La culture française encore dans la ligne de mire

Paris — Le journaliste américain Donald Morrison, qui avait suscité la polémique au début de l'année en annonçant dans le magazine Time «la mort de la culture française», revient à la charge avec un livre dans lequel il tente de comprendre ce qui a pu irriter à ce point ses amis français.

Francophile et Parisien d'adoption, Morrison affirme avoir été le premier surpris de l'écho de ses «observations amicales et constructives» à propos d'un pays qu'il «adore», publiées dans l'édition européenne du magazine américain.

Première explication: le titre à la une n'était pas de lui, mais de la rédaction de Time et donnait une vision caricaturale de son propos. Surtout, ses réflexions, considérées à l'époque comme «une attaque américaine contre la culture française», ont piqué au vif la fierté nationale.

S'il reconnaît quelques oublis, notamment sur le succès des architectes français à l'étranger, le tableau qu'il dresse dans Que reste-t-il de la culture française? (Denoël) est aussi sévère que dans son article de Time.

«Autrefois admirée pour l'excellence de ses écrivains, de ses peintres et de ses musiciens, la France est aujourd'hui une puissance vacillante sur le marché mondial de la culture», martèle-t-il. Don Morrison dresse le constat chiffres à l'appui: victimes de leur «nombrilisme» ou d'un «intellectualisme marqué», cinéma, littérature et beaux-arts français ont de plus en plus de mal à s'exporter.

La France doit, selon lui, faire face à «la mondialisation de la culture» qui, outre la prédominance de l'anglais, la met en concurrence avec des puissances économiques, et culturelles, émergentes. Cinéma iranien ou coréen, musiciens asiatiques, marché de l'art chinois...

En bon Américain, il évoque «l'arsenal des subventions», «la politique protectionniste de la France», qui permettent selon lui à des secteurs entiers de survivre «sans avoir à se soucier des débouchés internationaux».

Développer les enseignements artistiques, renforcer l'apprentissage de l'anglais, «la langue des échanges culturels internationaux», trouver «d'autres sources de financement que l'argent public» pour les institutions culturelles, pourraient, selon lui, enrayer le déclin du rayonnement français.

Début janvier, l'annonce de «la mort de la culture française» avait provoqué des réactions courroucées des milieux culturels français.

Sollicité à l'époque pour une réponse dans Le Monde, Antoine Compagnon, professeur au Collège de France et à l'université Columbia de New York, répond aujourd'hui à Don Morrison dans la seconde partie du livre.

Surprise! Le constat du Français sur son propre pays n'est guère différent: «Nous nous sommes longtemps crus les meilleurs, mais la France est aujourd'hui une puissance culturelle moyenne — une bonne moyenne puissance culturelle», écrit-il. Le constat, souligne-t-il, a d'ailleurs été fait depuis 20 ans par les Français eux-mêmes dans quantité d'ouvrages.