À voir à la télévision le jeudi 18 septembre - No future

Alors que les cinéastes pestent souvent devant la frilosité des distributeurs, il en est allé autrement de Stanley Kubrick, lequel a largement appuyé la décision de ses patrons de freiner la diffusion d'Orange mécanique (1971) en Grande-Bretagne pendant au moins un an.

Kubrick était consterné de voir des garçons se prendre pour Alex (Malcolm McDowell) et violer des femmes en chantant Singing in the Rain ou s'habiller tout de blanc pour commettre leurs méfaits. L'opinion publique de l'époque s'est vite empressée de le rendre responsable de ces sordides faits divers, excellent prétexte pour le cinéaste pour se terrer dans son mutisme devenu légendaire.

Il peinait depuis longtemps à concrétiser son projet sur Napoléon, et, devant l'impasse, il accepta de porter à l'écran l'adaptation de ce roman de science-fiction d'Anthony Burgess. Publiée en 1962, l'oeuvre, largement inspirée du viol de l'épouse de Burgess par quatre

soldats américains, ne figurait pas parmi celles qu'il chérissait.

Enfermé pendant des mois en studio pour 2001: l'Odysée de l'espace, le cinéaste allait tourner en décors naturels, au coeur de l'Angleterre grise et industrielle, ce que plusieurs considèrent aujourd'hui comme la première tragédie aux accents punk. Derrière le clinquant et surtout, la rage d'Alex et de sa bande se profile une société malade, une civilisation du futur pourtant très proche de la nôtre. Cet amateur de Beethoven — sa musique le met en transe — ne pourra bientôt plus terroriser les clochards et les vieilles dames, surtout quand le gouvernement décidera de lui faire subir un traitement-choc que même le spectateur ressentira dans sa propre chair... Mais dans les films de Stanley Kubrick, le salut a rarement sa place.

Cinéma / Orange mécanique - Artv, 21h

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