Dans les coulisses des événements fleuris organisés par l'institution montréalaise - L'effet de serres au Jardin botanique

Toute une équipe participe au montage et au démontage des expositions. Ici, l’horticultrice Nicole Perrier dispose un plant sur un des planchers de l’exposition.
Photo: Jacques Grenier Toute une équipe participe au montage et au démontage des expositions. Ici, l’horticultrice Nicole Perrier dispose un plant sur un des planchers de l’exposition.

Lorsqu'on arrive dans la grande serre du Jardin botanique, on pousse des oh!, des ah! et des wow! Devant le spectacle fleuri, qu'il soit sur le thème de l'Halloween ou de Noël, ou que des papillons lui volent la vedette, on n'imagine pas toute l'agitation qui se déroule en coulisses depuis près d'un an. Le Jardin botanique a récemment ouvert toutes grandes ses serres au Devoir, qui en dévoile ses plus étonnants dessous.

En entrevue, ils sont trois spécimens du Jardin à expliquer les mystères de la conception des expositions. Entre deux questions, Denis Ashby, le concepteur artistique, discute des couleurs dominantes de son design pour la serre de Noël avec Nicole Perrier, l'horticultrice responsable de la grande serre d'exposition.

Dans leur tête, c'est déjà Noël, alors que l'Halloween bat encore son plein dans la grande serre. «En fait, dès que l'activité de Noël 2007 fut terminée, en janvier, on commandait déjà les semis pour ce Noël-ci», explique le designer.

Évidemment. Les plantes, ça ne pousse pas en criant «chrysanthème» à quelques semaines de la grande ouverture de Noël au Jardin.

Au même moment, l'horticultrice en charge de la production des potées de fleurs, Marie Lavergne, explique comment se crée une exposition au Jardin. «Tu vois, c'est Denis qui fait les concepts [comme celui de la maison d'Esmeralda en octobre], alors que Nicole décide des végétaux qui seront choisis.» Tout ça dans un travail d'équipe des plus étroits, où le designer est parfois ramené à la réalité.

«Parfois il nous dit: "On va faire sept arbres de Noël en poinsettias", et on lui explique que ce n'est pas possible parce qu'un seul arbre contient beaucoup, beaucoup de poinsettias, et que ça prend déjà énormément d'espace en serre», dit Marie. Cette année, un gigantesque sapin de fougères trône dans la serre d'exposition. L'équipe de Marie doit donc fournir assez de plants pour réaliser les idées de grandeur du concepteur artistique.

Du spectacle

Dans les cinq serres de production de l'horticultrice à la barre de la production des potées, les végétaux pour l'événement Papillons en liberté côtoient ceux de l'expo des Fêtes et les plants «restants» de l'Halloween. On trouve aussi les «remplaçants», c'est-à-dire ceux qui seront appelés à remplacer les plantes abîmées par un visiteur ou tout simplement épuisées par la vie. Tout ce beau monde vert se côtoie sous un même climat. «Étant donné l'espace, on fait cohabiter des plantes grasses avec des fougères, alors que les fougères devraient se trouver dans un milieu plus humide. C'est pourquoi je les mets dans le coin et je les brumatise», expose Marie.

Au total, c'est plus d'une quinzaine d'espèces qui cohabitent dans une même serre. Et de l'espace pour prendre de l'expansion, elles en ont, ces pousses vertes. «On fait de l'horticulture de luxe. Je n'ai pas une contrainte économique comme les producteurs. Ici, on doit faire du spectacle!»

Et du spectacle, ils en offrent aux visiteurs. Pour chaque exposition, c'est pas moins de 1200 plants qui fleurissent dans la grande serre. «Mais pour Papillons en liberté, j'ai rentré entre 1700 et 1800 bulbes. C'est énormément de travail!», s'exclame Nicole.

En effet, chaque exposition demande 30 jours de montage — en incluant le démontage de l'expo précédente — et, entre celles des deux plus grosses fêtes de l'année, l'échéancier est assez serré. «Dès le lendemain du Grand Bal des citrouilles, on commence le démontage, et le montage prend entre deux semaines et deux semaines et demie», dit Nicole, qui participe à toutes ces cruciales étapes.

