Festival western de Saint-Tite - Huit ans et huit secondes plus près de la mort

Brian Rouiller  et Zachary Bourgeois, huit ans, montent  les veaux sauvages au 41e festival western de Saint-Tite. Photo: Jean-François Nadeau
Photo: Brian Rouiller et Zachary Bourgeois, huit ans, montent les veaux sauvages au 41e festival western de Saint-Tite. Photo: Jean-François Nadeau

À Saint-Tite, au nombre des concurrents des soirées de rodéo du festival western, on peut voir cette année des gamins de huit ans monter des veaux endiablés.

«Quand il était bébé, explique Éric Rouiller, 33 ans, le seul moyen de faire arrêter mon gars de pleurer était de lui passer des cassettes de rodéo. Mes amis ne me croyaient pas avant de le voir!» Son petit Brian monte pour la première année des veaux sauvages. Ruades et secousses sont au programme. Un coup de tête ou un coup de sabot donné par l'animal pourrait être fatal, malgré le casque protecteur et les conseils attentionnés de papa, cow-boy d'expérience. Qu'en pense la mère? «Ma femme est secrétaire de rodéo avec moi. On a passé toute notre vie là-dedans... Ma fille fait des courses de barils.»

Myriam Paradis, femme de cow-boy, espère que son petit cousin David Cloutier, sept ans, sera du nombre des compétiteurs l'an prochain. «Il a monté des moutons cette année. Il doit maintenant apprendre à mieux se tenir, et ça ira.» David observe ses aînés d'un an, très attentif. «Lorsqu'ils ont besoin de quelque chose, je les aide. Moi aussi, je vais faire ça bientôt.»

Son père, David Cloutier, est forgeron. Il parcourt le Québec, mais aussi la Floride et l'Ontario pour exercer son métier de maréchal-ferrant. «On s'arrange pour mettre David dans une bonne ambiance. On lui fait écouter des cassettes de rodéo. Il a pris des cours d'équitation cette année. J'ai fait ça toute ma vie, du rodéo... Une semaine sur deux, je ne suis pas là à cause de mon métier. C'est un peu pour ça d'ailleurs que je ne suis plus avec ma femme...»

Les femmes ne sont plus admises désormais sous les gradins, les espaces de préparation des cow-boys. Une jeune femme qui s'y aventure ne manque pas d'être réprimandée. Question d'une visiteuse à une responsable: «Les femmes peuvent-elles faire des rodéos?» Oui, en principe. Mais en pratique, c'est une chasse gardée d'hommes. «C'est violent et très dur pour le physique. Ce n'est pas vraiment pour les femmes.»

Après leurs performances dans l'arène, sous les cris enthousiastes de la foule, même les tout jeunes cow-boys sont gonflés à bloc. Zachary Bourgeois, huit ans, fils de Sylvain Bourgeois, l'organisateur du rodéo à Saint-Tite, lève les bras au ciel après sa performance et goûte son triomphe. Comme ses petits amis cow-boys, il marche la tête haute, avec une totale assurance de lui-même, le regard triomphal. «J'aime ça les rodéos. C'est hot!»

Pour les enfants comme pour les adultes, il s'agit de résister huit secondes à la bête dans une sorte d'antichambre qui peut conduire à la mort. Dans les gradins, c'est le délire. Les montures ont toutes des noms anglais: Black Dash, Cajean Sky, Ice Woman, Pacific Blue Jeans. Elles n'ont peur de rien. Les cow-boys de tout âge non plus, semble-t-il, même si l'ambulance est repartie samedi avec un compétiteur resté plusieurs minutes cloué au sol.

Plus de 8000 personnes s'entassent dans les estrades de Saint-Tite. Le clou d'un rodéo? La montée des taureaux sauvages par des hommes qui, plus que les autres encore, jouent les trompe-la-mort.

Les champions couronnés, la foule quitte les estrades et augmente encore davantage le flot de piétons qui arpentent la ville. Le spectacle de cette cohue est parfois assez surréaliste. Ainsi, cette calèche blanche tirée par deux picouilles qui se frayent un passage à travers la foule au son d'un cantique de Noël, Mon beau sapin, tandis qu'un jeune homme éméché passe devant, déguisé en homme-sandwich pour proclamer son statut de célibataire... La patience est vraiment de mise pour sortir de la ville.

Dix rodéos sont présentés cette année à Saint-Tite. Le prix des places varie entre 27 $ et 43 $. Les représentations sont complètes depuis des semaines déjà, et les revendeurs semblent faire des affaires en or, tout comme les différents marchands de la ville. Après avoir reçu 725 000 visiteurs en dix jours l'an passé pour son quarantième anniversaire, le festival western de Saint-Tite espère en accueillir au moins 550 000 pour cette édition qui se termine le 14 septembre.

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