un homme.

Selon ma petite théorie, si les femmes se révèlent surreprésentées aux ministères culturels — et à tous les ordres de gouvernement encore —, c'est que ni elles ni la culture ne sont prises au sérieux dans les officines de pouvoir masculines. Or, comme Harper avait perdu des points au Québec avec ses compressions dans le domaine des arts — ce qui lui a valu sa minorité et ce délicieux psychodrame grand-guignolesque —, histoire de donner du poids au ministère notre chef conservateur devait asseoir au poste du Patrimoine un homme. Cette figure paternelle censée inspirer confiance. Suffit de comprendre la psychologie de l'adversaire.

Bien évidemment, les femmes ministres à la Culture ne sont ni meilleures ni pires que les petits copains. Tout est question de façade...

Bingo! L'«homme» fut nommé, et on a laissé la chance au coureur. Pas longtemps. Les compressions de 45 millions effectuées sous Josée Verner étaient là pour de bon, les ponts ne semblaient pas vouloir se rétablir. Badaboum!

Ni James Bond, ni Roger Moore, pas 007. Simplement James Moore, un gars de la Colombie-Britannique qui parle français, c'est déjà quelque chose, mais fidèle à la ligne du parti. Déception!

Même couplet sous le règne de Tarzan que sous celui des deux «Jane» précédentes, mêmes mains liées par le chef. Aujourd'hui, homme ou femme, quelle importance? Le coup du boy's club n'a pas fonctionné.

Sous le dernier mandat de Stephen Harper, James Moore gérait le dossier des Olympiques 2010 de Vancouver. Aujourd'hui, il annonce un volet culturel important pour la manifestation sportive. De toute évidence, bien des fonds de son ministère iront nourrir les spectacles des Jeux. Ce que craignaient plusieurs membres du milieu culturel. Et si les sommes abolies allaient gonfler cette enveloppe?...

Au Québec, le court règne de Moore faisait encore râler ces derniers jours. De nouvelles compressions fédérales entraînaient la perte des bourses de la relève à la Fondation du maire de Montréal pour la jeunesse. L'Académie québécoise du théâtre ferme ses portes, faute d'un coup de pouce d'Ottawa. Ce ministre a des côtes escarpées à gravir s'il veut séduire un jour notre petit milieu. On le plaint presque.

Mais quel que soit le scénario de l'après-budget de Harper, même s'il garde le pouvoir, affaibli, déséquilibré, il aura changé. Autant dans le secteur des arts, qui a contribué à précipiter les conservateurs dans ce joyeux merdier avant que les gaffes du chef ne l'enfoncent en enfer, que pour faire passer son budget. L'équipe de Harper devra baisser ce prix, se faire humble, consulter. On espère encore, et on est peut-être fous d'espérer, des lendemains qui chantent un peu.

En tout cas, le spectacle a levé, coalition aidant, faut dire. Mais Harper n'était pas en reste. Vite, une bonne main d'applaudissements pour les conservateurs. La seule jusqu'ici...

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