La momie de l'UQAM restaurée

L’antiquité date de la 26e dynastie, soit d’environ 2600 ans. Il s’agit d’une femme de 65 ans momifiée comme le veut la coutume. Photo: Steven Darby
Photo: L’antiquité date de la 26e dynastie, soit d’environ 2600 ans. Il s’agit d’une femme de 65 ans momifiée comme le veut la coutume. Photo: Steven Darby

Quarante ans après sa profanation par des étudiants des beaux-arts en colère, le sauvetage de la «momie de l'UQAM» s'achève ce mois-ci au Musée des civilisations de Gatineau. Les restaurateurs de l'institution vont travailler devant public le jeudi 13 novembre puis les 18, 20 et 25 du mois. Le travail de... rédemption entrepris l'été dernier sera achevé à temps pour exposer le corps momifié et son sarcophage dans le cadre de l'exposition Tombes éternelles - l'Égypte ancienne et l'au-delà, qui ouvrira à la mi-décembre.

«La restauration est une activité très délicate et elle l'est encore plus quand on la pratique devant public», explique Silvia Kindl, chef de la section de la conservation du musée fédéral, interviewée hier par Le Devoir. «Notre spécialiste a travaillé en laboratoire pendant deux mois, presque à temps plein. Il a consolidé la peinture, assemblé le sarcophage brisé et nettoyé le tout. Pour la démonstration publique, il va continuer le nettoyage d'une petite section.»

L'antiquité date de la 26e dynastie, soit d'environ 2600 ans. Il s'agit d'une femme de plus ou moins 65 ans momifiée comme le veut la coutume. Le Musée du Caire a fait cadeau de la dépouille à l'École des beaux-arts de Montréal en avril 1927. «C'était assez courant à l'époque de faire ce genre de cadeau», explique le conservateur Matthew W. Betts, de la section d'histoire et d'archéologie du musée. «De nos jours, ce genre de dons serait impensable. En plus, l'Égypte a réclamé le retour de plusieurs momies au cours des dernières décennies.»

La vieille dame continue son paisible sommeil montréalais jusqu'aux contestataires années 60 du dernier siècle. Le 15 octobre 1968, il y a donc tout juste 40 ans, les étudiants de l'École des beaux-arts se lancent à leur tour dans la chienlit. Les plus radicaux squattent les locaux de la rue Sherbrooke et fondent la «République des beaux-arts» qui tient le coup quelques délirantes semaines. En lieu et place des cours, les artistes en herbe surexcités s'offrent toutes sortes de prestations, souvent sexuellement chargées: un défilé d'hommes nus sortant des toilettes, un homme-bibelot nu trônant dans un secrétariat, des gens assis devant les urinoirs...

Anarchistes, situationnistes, indépendantistes, ces révolutionnaires de «bécosses» se positionnent fermement et radicalement contre «la tradition», qu'elle soit cléricale ou esthétique. Ils érigent un cimetière rue Sherbrooke pour y enterrer toutes les valeurs passées, la religion, la hiérarchie, l'éducation.

Au bout d'un mois, la majorité vote démocratiquement le retour en classe et la fin de l'utopie «ludo-libertaire». Un meneur frustré par l'échec casse alors la vitrine abritant la momie et il la soumet aux outrages à coups de barre de fer. Un communiqué diffusé ensuite par l'Université libre d'art quotidien en fera le symbole des attaques contre l'académisme et la culture pétrifiée. Le texte exige aussi que la «tite momie» soit remise au peuple égyptien puisqu'elle fait partie de son patrimoine national. Cette aventure est racontée par Claude Laflamme, un ancien de la rébellion artistique, dans son film de 1998 intitulé La République des beaux-arts: la malédiction de la momie.

L'UQAM hérite de l'artefact à la fin des années 1960, au moment où la jeune université intègre certaines composantes institutionnelles, dont l'École des beaux-arts, le Collège Sainte-Maire et trois écoles normales. Les muséologues l'ont dénichée là, le sarcophage en pièces, le corps sectionné en trois, les pieds et la tête s'étant détachés du reste, peut-être à la chute de la république artistique.

L'entente passée entre les deux institutions laisse la restauration à la charge du musée. Des scanners dans un hôpital de la capitale sont prévus dans les prochaines semaines pour mieux comprendre la cause de la mort de la vieille dame il y a deux millénaires et, encore une fois, il y a 40 ans.