Mutek pour les nuls - Vous avez dit glitch?

Vous avez dit glitch?
Photo: Vous avez dit glitch?

Glitch, IDM, clicks'n'cuts, ces termes ne vous parlent peut-être pas beaucoup. Pour ceux qui suivent les développements récents et rapides de l'avant-garde en musique électronique, ces vocables appartiennent pourtant au langage courant. Lors de Mutek, dont la troisième édition s'ouvre demain, ces expressions prendront tout leur sens.

Généralistes ou spécialisés, à peu près tous les chroniqueurs de musique en ville prédisent la consécration à cette édition de Mutek. D'une part, alors qu'il était autrefois catalogué aride et austère, le mini-festival ne cesse de se faire des amis. Une véritable culture numérique à Montréal voit le jour et fleurit. Par ailleurs, les noms portés par la programmation deviennent plus familiers. L'an dernier le Britannique Matthew Herbert était présent et revient cette année sous son pseudonyme de Radio Boy. Or, Herbert a aussi travaillé dans le passé avec des gens aussi connus que Bjork, l'Islandaise vedette mondiale. À mettre aussi au rang des bons coups de cette édition, la venue de l'extraterrestre aux habits de cosmonautes «cheapo», l'Allemand Felix Kubin, gros hit du dernier Media Lounge du FCMM.


La programmation de Mutek 2002, qui se déroulera du 29 mai au 2 juin 2002, est construite de façon à faire monter le flux sanguin au fur et à mesure qu'approchera le week-end prochain. De mercredi, tout en douceur, en textures et en sons microscopiques, jusqu'à dimanche, qui carburera aux rythmes latins de l'électronique, la chaleur ira en montant.


Alain Mongeau — dont on connaît aussi le travail au FCMM et pour le symposium ISEA en 1995 — a pensé la programmation de l'événement de cette manière (détails sur le site www.mutek.ca): «On postule un spectateur idéal, qui va traverser l'ensemble de l'événement. On lui offre une trajectoire qui va d'un pôle plus expérimental, avec des composantes multimédia, pour ce qui est des concerts à Ex-Centris, vers un pôle plus dance floor, plus festif.» Mongeau décrit son calendrier depuis la première édition de Mutek, en 2000, comme un 2+2+1. «Les deux premières soirées sont expérimentales, les deux autres sont plus grand public, et la troisième portion, c'est la cerise sur le sundae, qui ouvre sur d'autres horizons.»


L'an dernier en finale, Herbert avait donné une touche jazz à sa mouture. Cette année, la sauce latine est à l'honneur, avec la tête d'affiche Atomª (une des incarnations de Atom Heart), le Mexicain Murcof, l'Argentin Juan Self, le Chilien Dandy Jack, une bande à laquelle va s'ajouter, pour un petit jam session, comme on dit en bon français, Ricardo Villalobos, de retour cette année après avoir participé l'an dernier au sein du duo Ric y Martin.





Vous avez dit glitch?


La musique électronique évolue rapidement, en raison de son rapport à la technologie. Au niveau informatique, chaque nouveau type de logiciel fait naître une esthétique, chacune étant définie par les agencement sonores permis. Au début des années 90, le mouvement acid en techno venait du détournement du TB-303, un séquenceur. De la même manière, le logiciel Live de Abbleton révolutionne certains acquis depuis six mois, estime Mongeau. Ce logiciel est notamment utilisé par la figure montante de la scène montréalaise, Akufen, aussi de la programmation de cette année, et propose une autre dynamique que les shows de laptops, intégrant la musique réellement en direct: «Les musiciens peuvent mixer leur propre musique et même travailler en réseau avec d'autres musiciens sur scène.»


Le glitch et tous les micro-sons ont été permis par l'utilisation des laptops — accessibles à tous, une véritable démocratisation de la création musicale —, qui permettent de découper des sons et de les réassembler sans devoir se payer de lourdes et coûteuses séances de studio. Depuis quelques années, les musiciens intègrent les accidents sonores. Le glitch consiste en la «gestion musicale de l'accident sonore», résume le directeur artistique. Les sons de l'électricité, les parasitages sonores, un son de CD qui dérape, le bruit d'une machine défectueuse, tous ces sons peuvent se retrouver dans ce catalogue du glitch. Un des premiers à avoir travaillé avec ce répertoire était le Berlinois Stephan Betke, que les Montréalais ont eu la chance de voir à quelques reprises et dont le nom d'emprunt, Pole, explique le directeur artistique de Mutek, vient d'une machine dont le filtre était cassé et qui a donné une texture à ses sons.


Deux compilations sur l'étiquette Mille-Plateaux, «qui a consacré le glitch et l'a tué dans l'oeuf», permettent de découvrir cet univers, auxquelles on peut maintenant ajouter d'autres titres: Clicks & Cuts (1 et 2) la minimaliste et ambiante Between Two Points et la récente Electric Ladyland (une liste à laquelle il faut ajouter la compilation Microscopic Sounds, sur Caipirinha). Un des programmes de demain, autour notamment de vitaminsforyou (Toronto) et Dioxyde (Montréal), est consacré à l'esthétique clicks'n'cuts. «C'est une variante du glitch. C'est une autre façon de parler des micro-sons. C'est du découpage de son dans un agencement peut-être plus rythmique.»


Finalement, la tendance IDM, présente encore cette année, désigne la Intelligent Dance Music: «C'est une musique techno, peut-être plus évoluée. C'est toujours un peu le même phénomène. Il y a des cycles où des manifestations émergent de l'underground et deviennent la référence mainstream. Puis des gens contestent, qui sont plus intéressés par l'évolution de la musique. L'étiquette IDM a été créée il y a environ dix ans, se positionnant par rapport à une musique qui devenait la répétition d'une formule.» Le tournant décisif qui a créé la branche IDM, signale Mongeau, a été une compilation intitulée Artificial Intelligence, sur l'étiquette Warp, qui a consacré des artistes comme Aphex Twins, les ancêtres de Boards of Canada, ou Autechre. «C'est une musique plus exigeante.»


Le milieu de la musique électronique est à ce point foisonnant, explique le programmateur, que Mutek pourrait tenir festival toute l'année. C'est ce que vise en quelque sorte Mutek en diversifiant ses activités. Une vitrine Mutek a eu lieu à Toronto la semaine dernière et en février à Berlin, un marché que l'organisation cherche à développer. De plus, côté sons, d'autres publications verront le jour sur l'étiquette créée l'an dernier, Mutek_Rec, sur laquelle on retrouve l'éclairante compilation Mutek 02, qui fait état du travail des invités de cette année. Pour le reste, côté lexique, faites vos devoirs: une recherche imposée sur le two-step, le funk-tek, le tek-house, big beat... Mais là, c'est une histoire qui concerne moins Mutek.