Un film égaré dans son propre dédale

Paris, de Cédric Klapisch, manque d’unité d’interprétation.
Photo: Paris, de Cédric Klapisch, manque d’unité d’interprétation.

Qui trop embrasse mal étreint, dit-on. Le vieil adage prend tout son sens devant ce Paris de Cédric Klapisch. La Ville lumière est un vaste sujet à traiter, et le cinéaste d'Un air de famille et du Péril jeune semble avoir voulu l'aborder par tous les angles possibles, en y égarant son point focal.

Pour tout dire, l'âme de la capitale française se révélait beaucoup plus présente dans son délicieux Chacun cherche son chat, une oeuvre sans prétentions excessives, que dans ce Paris trop ambitieux, où il se «lelouchise».

Le film s'amorce sur une mosaïque en vertige de quartiers parisiens où sont croqués les personnages du film. Déjà le trop-plein s'affirme, et tout le gotha des acteurs français en vue fait son tour de piste. Il arrive qu'une distribution excessivement riche empêche plusieurs rôles de trouver leur souffle. Et Klapisch, excellent dans les oeuvres assez intimistes, cherche sa griffe sur de gros budgets, des projets démesurés, des stars en bouquet. Peut-être, son film d'anticipation, vraiment raté, l'avait déjà démontré.

Plusieurs personnages donc: un grand malade (Romain Duris), sa soeur dévouée et troublée (Juliette Binoche), un prof d'histoire en crise de vie (Fabrice Luchini), son frère à la vie plus conventionnelle qui remet en cause son destin (François Cluzet), une boulangère pétrie de préjugés (Karin Viard), un maraîcher malheureux (Albert Dupontel), une belle fille qui oscille entre deux hommes (Mélanie Laurent), un ouvrier macho (Zinedine Soualem). Sans compter les autres... Klapisch a même incorporé à sa soupe parisienne des mannequins et un clandestin camerounais, pour être certain de ne rien oublier.

Certains rôles sont très justes: on a rarement vu Juliette Binoche aussi fragile et intériorisée que dans ce personnage de femme solitaire, généreuse, à la croisée des chemins. Fabrice Luchini est parfait en angoissé amoureux, et la petite danse qu'il sert à l'élue de son coeur constitue une scène d'anthologie. Quant à Karin Viard, hélas si peu longtemps en piste, elle se révèle prodigieuse dans un rôle de matrone bien pensante, vrai bijou de composition. Mais le rôle de Duris en cancéreux tombe à plat, le personnage de François Cluzet est insipide, celui de Zinedine Soualem, franchement de trop.

Qui plus est, les acteurs ne jouent pas sur le même ton. Viard est parodique, Duris trop pleurnichard, Binoche s'inscrit dans un registre d'humanité, etc. Le manque d'unité d'interprétation est criant. Surtout dans la deuxième partie, carrément anarchique, où les destins parallèles jurent entre eux, en enlisant l'action dans l'ennui.

Klapisch a dû tâtonner avec son monteur pour trouver une épine dorsale à son film, mais il lui aurait fallu sacrifier carrément des personnages et il ne s'y est de toute évidence pas résolu. Restent quelques scènes, quelques rôles vraiment juteux, mais noyés dans une oeuvre qui s'est égarée dans son propre dédale.

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Paris

Réalisation: Cédric Klapisch. Avec Juliette Binoche, Romain Duris, Fabrice Luchini, Albert Dupontel, François Cluzet, Karin Viard, Mélanie Laurent, Zinedine Soualem. Image: Christophe Beaucarne. Musique: Loik Dury. Montage: Francine Sandberg.