La symphonie des millions

Le gouvernement du Québec a fait sauter le plafond budgétaire prévu pour la construction de la nouvelle salle de concert de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) à la demande des futurs partenaires public-privé, a appris Le Devoir.

La symphonie des millions a débuté son crescendo en juin 2006. C'est à ce moment que le projet a été annoncé à 105 millions de dollars par Jean Charest. Six mois plus tard, le projet avait bondi à 266 millions. Puis, le 2 septembre dernier, le Conseil du trésor a décidé d'éliminer l'exigence qu'il avait face aux soumissionnaires de présenter une proposition ne dépassant pas ce plafond budgétaire.

«Effectivement, le projet n'est plus capé à 266 millions. On voulait se donner la liberté d'analyser un projet qui dépasserait ce niveau. Il n'y a donc plus de plafond», a confirmé Hugo Delaney, porte-parole de l'Agence des partenariats public-privé.

Cette décision découle des discussions avec les trois consortiums qui sont dans la course pour obtenir le lucratif contrat de partenariat public-privé (PPP) sur une période de 30 ans (conception, construction, financement et entretien). Des analyses détaillées de la faisabilité du projet et les investissements nécessaires réalisés depuis que l'appel de proposition a été lancé, en décembre 2007, auraient convaincu le gouvernement d'accorder ses violons avec ceux des soumissionnaires.

Jusque-là, seules les propositions de 266 millions et moins auraient été jugées conformes. Cette exigence n'existe plus mais, afin d'encourager les consortiums à retenir leurs ardeurs, le Conseil du trésor n'a pas changé pour l'instant le budget officiel destiné à la salle de concert. «Si l'on choisissait un projet de plus de 266 millions, il faudrait faire approuver le budget par le Trésor», a précisé M. Delaney.

De plus, l'évaluation des propositions tiendra compte de chaque dollar supplémentaire qui devra être justifié, a ajouté le porte-parole de l'Agence des PPP.

La décision du gouvernement libéral de prendre la voie des PPP devait permettre d'alléger la facture de la salle de concert de l'OSM. Sous le précédent gouvernement du Parti québécois, le projet était un complexe culturel et administratif de 281 millions. La salle de concert aurait jouxté les conservatoires de musique et de théâtre ainsi que des bureaux pour loger des fonctionnaires. Rien n'indique maintenant que le projet libéral ne pourrait pas nécessiter le même niveau d'investissement.

Chose certaine, l'OSM est en attente d'une salle de concert digne de ce nom depuis au moins trois décennies. De projet en projet, celui qui est en route, l'Adresse symphonique, comme l'appelle officiellement l'Agence des PPP, devrait accueillir ses premiers spectateurs pour la rentrée automnale de 2011 avec la promesse d'une acoustique exceptionnelle.

Les trois consortiums devront déposer leur proposition respective sous peu. La semaine prochaine, ils présenteront le volet technique de leur projet. Par exemple, le choix d'installer la future salle de concert sur l'esplanade de la Place des Arts exigera un renforcement de la dalle de béton puisque sous le futur édifice se trouvent des stationnements.

À la mi-novembre, les consortiums dévoileront leur montage financier. À partir de ce moment, l'Agence des PPP étudiera les dossiers et prévoit annoncer le choix du partenaire en janvier prochain. Ce n'est qu'à ce moment que l'on connaîtra le détail du projet sous ses différents aspects, dont architectural.

Dans les mois qui suivent, le chantier pourrait débuter. Durant les travaux, on prévoit fermer 384 places de stationnement.

Busac «retiré» du dossier

Depuis le printemps dernier, une modification dans la composition d'un des consortiums est intervenue. Le 2 juin, le Groupe Ovation a proposé à l'Agence des PPP le retrait du promoteur immobilier Busac, qui était partenaire de SNC-Lavalin, ainsi que des firmes Aedifica, Diamond and Schmitt Architects, Groupe Aecon, Solotech et Gala Systems.

«Busac a été retiré du dossier», a confirmé M. Delaney. Selon les informations qui ont été transmises à l'Agence des PPP, il n'y avait pas vraiment lieu de mettre à profit l'expertise de Busac puisque le projet n'aura pas de composantes commerciales.

Deux jours plus tard, le vérificateur général du Québec rendait public son rapport sur le scandale financier et immobilier de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), auquel est associé Busac. C'est ce promoteur immobilier qui a orchestré avec les hauts dirigeants de l'UQAM le projet de l'îlot Voyageur. Le gouvernement du Québec tente depuis plus d'un an de casser les liens contractuels entre l'UQAM et Busac afin de reprendre l'îlot Voyageur et de le redévelopper. Mais les négociations sont au point mort.

À l'Agence des PPP, on fait toutefois valoir qu'il n'y a aucun lien entre ces deux dossiers. Le retrait de Busac dans le projet de l'OSM a été officialisé le 17 juin.

Outre le Groupe Ovation, on compte deux autres soumissionnaires: un consortium nommé Accès symphonique Montréal (avec l'entreprise Pomerleau) et Axor-Dalkia (avec notamment l'entreprise Axor).

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