À voir à la télévision le samedi 13 septembre - Le miroir aux alouettes

Inspiré de trois nouvelles de Dany Laferrière qu'on peut lire dans le recueil La Chair du maître, Vers le Sud donne la parole à trois femmes aux tempéraments contrastés: Ellen (Charlotte Rampling), lucide, sardonique; Brenda (Karen Young), vulnérable, naïve; Sue (Louise Portal), franche, ouverte.

On assiste à leurs échanges, on écoute leurs doléances... On comprend leur point de vue sans nécessairement le partager. Car la force du film réside en ce qu'il soulève la question du tourisme sexuel au féminin, sujet tabou, mais se garde bien d'apporter des réponses faciles ou de porter des jugements à l'emporte-pièce.

Ce «bon temps» dont parlent Ellen et Sue, comment est-il perçu en dehors de l'enceinte du paradisiaque village touristique? Amour ou exploitation aveugle? On peut s'appuyer

sur les actions des personnages pour se faire sa propre idée.

Comme dans tous les films de Laurent Cantet (Ressources humaines, L'Emploi du temps), le politique et le social se forcent un passage dans l'intimité de protagonistes qui voient leur existence bouleversée de manière inattendue. L'intrigue se situe à Port-au-Prince, à la fin des années 1970, sous le régime de Duvalier, contexte fort s'il en est que le cinéaste utilise étonnamment peu. Les trois comédiennes sont très justes.

Le monologue final de Karen Young, devant le miroir, émeut autant qu'il glace. Portez une attention particulière à la séquence finale où, dans un enchaînement sobre mais évocateur, le déni d'Ellen devient la réalité de Brenda, et vice versa. Et flotte le spectre de Persona...

Cinéma / Vers le Sud - Télé-Québec, 22h30

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