Médias - Profession: réalisateur

On a l’habitude de présenter le réalisateur comme un chef d’orchestre. Jocelyn Barnabé semble plutôt se voir comme un compositeur.
Photo: Jacques Grenier On a l’habitude de présenter le réalisateur comme un chef d’orchestre. Jocelyn Barnabé semble plutôt se voir comme un compositeur.

Depuis 20 ans, il réalise des émissions de musique, de variétés et de culture. En septembre 2007, il a suivi Kent Nagano courir de l'extérieur à l'intérieur de la Place des Arts à l'aide de 18 caméras, dans le remarquable concert inaugural de l'OSM, Symphonicité.

Trois mois plus tard, il récidivait avec un projet encore plus osé, 2007 en rappel, une revue de l'actualité scandée par les sonorités de l'Orchestre Métropolitain du Grand Montréal, un mélange audacieux de nouvelles télévisées et de musique classique.

Il sera aux commandes du Gala de l'ADISQ début novembre, comme il a été aux commandes de sept autres galas de l'ADISQ et de sept galas des prix Jutra. Depuis 20 ans, ses réalisations ne se comptent plus: Pierre Lapointe: La forêt des mal-aimés, Le Violon rouge avec l'OSM, Corteo du Cirque du Soleil, le magazine Scènes de la vie culturelle, et ainsi de suite.

Mais demain, Jocelyn Barnabé montera sur scène lui-même pour recevoir le prix Jean-Besré décerné dans le cadre des prix Gémeaux (son prix lui sera remis lors du gala d'après-midi diffusé sur Canoe.tv).

Une certaine vision de la télévision

On a l'habitude de présenter le réalisateur comme un chef d'orchestre. Jocelyn Barnabé semble plutôt se voir comme un compositeur. «La notion de chef d'orchestre, ce n'est pas ce qui m'attirait en soi, explique-t-il. C'est certain que ça prend quelqu'un qui décide à un moment donné. Mais quand j'ai commencé à travailler comme réalisateur, ce qui m'intéressait, c'était une certaine vision de la télévision, c'était le désir d'essayer des idées audacieuses».

Il y a 20 ans, ses premières réalisations témoignent déjà de ce désir de nouveauté. Par exemple une émission avec La la la Human Steps «avec des caméras robotisées, ce qui n'avait jamais été fait», ou un documentaire sur Glenn Gloud «avec une image éclatée, ce qui a donné lieu ensuite à Vie d'artiste, en poussant encore plus loin l'imagerie de l'écran éclaté, où l'on rentre dans la profondeur de l'image».

Jocelyn Barnabé était musicien avant d'être réalisateur. Il avait son propre groupe de rock progressif et de jazz-rock, pour lequel il composait et jouait de la guitare électrique. Comme réalisateur, il a trouvé ses inspirations chez quelques réalisateurs plus âgés qui lui ont servi de guide, chez quelques grands cinéastes qui l'ont marqué comme Stanley Kubrick et l'Orson Welles de Citizen Kane («un film que j'ai vu environ 45 fois!»), mais son influence première demeure la musique. «C'est la musique qui m'a amené à ce travail, et c'est la musique qui m'a toujours conduit».

Lorsqu'il réalise une émission musicale, explique-t-il, «il faut créer une forme qui a sa propre rythmique, son propre mouvement, mais qui est en symbiose avec la forme musicale». Il lit lui-même la musique, ce qui n'est pas le cas de tous les réalisateurs, ce qui lui permet de préparer minutieusement chaque plan d'un concert à filmer.

Pour ce qui est des émissions de variétés, «il faut être capable d'improviser, en voyant 12 moniteurs en même temps», et c'est souvent «l'instinct et l'expérience», dit-il, qui permettront au réalisateur de réagir au quart de seconde, d'aller chercher dans un événement en direct la réaction marquante d'un participant.

Très intéressé par la technologie, il tente de m'expliquer un concept fou qu'il a vu récemment au grand salon de l'électronique de Las Vegas, le projet d'un immense dôme constitué de cellules qui pourraient filmer sous tous les angles partout en même temps, sous le contrôle d'un ordinateur. «Le rêve ultime de filmer partout, l'ubiquité» s'exclame-t-il. Mais, ajoute-t-il, même si la technologie l'a aidé depuis 20 ans à faire son métier, «ça prend du contenu, du sens», sinon la technologie ne mène nulle part.

Les 18 caméras de Symphonicité étaient impressionnantes, mais elles étaient d'abord au service de la musique. Et l'Académie canadienne du cinéma et de la télévision lui accorde ce prix spécial parce que Jocelyn Barnabé «s'est surpassé dans la réalisation remarquable de Symphonicité et de 2007 en rappel, écrit l'académie. Dans la captation de l'oeuvre musicale, sa grande sensibilité à la musique lui permet de suivre le mouvement des cors, des violons et de l'ensemble de l'orchestre au moment voulu. Les images collent littéralement à la musique».

Jocelyn Barnabé, comme tout le monde, en est encore à comprendre l'impact de la haute définition, «qui change la façon de cadrer. Et en HD on voit tous les détails. Les plans d'ensemble comportent tellement d'informations qu'ils peuvent être très puissants».

Mais son vrai rêve, son rêve secret, c'est de faire évoluer l'orchestre symphonique, «un outil magnifique, mais qui évolue moins qu'avant pour générer de nouvelles oeuvres».

Il voudrait donc créer un orchestre électrosymphonique, «avec beaucoup de synthétiseurs, où tous les instruments à vent seraient MIDI, les cordes accompagnées de microphones et traitées par la suite, avec la profusion de nouvelles percussions qui existent maintenant», pour créer de nouvelles oeuvres.

Rêve impossible? «J'en parle depuis un an, j'en ai parlé à des gens comme René Dupéré et Michel Cusson, l'idée commence à faire son chemin, je veux réunir des gens capables d'écrire pour un tel orchestre.» On a hâte de voirla suite.

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