Le projet du 2.22 Sainte-Catherine est bouclé

Sans Ottawa, mais avec la contribution indirecte de Québec et celle directe de Montréal, la Société de développement Angus (SDA) a confirmé hier que le projet du 2.22 rue Sainte-Catherine serait bel et bien réalisé à compter de juin 2009.

Le dernier doute qui subsistait sur le financement du lieu culturel qui sera construit sur les ruines d'un ancien peep-show a été levé hier, tant par Montréal que par Christian Yaccarini, p.-d.g. de la SDA, promoteur du projet. La Ville fournira ainsi au besoin les cinq millions du budget qui étaient attendus des différents ordres gouvernementaux.

Cet argent sera puisé à même le fonds spécial de 140 millions accordé à Montréal par Québec dans le dernier budget (Stratégie pour le développement de toutes les régions)... à moins que Québec n'accepte de fournir une partie de l'argent en puisant dans une autre enveloppe.

Mais cette hypothèse est d'emblée rejetée par le cabinet du ministre responsable de la région de Montréal, Raymond Bachand. «Nous avons donné à Montréal 140 millions pour des projets spécifiques, a indiqué hier son attachée de presse, Anne-Sophie Desmeules. C'est notre contribution. Si Montréal juge que le projet du 2.22 fait partie de ses priorités, elle peut utiliser l'argent.»

Et c'est ce qu'elle fera. Au cabinet du maire Tremblay — qui désire un décollage rapide de ce dossier —, on indique que Montréal puisera dans cette enveloppe de 140 millions si Québec reste effectivement sur la ligne de touche.

Le montage financier du projet de 16 millions est donc assuré par la SDA et ses partenaires privés (neuf millions), la Ville (qui a cédé le terrain pour une durée de 75 ans — ce qui équivaut à deux millions) et cette somme de cinq millions qui sera prise à même l'argent octroyé par Québec.

Ottawa ne sera pas impliqué dans ce projet. Dimanche, le lieutenant politique de Stephen Harper au Québec, Lawrence Cannon, laissait d'ailleurs entendre dans une lettre ouverte publiée dans La Presse que le gouvernement conservateur n'avait jamais reçu de demande de financement pour le 2.22, et qu'une telle demande serait évaluée si elle était déposée.

M. Cannon répondait à deux articles du quotidien, l'un évoquant que «Québec et Ottawa boudent le 2.22», et l'autre portant plus largement sur la contribution d'Ottawa au Quartier des spectacles.

Or, Ottawa a bel et bien été sollicité, indiquait hier Christian Yaccarini. Des demandes ont été déposées à l'été 2007 auprès de Développement économique Canada (où le projet n'était pas admissible) et de Patrimoine canadien, qui n'a jamais répondu à la proposition.

Mais surtout, M. Yaccarini s'expliquait mal pourquoi M. Cannon a donné l'impression que le fédéral n'était pas au courant du dossier. «Nous en avons parlé maintes et maintes fois au comité de pilotage de Rendez-vous Montréal 2007, où siège Michael Fortier [ministre responsable de Montréal], dit le patron de la SDA. J'ai rencontré Bernard Côté [ancien conseiller politique de M. Fortier] pour lui parler du projet. Sa réponse a été très claire: il n'était absolument pas question qu'Ottawa contribue pour 2,5 millions. Il n'y a pas d'ambiguïté là-dessus. Mais il n'y en a pas non plus sur le fait qu'ils ont été sollicités.»

À partir de ce refus, la SDA a travaillé avec Québec et Montréal pour boucler à trois le budget de 16 millions. «Je n'ai plus aucune inquiétude à savoir que ça va se faire, indique M. Yaccarini. Il suffit seulement de savoir de quelle enveloppe viendront les cinq millions, mais c'est comme ça dans tous les projets.»

Cinq des six étages du futur immeuble sont déjà réservés. La station de radio CIBL, la Vitrine culturelle de Montréal et la librairie Olivieri devraient notamment loger au 2.22, dont 75 % de la superficie devra être occupée par des organismes culturels pour respecter l'entente avec la Ville.