Encore une fois, Papillons en liberté a ses coquetteries et demande une plage horaire prolongée pour le montage. Avant l'ouverture officielle, les papillons ont déjà passé une semaine dans la serre, histoire de s'acclimater à l'environnement.

Pendant cette exposition de papillons, lesquels se nourrissent à même les fleurs choisies par Nicole, le roulement des potées est aussi plus élevé. «Dès la première semaine, il faut déjà remplacer certaines plantes, plus éphémères», précise l'horticultrice en charge de la grande serre. «On met aussi un peu de bulbes [de jacinthes, de tulipes] pour animer la serre, ajoute sa collègue Marie. Pourtant, on est dans un climat tropical et on ne devrait pas y trouver ces fleurs. Mais bon, puisque c'est encore l'hiver, ça nous fait du bien de les voir déjà!»

Cycle vert

Les papillons volent littéralement la vedette au printemps, dont les décors sont réduits au minimum à cette période de l'année. Le Grand Bal des citrouilles et Noël au Jardin sont les expositions pour lesquelles l'expertise de Denis Ashby est mise à contribution. Unique designer du Jardin botanique — fait exceptionnel pour une institution de cette envergure —, il passe l'année à courir de tous les côtés pour trouver de quoi s'inspirer et approvisionner ses thèmes.

En octobre, les visiteurs assidus auront peut-être noté la ressemblance de la maison de la sorcière Esmeralda avec celle de l'année précédente. «Au fil des ans, il y a eu beaucoup de compressions budgétaires. Initialement, on changeait le décor de la grande serre annuellement. On avait un thème qui s'appliquait à toutes nos expos et ça changeait complètement l'année suivante. Mais depuis 2004, le décor est permanent», dit-il. Qu'à cela ne tienne, ces contraintes le poussent à encore plus de créativité. Et à se servir du recyclage!

Les décors pouvant être assez onéreux, Denis n'hésite pas à recourir aux plantes poussant sur le bord des routes pour enjoliver ses décors et même à entreposer certains éléments de scène pour les sortir quelques années plus tard. «On donne toujours deux ou trois vies aux expos, précise Marie. En plus, c'est dans l'air du temps!»

D'un milieu vivant comme celui du Jardin botanique, on ne peut pas demander mieux.

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Les dessous du Jardin, en rafale

Aux côtés de Denis, Marie et Nicole, il y a toute une équipe qui participe au montage et au démontage des expositions. On y voit des jardiniers autant que des peintres, des menuisiers et des plombiers, qui besognent comme des fourmis pour offrir un spectacle aux visiteurs.

Le Jardin botanique compte

56 serres au total, mais il partage plusieurs d'entre elles avec l'Insectarium, le Biodôme et l'Institut de recherche en biologie végétale.

Parmi les serres, 26 sont utilisées pour la conservation. On compte même des serres de collection, véritables musées verts où se reposent plusieurs rares spécimens. Ces collections servent également à des fins de recherche, de conservation ou d'intérêt saisonnier de la floraison.

Que se passe-t-il avec les végétaux une fois une exposition terminée? Certains sont remisés dans les serres de collection, alors que plusieurs plantes, souvent des annuelles, sont compostées. D'autres végétaux sont vendus à la boutique du Jardin.

Un calendrier de production est établi pour la pousse des plants. Par exemple, c'est à 20 semaines du jour J que les cyclamens doivent être plantés afin qu'ils fleurissent à temps pour l'exposition. Mais si un automne ensoleillé se joint au travail des horticulteurs, les plants poussent plus vite et bousculent ainsi le minutieux échéancier de production. Pour retarder la floraison, des réfrigérateurs géants viennent alors à la rescousse des employés.

Chaque année, Noël au Jardin est vu par 10 000 paires d'yeux, les pieds de 130 000 visiteurs foulent le sol de Papillons en liberté tandis que Le Grand Bal des citrouilles décroche la palme de la popularité: 150 000 personnes s'y déplacent pour jeter un oeil aux quelque 600 citrouilles décorées des mains du public.

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