Paul McCartney a conquis Québec

Accueil triomphal pour Sir Paul. Dans un tonnerre de cris et d’applaudissements, le légendaire bassiste des Beatles a fait son entrée sur la scène des plaines d’Abraham acclamé par une foule conquise, croulant littéralement sous son charme. Ce m
Photo: Jacques Nadeau Accueil triomphal pour Sir Paul. Dans un tonnerre de cris et d’applaudissements, le légendaire bassiste des Beatles a fait son entrée sur la scène des plaines d’Abraham acclamé par une foule conquise, croulant littéralement sous son charme. Ce m

Québec — Paul McCartney a mis le paquet hier pour toucher la sensibilité québécoise. En plus de multiplier les interventions en français et de souligner le 400e avec sa pièce Birthday, il a défilé sur scène en brandissant un grand drapeau du Québec. Dès les premières notes de Jet, on savait que ce serait une soirée légendaire. «Bonsoir les Québécois! Bonsoir toute la gang», a lancé le chanteur peu après son entrée sur scène vers les 21h30. C’était après Jet, une pièce de son époque avec The Wings et juste avant Drive My Car, un classique des Beatles.

Même dans les rangs des médias, plusieurs regardaient la scène ébahis, encore étonnés de voir le «vrai» Paul. Mordus ou pas, jeunes ou vieux, les spectateurs ont afflué en masse, sur les Plaines, pour assister à cet événement qui a sans contredit été à la hauteur des attentes très élevées qu’il avait suscitées.

Tout au long de ce spectacle très sympathique et sans temps mort, le chanteur a ponctué les pièces de courtes interventions en français. «C’est ma première visite à Québec », a-t-il lancé avant d’ajouter en anglais que c’était un très bel endroit. «Comment allez-vous? What do you think about french ? Merci beaucoup!»

Dans la foule, un public complice l’accompagnait en chantant ou en sifflant. Quant à la polémique des derniers jours, l’ex-Beatle l’a dissipée dans des termes assez simples. «Je parle seulement un petit peu français », a-t-il déclaré dans un très craquant accent britannique, avant de mettre les choses au clair en anglais. «Donc, je vais parler en anglais. Pour ceux qui ne comprennent pas, il y a une traduction ici [des surtitres sur les écrans]. Je pense que la plupart d’entre vous comprennent non ?»

Joueur, McCartney a donné moins de place au répertoire des Beatles dans la première partie du spectacle, glissant les All my Loving et The Long and Winding Road entre des pièces moins connues des époques Wings et solo comme Let Em In ou Only Mama Knows. Or, au fur et à mesure que la soirée avançait, les pièces des Fab Four prenaient de plus en plus de place.

On se rappellera notamment cette interprétation à la guitare acoustique de Blackbird accueillie dans un silence qui respirait presque la vénération. Ou encore ce This one is for you, lancé juste avant les premières notes de Michelle, la seule pièce des Beatles en français, laquelle a eu droit, en prime, à un fort bel accompagnement à l’accordéon.

Sans se lancer dans de longs laïus, McCartney a maintenu le contact avec la foule en s’adressant à elle plus souvent qu’autrement. Comme au moment de présenter I Follow the Sun, lorsqu’il a évoqué un moment son enfance à Liverpool.

Le mythique chanteur s’est également permis un petit hommage à sa femme Linda (My love) et un autre au ukulele (!) à George Harrison (Something). Mais c’est sûrement de celui pour Lennon qu’on se rappellera le plus. « Cette chanson est dédiée à mon ami John », a-t-il dit avant d’enfiler les premières notes d’A Day In The Life qui se mutait quelques instants plys tard en Give Peace a Chance»
Et ce ne fut qu’une séquence de hits usqu’aux derniers milles qui voyaient se succéder entre autres A Day in The Life, Let it Be et Hey Jude. Enfin, au moment d’écrire ces lignes, on nous annonçait une finale assez spectaculaire avec Yesterday et Sergeant Pepper Lonely Hearts Club band.

Ainsi, le grand McCartney aura donné à la foule ce qu’elle voulait mais la qualité des arrangements conçus pour les pièces de ses « autres vies » a visiblement plu au public. Et ce, il faut le dire, grâce à l’apport de ses musiciens qui sont à la hauteur de leur réputation. Bref, parions que les Québécois seront nombreux au cours des prochains jours à sonder de nouveaux rayons dans les magasins de disques...

