30e gala de l'ADISQ: les nominations - Isabelle Boulay domine, Marie-Mai talonne

La rockeuse Marie-Mai était au nombre des artistes présents hier lors du dévoilement des nominations en vue du 30e gala de l’ADISQ.
Photo: Jacques Grenier La rockeuse Marie-Mai était au nombre des artistes présents hier lors du dévoilement des nominations en vue du 30e gala de l’ADISQ.

C'est toujours pareil lorsque sont dévoilées les nominations du gala de l'ADISQ, et le dévoilement d'hier au Saint-Hubert de la gare Windsor — commanditaire oblige — ne constituait pas une exception: les médias rapportant la chose font invariablement état de scores variables et apparemment contradictoires. Il y a explication.

Le nombre de nominations prête en effet à interprétation. Tout dépend de ce que l'on prend en compte. Ainsi, au calcul des nominations dites «artistiques» concernant nommément l'artiste, Isabelle Boulay et Marie-Mai sont au coude-à-coude. Six mentions chacune, dont trois dans les mêmes catégories, malgré des styles diamétralement opposés: chanson populaire de l'année, interprète féminine de l'année, album de l'année - meilleur vendeur. Et chacune a ses spécialités: Marie-Mai inscrit un vidéoclip au palmarès, alors qu'Isabelle Boulay est forcément au nombre des artistes québécois s'étant le plus illustrés hors Québec. Mais si l'on additionne ce que l'on appelle les «nominations industrielles», qui ont rapport à la conception d'éclairage, à la mise en scène et tutti quanti, récompensant les collaborateurs directs et parfois l'artiste même, c'est la Gaspésienne au p'tit yodel country qui l'emporte sur la rockeuse, à dix contre sept. Résumons: relativement parlant, Boulay domine, et Marie-Mai talonne. À noter, la volubile Isabelle décroche une nomination qui ne manquera pas de la ravir: la voilà partageant avec Gilles Vigneault et des humoristes, dont Rachid Badouri, la catégorie «scripteur de spectacle de l'année».

À ce match Boulay-Marie-Mai s'ajoute, l'air de rien avec ses trois nominations artistiques, qui en font sept une fois les industrielles accolées, une autre joueuse: Ariane Moffatt. Pas simple, tout ça. Ma bosse des maths me causant trop d'élancements à l'occiput frontal pour persévérer dans cette logique du double calcul, arrêtons les frais et ne considérons plus que les nominations artistiques. Le duo Alfa Rococo, les groupes Kaïn et Karkwa en récoltent quatre, soit le double de tout un tas de collègues, dont Daniel Bélanger, Alexandre Désilets, Badouri, Éric Lapointe, Catherine Major, Vincent Vallières, Pierre Lapointe, etc. Je vous fais grâce de la petite foule de ceux qui ne pourront aspirer qu'à une seule et unique statuette. Ce qui n'est quand même pas rien.

Examinons plutôt quelques catégories de prestige, à commencer par le Félix de l'auteur ou compositeur de l'année, chaudement disputé entre les très distincts Urbain Desbois, Diane Dufresne, El Motor, Catherine Major et Karkwa. Le spectre est encore plus large chez les prétendants à la révélation de l'année: entre Alfa Rococo, Badouri, Annie Blanchard, Alexandre Désilets, Gatineau et Radio Radio, c'est carrément l'écartèlement. Les regroupements d'albums par genre donnent aussi lieu à d'étranges collisions: un Marc Dupré se frotte à Alexandre Désilets en pop-rock, un Pierre Lapointe à un Gregory Charles en populaire, le groupe Simple Plan côtoie Sylvain Cossette dans le bac des meilleurs albums anglophones. De belles surprises? Voir un Jamil s'immiscer en douce parmi les champions hors Québec, les Simple Plan, Malajube, Patrick Watson et Isabelle Boulay, est rien de moins que réjouissant. Constater que l'on n'a pas oublié le spectacle des 50 ans de Michel Louvain parmi les plus mémorables sorties de l'année fait pareillement chaud à un coeur de critique.

Le gala de l'ADISQ, trentième du nom, s'offrira en cette année anniversaire le Centre Bell: 13 trophées y seront décernés le dimanche 2 novembre, soirée animée une fois de plus par Louis-José Houde, entre les hommages et les rappels historiques qui seront forcément nombreux. Les 45 autres lauréats recevront leur Félix lors des habituelles cérémonies complémentaires, dont une vingtaine à L'Autre gala de l'ADISQ, l'ancien «hors d'ondes» de triste mémoire, qui sera diffusé en direct du Métropolis, simultanément à MusiMax et MusiquePlus, marquant le retour de ces stations à une programmation plus musicale. Le «gala de l'industrie», comme à l'accoutumée, se vivra à l'interne, juste avant la grande bringue du Centre Bell. On peut voir l'ensemble des nominations, assorti d'extraits musicaux, sur le site de l'ADISQ (adisq.com).

***

Collaborateur du Devoir

À voir en vidéo