L'Art Gallery of Ontario rouvre ses portes

L’AGO dévoilait hier à la presse son nouveau visage. Un visage dont le revêtement extérieur avant, une paroi entièrement vitrée sur une armature en bois, était certes déjà visible.
Photo: L’AGO dévoilait hier à la presse son nouveau visage. Un visage dont le revêtement extérieur avant, une paroi entièrement vitrée sur une armature en bois, était certes déjà visible.

Toronto — Après un an de travaux, menant à un agrandissement signé Frank Gehry et à un renouvellement majeur des salles, le musée des beaux-arts de l'Ontario — ou Art Gallery of Ontario, AGO pour les intimes — rouvre ce soir. En jouant la carte de l'accessibilité. La campagne publicitaire Free Tom Thomson et Free Joyce Wieland affichée en ville le dit: pour cette première fin de semaine, l'entrée au musée sera libre.

«C'est un moment très spécial pour notre ville, dit Matthew Teitelbaum, directeur de l'AGO depuis dix ans. Nous croyons que [Gehry] a réalisé un grand bâtiment. Mais il ne s'agit pas que du bâtiment, mais de l'expérience que nous offrons.»

Cette expérience, gratuite les premiers jours, il faudra la payer plus que jamais: 18 $ l'entrée adulte, une hausse de trois dollars. Matthew Teitelbaum se défend de tenir un double discours. «L'expérience que nous proposons est meilleure et nous nous sommes dit que, pour 18 $, les gens continueront de venir. Nous n'avons quand même pas doublé le prix d'entrée.»

La nouvelle expérience repose sur des espaces d'exposition de moitié plus grands (47 % exactement), mais aussi sur un accrochage inusité — quoique pas novateur. Les salles d'art européen, que Frank Gehry n'a pas voulu modifier pour préserver le musée que lui, le «starchitecte» local, a connu enfant, réservent quelques surprises avec l'intégration d'oeuvres d'art contemporain.

Devant le plus grand parterre de journalistes de son histoire, selon l'équipe des communications (300, dont des Allemands, des Britanniques, des Mexicains), l'AGO dévoilait hier à la presse son nouveau visage. Un visage dont le revêtement extérieur avant, une paroi entièrement vitrée sur une armature en bois, était certes déjà visible. C'est à l'intérieur que la transformation se révélera une surprise, notamment à la vue du Walker Court.

Cette cour intérieure, coeur du bâtiment ancestral, a perdu ses arbres et son exotisme artificiel au profit d'un raffinement plus naturel (plafond en verre pour laisser entrer la lumière) et plus formel. Un escalier en spirale, tout en bois, mais accessible que du deuxième étage, demeure suspendu, comme un point d'interrogation.

Pour le directeur de l'AGO, l'ensemble du renouveau, de la signature Gehry aux salles d'exposition, traduit une volonté de souder l'hier et l'aujourd'hui, l'art et la vie. «De l'extérieur, on ne voyait que la brique rouge et la boutique», dit-il, presque enragé, en estimant que désormais l'art est visible.

De la rue Dundas, les passants peuvent en effet percevoir quelques premiers aspects. La Galleria Italia, qui surplombe le trottoir, a été investie par Giuseppe Penone, figure de l'arte povera. Ses troncs d'arbre et autres planches verticales ne peuvent être ratés.

«C'est un espace assez difficile, très étroit et long, confiait l'artiste en marge de la conférence de presse. J'ai opté pour le bois pour entrer en relation avec l'édifice. L'idée de l'architecture est de se donner une forme. Moi, je n'invente pas une forme, je la découvre.»

Un musée plus lumineux, ouvert sur la ville, c'est un peu ce à quoi Matthew Teitelbaum rêvait lorsqu'il a lancé le projet d'agrandissement. «Nous avions un but, dit-il, et la solution n'était pas que de s'agrandir, mais d'être meilleur. Nous devions convaincre les gens que nous serions meilleurs.»

L'AGO semble avoir été convaincant puisque l'objectif de la collecte de fonds (276 millions de dollars) a non seulement été atteint, mais dépassé. Fait à noter, environ 80 % de la somme est de source privée. Parmi cette communauté torontoise fort généreuse, la famille de Kenneth Thomson est certainement la plus importante. Non seulement leur contribution est de l'ordre de 100 millions de dollars, mais la collection du regretté philanthrope (mort en 2006) est à la source de la refonte muséale.

«C'est le don le plus important dans l'histoire culturelle canadienne», assure Matthew Teitelbaum au sujet de cet ensemble composé de 2000 pièces et couvrant trois siècles de création. Parmi ces bijoux dont hérite l'AGO, le plus prestigieux est sans doute un chef-d'oeuvre signé Rubens, Le Massacre des innocents, auquel on réserve une salle à lui seul — ou presque.

Le nouveau musée se caractérise aussi par une plus grande place accordée à la création contemporaine, à découvrir dans la prolongation étagée. The Index, l'oeuvre de David Altmejd créée pour la Biennale de Venise (autre acquisition de l'AGO grâce à de généreux Torontois), occupe, elle, une place de choix au rez-de-chaussée. La photographie bénéficie aussi de salles plus vastes, plus que deux fois leur grandeur précédente. Comme partout ailleurs, elle permet de montrer les nouvelles acquisitions, dont un corpus datant de l'entre-deux-guerres, des images provenant de l'agence néerlandaise Klinsky.

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Collaborateur du Devoir