Compressions en culture - Toronto se mobilise

Toronto — Après Montréal et Québec, Toronto. Plusieurs artistes canadiens et québécois de renom, dont le cinéaste Atom Egoyan, ont vertement critiqué le gouvernement conservateur, hier, lors d'une manifestation à Toronto.

Le gotha culturel canadien anglais s'est donc réuni en marge du Festival international du film de Toronto pour demander aux partis politiques d'inclure dans leurs programmes des mesures assurant à long terme le financement des arts.

Cette rare mobilisation au Canada anglais fait suite à l'abolition par le gouvernement conservateur de plusieurs programmes visant notamment à assurer le rayonnement des artistes canadiens à l'étranger. Quelque 60 millions ont été amputés depuis le printemps.

«L'investissement dans les arts, ce n'est pas de l'argent perdu», a assuré James Fleck, président de l'organisation Business for the Arts, alors que plusieurs personnalités soulignent l'importance de «financer la créativité» afin de concurrencer les puissances émergentes dans l'économie mondiale.

«Nous utilisons ce langage [économique] puisque c'est ce que comprend le gouvernement actuel, mais c'est pathétique d'avoir à lutter dans ces termes. Cela devrait être évident», a déclaré le cinéaste Atom Egoyan.

«Ce que je trouve très alarmant actuellement, c'est que plusieurs de ces institutions [culturelles] qui nous ont été léguées sont sur le point d'être démantelées», a-t-il dit lors du rassemblement à Toronto.

Le financement des arts est, loin derrière l'économie, l'environnement et la présence militaire en Afghanistan, parmi les thèmes clefs des élections du 14 octobre, mais il occupe plus d'espace que prévu depuis le début de la campagne, amorcée officiellement dimanche.

«Je trouve ça embarrassant qu'au Canada anglophone, nous soyons forcés de réduire la culture à une argumentation économique... Le Bloc québécois est le seul parti politique à parler sérieusement de culture», estime Don McKellar, scénariste de Blindness, film du Brésilien Fernando Meirelles (La Cité de Dieu, La Constance du jardinier), présenté au Festival de Toronto.

Gilles Vigneault a lui aussi pourfendu Stephen Harper, dans l'édition d'hier du Journal de Montréal. Il a notamment appelé les Québécois à se réveiller à temps. «C'est être profondément inculte que de voter pour Harper quand on est Québécois», a lancé le chanteur. «Ce n'est pas croyable que des Québécois soient assez naïfs pour se trahir eux-mêmes, trahir leur propre culture, mais ça existe.»

À voir en vidéo