Une foule record, une file à perte de vue et un coucher de soleil

Avant l’arrivée de Sir Paul, les spectateurs avaient eu droit à des prestations de Pascale Picard Band et The Stills. En guise de clin d’?il à l’ex-Fab Four, ces derniers ont d’ailleurs cru bon d’interpréter une pièce des Beatles, Runaway Home. Et, pour plaire aux défenseurs de la langue irrités par le caractère anglophone de cette soirée, ils ont aussi dérogé à leurs habitudes en chantant une pièce en français.

Quant à Pascale Picard, elle a livré une performance rythmée, minimisant les interventions pour jouer le plus de pièces possible dans le 45 minutes qui lui était alloué. Se disant très nerveuse, la jeune musicienne native de Québec réalisait un rêve en assurant la première partie du célèbre chanteur. E lle s’est elle aussi prêtée au jeu de l’hommage par des extraits de While my guitar gently weeps, une composition de George Harrison. Et comme si ce n’était pas assez, un coucher de soleil tout de rose et d’orangé présidait à sa performance.

De l’avis de tous, c’était du jamais vu comme rassemblement dans la capitale. «De mon vivant, je n’ai jamais vu ça, il y a tellement de monde !», commentait Denise Bouchard, une bénévole qui travaillait à l’entrée du site. «À part peut-être à Expo 67.» Pour contenir la foule, les organisateurs avaient défini des zones tampons à partir desquelles les impatients pouvaient attendre. Avec ce résultat que, à l’ouverture des portes vers 18 heures, les fans ont investi l’espace en courant. Des combattants enragés sur un champ de bataille n’auraient pas pu faire mieux...

Aux alentours de 19 heures, une file à perte de vue longeait les Plaines, alors que des milliers de personnes espéraient accéder à la seconde zone derrière la scène où les organisateurs avaient installé des écrans géants.

«Mon mari a voulu nous acheter quelque chose à manger au dépanneur et il n’y avait plus rien», nous a dit Claudette Michel, qui s’était installée en retrait avec sa chaise pliante, près de la seconde zone. «J’aime la musique des Beatles, mais pas au point de passer deux jours à attendre pour le voir. On est restés en retrait parce qu’on veut être capables de sortir vite du site à la fin.»

Aux alentours de 19 heures, une file à perte de vue longeait les Plaines, alors que des milliers de personnes espéraient accéder à la seconde zone derrière la scène où les organisateurs avaient installé des écrans géants. Tant du côté de la police que de l’organisation du 400e, personne ne voulait se commettre hier dans des estimés de foule mais on peut penser que le site aura accueilli facilement les 200 000 personnes attendues.

Dans la file, on croisait des gens de tous les âges et de toutes les générations. Tous ne se décrivaient pas comme des fans finis de McCartney, mais ils avaient vu là une occasion exceptionnelle, un événement à ne pas manquer. Un enthousiasme alimenté par le beau temps et la gratuité de l’événement.

Malgré la démesure de cette soirée, tout se déroulait dans l’ordre au moment d’écrire ces lignes. À l’intérieur comme à l’extérieur du site, les gens souriants goûtaient un prétexte de plus pour se rassembler en groupe et boire un verre dehors.
29 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 21 juillet 2008 07 h 18

    J'ai jamais été aussi fier d'être québécois

    On peut déplorer le manque de bleu et d'histoire, la récupération d'Ottawa, la représentation en France par la reine-nègre, n'empêche que ce spectacle passera à l'histoire. Le plus gros show, la plus grosse foule de toute l'histoire du Québec. Le PQ pourrait même se servir de l'image de Paul agitant le drapeau du Québec, ce que plus un seul chanteur québécois ne fait!

    Déjà les vidéos ont commencé à circuler sur youtube. Quatre millions pour Sir Paul. Des pinottes si on considère les retombées mondiales. Think Big, Curzi...

  • Yvon - Inscrit 21 juillet 2008 07 h 41

    Bravo. Vive l'ouverture.

