Médias - Le Journal de Montréal: une négociation historique dans l'impasse

Les négociations sont rompues au Journal de Montréal, et les syndiqués se préparent maintenant ouvertement à un lock-out possible dès le début janvier.

De son côté, la direction de l'entreprise soutient que l'actuelle négociation est «historique», qu'il est temps de revoir en profondeur les façons de faire, et elle se dit prête à négocier «jour et nuit» pour tenter de s'entendre.

La période des Fêtes sera donc passablement agitée chez le quotidien montréalais, où les tensions semblent n'avoir jamais été aussi vives.

Du côté syndical, on a quitté la table de négociations il y a quelques semaines, en demandant à la direction de l'entreprise d'«aller se chercher un autre mandat», selon le président du Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal (STIJM), Raynald Leblanc. Les négociations avaient commencé en octobre et la convention collective se termine le 31 décembre.

Le syndicat n'accepte pas l'ampleur des demandes présentées par la partie patronale et il a accentué ses moyens de pression, après avoir adopté le principe de tels moyens en assemblée générale. Tous les jours, par exemple, les employés sortent de l'immeuble pour tenir une manifestation. Rappelons toutefois qu'aucun vote de grève n'a été décidé en assemblée.

L'écart semble tellement grand entre les parties que Raynald Leblanc reconnaît maintenant ouvertement que l'«on s'attend à un lock-out en janvier et on se prépare psychologiquement à un long conflit». M. Leblanc affirme que l'envergure de l'actuelle caisse syndicale permettrait aux employés de survivre deux ans.

Du côté patronal, la vice-présidente aux affaires publiques de Quebecor Media, Isabelle Dessureault, fait valoir que «les gens du syndicat ont choisi de se retirer après avoir vu l'ensemble des demandes, mais nous sommes prêts à les rencontrer et à en débattre. Nous continuons à penser qu'il y a moyen de se parler».

Pour Mme Dessureault, cette négociation est «historique». «L'industrie des journaux est en déclin partout dans le monde. explique-t-elle. Toutes nos sources de revenus sont à la baisse et tous nos coûts sont à la hausse. L'âge d'or des quotidiens est derrière nous. Mais nous nous retrouvons avec une convention collective écrite pour une époque qui n'existe plus.»

Isabelle Dessureault insiste sur le fait que «le statu quo n'est plus une option» et que l'on ne peut pas signer une nouvelle convention et s'engager pour trois ans sans revoir complètement les façons de faire. «Nous voulons investir dans une salle de nouvelles complètement remaniée pour prendre le virage numérique, et nous voulons investir dans de nouvelles ressources journalistiques alors que nous pouvons encore le faire», laissant entendre que la crise pourrait être beaucoup plus sévère dans trois ans si on ne prend pas le virage cette année.

«Le syndicat a sûrement une des conventions collectives les plus généreuses en Amérique du Nord, ajoute-t-elle, et c'est une convention qui freine l'adaptation au monde numérique.»

Le syndicat a produit un document qui indique l'ampleur des demandes patronales. Parmi ces demandes, on remarque le droit d'utiliser dans Le Journal de Montréal tout le contenu généré par Quebecor média, et le droit d'utiliser tout le contenu du journal dans toutes les plateformes de Quebecor, l'abolition de la limite de 10 % de collaboration externe, l'abolition des définitions de tâches (afin de permettre à un journaliste, par exemple, de faire des photos et des vidéos), l'augmentation des heures de travail, et ainsi de suite.

Par ailleurs, le syndicat attend avec impatience une décision de la Commission des relations de travail sur le conflit d'il y a quelques mois au Journal de Québec. Le syndicat de ce journal avait en effet reproché à Quebecor devant la commission d'avoir fait produire de l'information par des briseurs de grève pendant le lock-out. Raynald Leblanc croit que le résultat de cette plainte pourrait avoir un effet direct sur le déclenchement d'une guerre possible en janvier entre les deux parties à Montréal.

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