Le FNC souligne les cinq ans de Wapikoni

La cinéaste Manon Barbeau est fière de l’expansion que prend ce projet, aux tentacules désormais internationaux.
Photo: Jacques Grenier La cinéaste Manon Barbeau est fière de l’expansion que prend ce projet, aux tentacules désormais internationaux.

Jeudi prochain, dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC), à 20h, au Coeur des sciences de l'UQAM, une projection des 15 meilleurs courts métrages Wapikoni mobile de l'année, avec rencontre de cinéastes autochtones et spectacle du rappeur algonquin Samian, sera orchestrée.

Dans le cadre du Sommet de la Francophonie, un forum et un grand spectacle avec des artistes des Premières Nations et des oeuvres Wapikoni prennent également d'assaut le Musée de la civilisation à Québec.

Dans le cadre du Sommet de la Francophonie, un forum et un grand spectacle avec des artistes des Premières Nations et des oeuvres Wapikoni prennent également d'assaut le Musée de la civilisation à Québec.

Un esprit de fête flotte sur l'événement. À cause des célébrations anniversaires.

Cinq ans déjà que la cinéaste Manon Barbeau, armée de sa foi qui soulève les montagnes, et avec un coup de pouce de l'Office national du film (ONF), a mis au monde le studio Wapikoni mobile. But de l'exercice: avec une roulotte équipée et une équipe ressource, apprendre aux jeunes des réserves éloignées à faire des courts métrages, des clips, pour leur permettre de s'exprimer, de développer une expertise. Oh! ça a débuté modestement: cinq communautés autochtones algonquines et attikameks furent d'abord impliquées dans le projet. Depuis, près de 200 courts métrages ont été réalisés, 21 prix furent récoltés à travers le réseau des festivals nationaux et internationaux, des portes se sont ouvertes partout.

En cinq ans, le nombre de communautés à recevoir la visite du studio ambulant ou à s'être offert, dans sa foulée, leur propre studio permanent, est passé de cinq à quatorze. L'entreprise a débordé dans les réserves anglophones, dont dernièrement à Matimekush, chez les Algonquins et les Naskapis à la frontière du Labrador.

Manon Barbeau est fière de l'expansion que prend cette aventure, aux tentacules désormais internationaux. Pensez donc. En ce moment, à la Cité interdite de Pékin, des films de sa cuvée sont projetés avec des sous-titres mandarins. Un Wapikoni mobile est en train de décoller dans la Polynésie française, un autre à Lima au Pérou. Un petit groupe devrait démarrer au printemps au Manitoba chez les Ojibwés.

Dans la dernière mouture des films Wapikoni, lancés jeudi, un film Des forêts de Kitcisakik aux forêts de Xingu raconte le voyage de l'Algonquine Évelyne Papatie chez les Ikepengs de la forêt du Mato Grosso au Brésil, une communauté restée très fidèle à ses rites et à ses racines. «Je l'ai accompagnée là-bas, raconte Manon Barbeau. On a assisté à de grandes cérémonies post-funéraires. Évelyne est revenue du Brésil chargée d'une énergie fraternelle avec l'envie de faire revivre les rites de sa propre communauté.»

Manon, Évelyne et Kevin Papatie reviennent aussi tout juste de La Paz en Bolivie, pour présenter des films au 9e Festival cinéma et vidéo des peuples indigènes du monde. «On a présenté des films Wapikoni, les jeunes ont participé aux panels. Cela aide beaucoup à casser les préjugés des autochtones du Sud sur ceux du Nord, qu'ils imaginent très à l'aise, sans connaître leurs détresses.»

Manon constate que des liens intergénérationnels se sont renforcés avec Wapikoni. «Les jeunes et les aînés communiquent. Le chanteur algonquin Samian, qui a commencé avec la roulotte, maintenant au Top 5 de Musique Plus, demande à sa grand-mère de lui traduire ses textes en algonquin et il les chante dans les deux langues. Même chose avec Évelyne Papatie. Sa grand-mère parle algonquin et l'aide pour ses films. Par ailleurs, le projet rapproche les jeunes non autochtones des autochtones. En Amérique latine, la solidarité existe et il n'y a pas de suicides. Ici, les autochtones sont trop divisés, et les jeunes se tuent massivement. On est en train d'établir des liens entre le Nord et le Sud. Chez nous, on travaille beaucoup la forme des films. Là-bas, le contenu est surtout militant. Il s'agit d'unir nos forces. Bientôt, trois de nos cinéastes s'en iront suivre une formation en cinéma engagé dans les Chiapas au Mexique.»

De quoi rêve Manon Barbeau dans cinq ans? «Je souhaite que le noyau dur des cinéastes autochtones reconnus prennent la parole et deviennent des vecteurs de transformation sociale pour leur peuple, en lien avec les autres autochtones d'Amérique latine et du Canada. Que les communautés du Québec deviennent solidaires et manifestent d'une même voix en faisant disparaître tous ces suicides nés de l'isolement et du sentiment d'impuissance. Que des longs métrages suivent dans la foulée. On est rendus là.»