L'Espagne appelle l'Amérique latine à faire front contre le cinéma états-unien

Mexico — L'Espagne a annoncé hier sa volonté de constituer avec les pays hispano-américains un front commun contre l'«invasion» des États-Unis dans l'industrie du cinéma, au cours d'un congrès consacré à la culture hispanophone qui se tient jusqu'à aujourd'hui à Mexico.

«Les États-Unis envahissent l'espace où devrait circuler le cinéma que produisent nos industries», a déclaré le ministre espagnol de la Culture, Cesar Antonio Molina, au cours d'une conversation avec des journalistes, en marge du premier Congrès de la Culture hispano-américaine.

«Les Nord-Américains ont imposé leur mode de vie au monde entier. Le mur de Berlin, ce n'est pas Ronald Reagan qui l'a abattu, c'est Marilyn Monroe, Humphrey Bogart, James Dean et leur manière d'être et de vivre», a affirmé le réalisateur chilien Miguel Littin, figure de proue du cinéma engagé d'Amérique latine.

«Nous devons promouvoir nos produits [...] Il faut faire prendre conscience aux gouvernants de chacun de nos pays du caractère vital et fondamental de cette action», a ajouté M. Molina. L'Espagne a financé ce Congrès pour moitié, l'autre étant fournie par le Mexique, pays hôte.

Manifestement, dans le domaine du cinéma, l'Amérique latine est loin du niveau américain ou européen, et ce congrès l'illustre bien: c'est l'Espagne qui lui apporte les personnalités les plus connues, dont Antonio Banderas, un acteur qui doit une part de sa célébrité à Hollywood.

«Soyons clairs: qui finance les films d'Adolfo Aristarain et des autres grands réalisateurs latino-américains? De même que l'Espagne apporte des fonds, il est temps de dire au Brésil, au Mexique, à l'Argentine: "Écoute, je joue gros, fais-en autant"», a déclaré à l'AFP Julio Fernandez, président de la société de production espagnole Filmax.

L'objectif serait une coalition de pays qui s'engagent à rivaliser avec les «poids lourds» du cinéma commercial «made in USA», qui occupent plus de 75 % des écrans hispano-américains, a souligné le réalisateur argentin Octavio Getino.

«Aujourd'hui, si nous ne nous unissons pas, nous ne pourrons pas être compétitifs dans un monde de plus en plus global», a-t-il déclaré à l'AFP.

Les seules industries du cinéma hispano-américaines réellement développées se trouvent en Espagne, bien sûr, avec 176 films tournés en 2007, en Argentine (101 films), au Brésil (84 films) et au Mexique (70 films).

Les propositions ont foisonné, au cours du Congrès, sur le thème de «l'union» et de «l'intégration».

M. Molina a pris pour exemple, pour les autres pays, la législation espagnole qui accorde des exemptions fiscales à son industrie du cinéma, et impose un quota de 40 % de productions hispano-américaines ou européennes dans les salles.

D'autres, comme Antonio Banderas ou le metteur en scène mexicain Arturo Ripstein, ont souhaité des aides directes des gouvernements.

Les distributeurs, qui jouaient le rôle du «méchant» dans ce Congrès, ont minimisé les critiques, et ont invoqué le manque criant de projets attractifs.

«L'important, c'est le produit. Il nous faut produire des histoires universelles, qui intéressent tous les Hispano-Américains, et pas seulement locales comme c'est le cas aujourd'hui. Quand un film intéresse, et qu'en plus il distrait, alors seulement les portes s'ouvrent devant lui», a déclaré Julio Fernandez.

Les conclusions du premier Congrès de Culture hispano-américaine seront présentées au sommet hispano-américain des chefs d'État, du 29 au 31 octobre au Salvador.