Woody Allen fait des débuts remarqués à l'Opéra de Los Angeles

Woody Allen a surpris en transposant l’oeuvre de Puccini de la Florence médiévale à une Italie contemporaine, et en animant tous les personnages de cette farce, qui se disputent un héritage.
Photo: Agence France-Presse (photo) Woody Allen a surpris en transposant l’oeuvre de Puccini de la Florence médiévale à une Italie contemporaine, et en animant tous les personnages de cette farce, qui se disputent un héritage.

Los Angeles — Samedi 6 septembre, à l'Opéra de Los Angeles, le cinéaste américain Woody Allen a fait des débuts remarqués dans une mise en scène de Gianni Schicchi, un opéra en un acte de Puccini (1858-1924), qu'il a voulu dynamique comme un vieux film italien en noir et blanc.

«Bravi! Bravi!», s'est exclamé le ténor espagnol Placido Domingo, qui est également directeur artistique du LA Opera. Ce dernier courtise depuis longtemps le réalisateur d'Annie Hall ou Manhattan, et dont le dernier film, Vicky Cristina Barcelona, sortira en France le 8 octobre. Placido Domingo a ajouté: «Ce soir, les chanteurs d'opéra ont prouvé combien ils pouvaient aussi être de grands acteurs.»

En s'appuyant sur deux recrues venues du cinéma, le ténor a réussi l'ouverture de la saison du LA Opera, qui célèbre le 150e anniversaire de la naissance du compositeur italien. Gianni Schicchi est le dernier volet d'un Triptyque (Il Trittico) de Puccini dont les deux premiers, Il Tabarro (drame passionnel sur les quais de la Seine) et Suor Angelica (pénitence et suicide dans un couvent italien) sont aussi dirigés par un réalisateur de cinéma, William Friedkin (L'Exorciste, French Connection), déjà rompu à l'opéra, et dont les choix de mise en scène sont plus traditionnels. L'ensemble est dirigé par le chef d'orchestre James Conlon sur des décors de Santo Loquasto.

Pour ce final, Woody Allen a surpris en transposant l'oeuvre de Puccini de la Florence médiévale à une Italie contemporaine, et en animant tous les personnages de cette farce, qui se disputent un héritage. Il injecte d'emblée son humour et ses calembours dans un générique sur écran blanc qui annonce: «Prosciutto e Melone Productions» (une production jambon et melon).

«Woody nous apporte son talent», explique Placido Domingo au Monde, à la fin du spectacle. «Cette idée de décor en noir et blanc est merveilleuse. Il nous fait lire entre les lignes de ce que dit Puccini.» «Gianni Schicchi est un petit triomphe de mise en scène d'opéra», affirme déjà le quotidien californien Orange County Register. Mark Swed, critique de musique du Los Angeles Times, est emballé: «Cette production de génie déménage. Woody Allen parvient à être à la fois impertinent et fidèle à la musique et à l'esprit de l'oeuvre.»

Woody Allen n'est pas monté sur scène pour recevoir l'ovation debout des spectateurs, mais il a rejoint la soirée de gala, où l'on croisait quelques personnalités d'Hollywood, comme Michael Eisner, les acteurs Don Simpson, Michael York, Martin Short, le maire de Los Angeles Antonio Villaraigosa. «Je n'étais pas dans la salle, je dînais en face au Disney Center, explique-t-il au Monde. Je n'assiste jamais à une première, car il n'y a plus rien à faire. Si ça se passe bien, formidable! Sinon...»

Transgresser les règles

Woody Allen ajoute: «On a choisi l'oeuvre pour moi et la distribution aussi, poursuit-il. J'aime l'opéra, mais je n'y vais pas souvent, et je ne connaissais pas cet opéra-là. Mais la musique est si belle!» En quoi consiste le défi de l'opéra pour un novice? «Empêcher une quinzaine de personnes de se cogner les unes contre les autres dans un espace restreint!», répond-il.

Sa décision de transgresser les règles de l'opéra en faisant jouer tous les personnages, tout le temps, même quand ils ne chantent pas? «Je ne peux pas imaginer de les laisser sur la scène, debout là, à ne rien faire! Pour moi, c'est plus naturel de procéder ainsi, c'est ce dont j'ai l'habitude.» Il confirme qu'on lui a proposé beaucoup d'opéras et même de filmer La Bohème, de Puccini (le projet n'a pas abouti), mais il ne prévoit pas de réorienter sa carrière: «Je ne me vois pas monter un opéra de trois heures!»

L'Opéra de Los Angeles a déjà invité des vedettes d'Hollywood: Herb Ross (dont la mise en scène de La Bohême, en 1993, est encore produite), John Schlesinger, Maximilian Schell, Gary Marshall. Ou Bruce Beresford, dont l'adaptation de Rigoletto, de Verdi, en 2000, a fait sourciller quelques critiques. Galvanisé par la réception d'Il Trittico, Domingo avoue qu'il recherche des talents hollywoodiens pour ses productions futures, mais ne cite aucun nom — la rumeur parle de Tim Robbins et de John Malkovich.

Le Triptyque de Puccini a été suivi, dimanche, par la première américaine de The Fly (La Mouche), mis en scène toujours par un cinéaste: David Cronenberg. C'est une coproduction avec le Théâtre du Châtelet, à Paris, qui l'a présentée en juillet.

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