Festival du monde arabe - Allers-retours entre le monde arabe et l'Espagne

Maqam flamenco, réunit la diva Farida, l’Ensemble du maqam irakien, Omar Bashir, Turo Andras et Petz Balint, ainsi qu’avec l’orchestre montréalais Okto Echo.
Photo: Maqam flamenco, réunit la diva Farida, l’Ensemble du maqam irakien, Omar Bashir, Turo Andras et Petz Balint, ainsi qu’avec l’orchestre montréalais Okto Echo.

Pour Mohammad Gomar, s'il y a une musique qui résume parfaitement le potentiel créateur de la rencontre Orient-Occident, c'est bien le flamenco. Il a donc conçu pour le FMA Maqam flamenco, un événement qui est présenté ce soir au théâtre Maisonneuve avec la diva Farida et l'Ensemble du maqam irakien, Omar Bashir, Turo Andras et Petz Balint, ainsi qu'avec l'orchestre montréalais Okto Echo.

«Il y a 1200 ans, le grand musicien Zyriab est parti de Bagdad pour aller en Afrique du Nord. Il s'est finalement installé en Andalousie et a transporté sa musique avec lui», souligne Mohammad Gomar. Zyriab a donc introduit à Cordoue le maqam, qui est le système modal de la musique classique arabe à partir duquel se jouent les improvisations et qui est au monde arabe ce que le raga est à l'Inde.

Styles apparentés

Plusieurs s'en sont souvenus. En 1990, Paco de Lucia a lancé le disque Zyriab en hommage à cette connexion historique, qui rappelle également al-Andalus, une région marquée par la tolérance culturelle pratiquée par les Maures de l'an 711 à 1492. Le regretté Munir Bashir, la référence absolue du oud contemporain, celui qui a permis à l'instrument de devenir soliste dans les années 40, avait également écrit l'album Flamenco Roots, qui, s'il ne contenait pas de flamenco comme tel, relatait à tout le moins son parcours depuis l'Orient. «Munir Bashir m'avait fait écouter de la musique qu'il avait faite avec des musiciens de l'Inde et de l'Espagne», se rappelle Mohammad Gomar, Irakien comme lui.

Le flamenco chanté a conservé la microtonalité et les quarts de ton. Et certains styles de la grande famille flamenca s'apparentent directement au monde arabe. Le masmoudi est un rythme arabe en 8/4. La zambra serait originalement arabe. La taranta est également teintée d'influences arabes. Et la trajectoire des Roms depuis le Rajasthan jusqu'à l'Espagne en passant par le Moyen-Orient ou l'Afrique du Nord fut souvent relatée. Tout cela a fortement ponctué le flamenco.

«Pour l'élaboration de la pièce Maqam flamenco, je me suis abondamment inspiré d'une échelle du maqam appelée maqam hijaz, qui est très proche du flamenco. Farida et moi avons souvent voyagé en Espagne et, lorsque nous la faisons écouter à des musiciens de l'endroit, ils nous disent ressentir le lien avec le maqam», raconte encore Mohammad Gomar, qui est également le directeur artistique de Farida et de l'Ensemble du maqam irakien.

L'ouverture de Maqam flamenco est assumée par Farida, la grande dame du maqam irakien, qui fut invitée par le FMA l'an dernier et qui interprétera également une forme de musique de chambre de Bagdad. Avec sa voix à la tessiture étendue, elle est capable d'ornementations très raffinées, d'envolées subites, d'effets de gorge saisissants, d'une extrême précision dans la microtonalité et, surtout, de transmettre de fortes émotions sans dramatisation. Farida sera accompagnée par l'Ensemble du maqam irakien.

Suivra Omar Bashir, réputé joueur de oud et compositeur comme son père Munir, mais qui, contrairement à lui, est né dans une double culture puisque sa mère est hongroise. En plus de perpétuer la tradition familiale, il pousse plus loin le métissage. Son phrasé évoque parfois celui de Paco de Lucia et, entre autres disques, il a fait paraître Flamenco Night et Al-Andalous, créations qui vont dans le sens de Maqam flamenco. Il s'amène ce soir avec Turo Andras et Petz Balint, deux guitaristes hongrois qui, selon Mohammad Gomar, sont parfaitement à l'aise avec les musiques gitanes.

Puis, tous ces artistes se joindront à l'orchestre Okto Echo. Sous la direction de la Montréalaise Katia Makdissi-Warren, l'ensemble classique explore brillamment les possibilités de dialogues musicaux entre le Moyen-Orient et les autres cultures. Depuis quelques années, Okto Echo a lorgné les musiques balinaise, turque, est-européenne et même argentine. Une vingtaine de musiciens seront donc rassemblés pour interpréter en deuxième partie l'oeuvre Maqam flamenco, de même que d'autres compositions de Mohammad Gomar. Il résume la finale: «Farida ne chante pas en espagnol, mais elle livrera en arabe plusieurs moments en mode maqam hijaz. Puis, on tentera de mélanger le plus possible avec le flamenco.» Il s'agira d'une première qui pourrait bien laisser des traces l'an prochain. À suivre.

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Collaborateur du Devoir

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Maqam flamenco est présenté au théâtre Maisonneuve ce soir à 20h. Avec Farida et l'Ensemble du maqam irakien, Omar Bashir avec Turo Andras et Petz Balint, et l'orchestre Okto Echo. Sous la direction artistique de Mohammad Gomar. % 514 842-2112 ou www.festivalarabe.com