    Ça a permis une belle fête conviviale à Québec. Sans doute de belles rencontres avec toute l'Amérique du Nord. Des gens au large sourire de tous les continents, des tous les âges, de toutes les cultures se sont rencontrées et mises ensemble pour "Offrir une chance à la paix". Comme à Montréal dans son quotidien où nous avons tout ceci tous les jours. Le Québec est riche de cet apport du monde qui vient ici pour s'installer et vivre dans l'harmonie. Nous avons de la chance de cette richese culturelle et humaine. Préservons la. Saluons ce grand artiste et cette belle fête.

  • Jean-Paul Le Bourhis - Abonné 21 juillet 2008 07 h 48

    À la claire fontaine m'en allant promener

    Il a conquis la foule, notre Popaul. Conquis, oui. Et tant mieux pour lui. Le bon peuple de Québec (et non du Québec) a encore une fois démontré qu'il savait recevoir et qu'il savait fêter. Il est tombé sous le charme. J'entendais ce matin le beau Patrice Roy à RDI nous dire qu'il était toujours aussi beau (que lui), le bon Popaul, l'icône adorée, le plus photogénique des ex-Beatles, le biquet universel de ses dames. Le cadet idéal pour être le chouchou de maman (jalousie, quand tu nous tiens!)

    Il a dit quelques mots de français et ça ne m'étonne pas. C'est qu'il a de la classe. Il en a toujours eu. Et il a du coeur. Pas juste une vulgaire patate, non, un vrai coeur. En or véritable. Il a chanté ses vieux tubes. Il les a enchaînés; la foule était en liesse, la foule était ravie. "Baby, you can drive my car", fredonnait mémé derrière la poussette de son petit-fils. Il faut transmettre les traditions, dès le berceau.

    Il a brandi le drapeau du Québec, à soixante-six ans, sur les plaines, rien de moins. C'était sympa. Il ne s'attendait certainement pas à ça, l'hiver dernier...

    Ne t'inquiète pas, sir Popaul: "il y a longtemps que je t'aime, jamais je ne t'oublierai".

    N'empêche, les organisateurs de la fête, même s'ils ont de quoi fêter, n'ont rien à célébrer. Ne serait-ce parce qu'ils ont réussi l'exploit d'avoir donné la sale impression de jouer les Abel affamés bradant son droit d'aînesse contre un plat de lentilles. Mais eux leur droit d'ainesse, symboliquement, ils l'ont bradé contre une chanson.

    Et bon Red Bull Crashed Ice 2009, gentils et gentilles alouettes!

  • Pierre Castonguay - Inscrit 21 juillet 2008 07 h 49

    Merci M. McCartney : vous êtes un amour

    Hier, j'ai invité les gens de Toronto à venir nous joindre pour découvrir la beauté de Québec. Sur les 3 Blogs des Maple Leafs : 2 sur trois ont affiché mon invitation.

    J'ai aussi réagi à CFRB FM Toronto lorsqu'ils ont encore reparlé de l'Intervention d'Archambault concernant cette fête. Une bonne conversation téléphonique vaut parfois plus que quelques signataires.

    Merci aux organisateurs du 400e pour avoir pensé inviter un homme de la stature de McCartney.

    Merci surtout aux Québécois d'avoir un amour de la musique plus grand que toutes les politiques parce que lorsque nous aimons, tous ensemble, nous exportons le Québec à la grandeur de la Planète

    L'amour de la musique des Beatles, ce fut un amour tout aussi utile pour transpoter le Québec que l'amour que nous vouons aux films de Falardeau, aux théâtre de Curzi ou à l'oeuvre d'Archambault. Quand on aime, comme le disait Ferland, on a toujours 20 ans avec 400 années sans un seul ride.

    Pierre

  • Gilles Delisle - Inscrit 21 juillet 2008 08 h 22

    Le meilleur show avec un Sir qui a fait l'effort de bien respecter notre caractère francophone!

    Ce Monsieur, en plus d'être un grand artiste, a aussi beaucoup de classe. Je trouve cependant, malheureux, d'avoir vu deux groupes francophones: The Stills et The Pascale Picard Band, chanter uniquement en anglais! L'erreur était là! J'aimerais bien savoir, quels étaient les groupes invités au spectacle de Kiev, en première partie! Des groupes musicaux francophones auraient eu une visibilité incroyable, et je pense que Sir Paul aurait probablement acquiescé à cette demande, mais il semble que les organisateurs n'en aient pas proposés!