Une voix libre du Québec s'éteint

Cette photo d’Hélène Pedneault a été prise en mars 2005.
Photo: Jacques Grenier Cette photo d’Hélène Pedneault a été prise en mars 2005.

La journaliste et écrivaine Hélène Pedneault est décédée hier matin d'un cancer à l'âge de 56 ans. Hélène Pedneault la polémiste, la militante, l'artiste, la féministe, l'indépendantiste, l'écologiste, la battante.

Hélène Pedneault la délinquante. C'est en effet par ses Chroniques délinquantes, des textes à la fois décapants et sensibles publiés dans la revue féministe La Vie en rose à partir de 1982, qu'elle s'est d'abord fait connaître au Québec. Mais elle a aussi oeuvré sur tous les fronts, avec la dernière énergie, militant pour l'indépendance du Québec, cofondant le Conseil de la souveraineté du Québec, et, plus récemment, le mouvement Eau secours, et celui des Porteurs d'eau, à la défense des cours d'eau du Québec. Au cours de la dernière campagne électorale fédérale, alors qu'elle venait de terminer une chimiothérapie, elle signait dans Le Devoir un dernier article invitant les Québécois à voter pour le Bloc québécois. «Selon moi, écrivait-elle, entre Charest qui vogue dans les vapeurs vides de ses faiseurs d'images, Dumont qui aide Harper à se faire élire et les ultraconservateurs de Harper, la conjoncture n'a jamais été aussi bonne pour faire l'indépendance du Québec.»

Ils, elles surtout, étaient très nombreux hier à pleurer son humour, son indignation, sa volonté, sa générosité, sa liberté. «On perd cette indignation, cette indignation vive. C'est un talent qui se perd», a dit la journaliste Francine Pelletier, une amie, avant d'ajouter qu'Hélène Pedneault a été «la première à combattre la langue de bois au Québec». «Elle ne voulait désespérément pas mourir, elle tenait immensément à la vie», a-t-elle dit. Au moment de partir, Hélène Pedneault multipliait en effet les projets, travaillait au montage d'un one-woman-show, à la rédaction d'un roman policier et à une nouvelle version de sa biographie de Clémence DesRochers. Car au-delà de la militante acharnée, elle était une artiste sensible et douée.

Mais «son engagement ne lui a pas donné le temps nécessaire pour écrire», racontait la productrice et ancienne présidente de la Confédération des syndicats nationaux, Monique Simard.

En juin dernier, un groupe d'amis s'est formé pour organiser une campagne de financement lui permettant de survivre quelques mois, alors qu'elle était affectée par la maladie. «Au début, on pensait à une trentaine de personnes pour un souper spaghetti. Il est venu 200 personnes, et on a amassé plus de 30 000 $», raconte Nicole Boudreau, une amie intime, qui fut aussi la première et la seule présidente de la Société-Saint-Jean-Baptiste, de 1986 à 1989.

Durant toute la journée d'hier, les témoignages ont afflué pour rendre hommage à cette libre penseuse.

«Je la savais très malade. Pour moi, c'est une femme qui a tellement pris fait et cause pour le Québec, qui est probablement l'une de celles qui ont écrit les plus beaux mots pour que nous défendions notre culture, pour que nous défendions notre projet de souveraineté, notre projet de pays. C'est une grande perte pour la parole québécoise», a dit la chef du Parti québécois, Pauline Marois.

«C'est une grande perte pour le Québec d'aujourd'hui. Hélène a été une complice depuis 20 ans, surtout dans le mouvement des femmes. C'était une nationaliste, une femme impertinente, un peu délinquante aussi comme elle aimait bien se qualifier. Elle était également très engagée. Elle a écrit les paroles de la chanson Du pain et des roses en 1995 et le Manifeste de la marche mondiale des femmes. Pour le mouvement nationaliste, mais aussi écologiste — elle a été fondatrice de la coalition Eau Secours —, Hélène a été une grande source d'inspiration», a ajouté Françoise David, chef de Québec solidaire.

«Hélène Pedneault nous a quittés. Le souvenir de cette battante qui incarnait à elle toute seule le véritable projet de société souverainiste, féministe, égalitaire, écologiste et solidaire qui nous habite, demeurera», a dit Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté du Québec. «Voir Hélène partir nous enveloppe d'une immense tristesse. Son énergie était débordante, sa vision ample, et sa contribution efficace. Hélène nous manquera terriblement.»

On saura bientôt quand auront lieu les funérailles et le service funéraire d'Hélène Pedneault.

À voir en vidéo