Fêtes du 400e de Québec - McCartney plongé malgré lui dans le débat linguistique

Québec — Précédé bien malgré lui par une polémique à saveur identitaire, le chanteur Paul McCartney a déclaré hier que le temps était venu de «fumer le calumet de la paix» et que son spectacle en était un d'«amitié».

«Vous savez, je suis très ami avec les Français que je connais», a déclaré le chanteur à Radio-Canada. «Je connais des gens de toutes les nationalités, je suis ami avec des Allemands. Selon cet argument, je ne devrais jamais aller en Allemagne», a-t-il ajouté en réaction à la nouvelle polémique sur la pertinence de placer un artiste anglophone comme lui au centre des Fêtes du 400e.

«Je cherche toujours des occasions de parler d'autres langues», a-t-il signalé après avoir prononcé quelques mots en français, confirmant la rumeur selon laquelle il avait pris des leçons en prévision de son passage à Québec dimanche.

Au cours de l'entretien qui doit être diffusé en totalité ce matin sur les ondes de la radio publique, l'ex-membre des Beatles a même évoqué le général Wolfe en plaidant qu'il ne se rappelait guère de l'épisode de la Conquête, appris il y a longtemps sur les bancs d'école. «Avons-nous gagné?», a-t-il lancé en boutade.

Le sens de la fête

Hier encore, on débattait sur toutes les tribunes de cette affaire. Lancé depuis plusieurs mois dans la capitale, le débat sur le sens à donner aux Fêtes du 400e passionne désormais l'ensemble du Québec.

En fin d'après-midi, hier, le porte-parole péquiste en matière de culture, Pierre Curzi, est revenu sur les critiques qu'il avait émises à l'endroit de la venue de l'ex-Beatle. «Je suis un baby-boomer bercé par la musique des Beatles, j'aime bien Paul McCartney et je suis le premier à me réjouir du succès de ces fêtes», a-t-il rectifié dans un communiqué. En entrevue au Journal de Montréal plus tôt cette semaine, il avait déclaré que la présence de Paul McCartney sur les plaines d'Abraham était la goutte qui fait déborder le vase.

Pour nuancer ses propos, le député a interpellé le chanteur.

«[...] quand vous mettrez le pied sur scène, dimanche, pour célébrer cette belle ville française, rappelez-vous, avec nous, que cette langue qui l'anime et que nous célébrons si fièrement est encore bien fragile. C'est là le sens premier et le seul sens de mon message», a-t-il poursuivi.

Pierre Curzi, tout comme les députés Martin Lemay et Daniel Turp, avaient endossé une pétition de l'artiste peintre et sculpteur Luc Archambault, qui trouvait que la présence d'une vedette britannique équivalait à un détournement de la fête.

La chef péquiste Pauline Marois s'était alors dissociée de ces députés.

Dans un entretien avec le journal Le Soleil, Marie Barrette, l'attachée de presse de Mme Marois, a affirmé que cette dernière n'avait pas été prévenue de la sortie des membres de son aile parlementaire et qu'elle ne partageait pas leur point de vue.

Mme Barrette a ajouté que si la chef péquiste avait été au Québec au cours de la fin de semaine, elle serait allée voir Paul McCartney. Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, entend bien de son côté se rendre sur les Plaines pour écouter le concert.

L'Union des artistes marche sur des oeufs

Le président de l'Union des artistes, Raymond Legault, ne cache pas son malaise quant à la venue de Paul McCartney aux festivités du 400e, alors que des personnalités artistiques telles que Raymond Lévesque, Claude Michaud, Normand Brathwaite, Marie Tifo et Pierre Falardeau ont déploré une «canadianisation» des Fêtes du 400e.

M. Legault dit trouver extrêmement délicat, selon son expression, de se faire chanter Happy Birthday en anglais et croit que la suggestion de Luc Archambault de faire chanter Gens du pays en français à l'ex-Beatle serait un bel hommage à rendre aux Québécois.

«Est-ce que ça veut dire qu'il faut partir en guerre et que M. McCartney ne vienne pas? Je ne pense pas», a conclu celui qui a pris la relève de Pierre Curzi à la tête de l'Union des artistes en 2006.

Les organisateurs du 400e prévoient accueillir dimanche soir jusqu'à 200 000 personnes pour ce concert gratuit, le seul que donnera l'ex-Fab Four sur notre continent cette année. Le spectacle, qui doit débuter vers les 21h15, sera précédé de prestations des groupes The Stills et Pascale Picard Band.

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Avec La Presse canadienne
5 commentaires
  • Gilles Delisle - Inscrit 18 juillet 2008 07 h 42

    Les vrais coupables!

    Ce n'est pas la faute à McCarney, qui est un des plus grands artistes de notre génération, dont plusieurs des protagonistes sus-mentionnés dans cet article, ont certes apprécié la musique dans leur jeunesse et jusqu'à aujourd'hui! Le problème en est un "d'organisateurs", qui auraient pu suggérer à l'équipe de McCartney, de précéder sa prestation de groupes musicaux francophones d'ici, chantant la musique française d'ici. Malheureusement, depuis le début de ces Fêtes, les spectacles d'artistes anglophones semblent avoir pris le contrôle des Fêtes, laissant le peuple québécois désireux de musique francophone sur sa faim.

  • Hubert Larocque - Abonné 18 juillet 2008 09 h 23

    Politisation du concert de Paul Mc Cartney

    Ne dramatisons pas outre mesure la polémique que soulève le concert de Paul Mc Carthey. Pourtant , l'intelligence doit rester en éveil pour demeurer capable de saisir les éléments qui se confrontent. Sommes-nous vraiment libres de fêter en état d'apesanteur, sans aucune autre implication? L'histoire décide des points de vue et des choix que l'on faits, et cela très souvent à notre insu. Le concert de Mc Cartney s'inscrit dans une grille qui en définit à l'avance le sens et la portée.
    Personne ne nie le talent et l'importance historique de la chanson des Beatles. Pourtant, il n'est pas innocent que l'on ait choisi cet artiste, et qu'il se produise en anglais, sur les Plaines d'Abraham.
    La politique ne se sépare pas des autres domaines, elle leur est coexistante, elle les accompagne et les pénètre de toutes parts. Histoire, pensée, engagement nationaux, parti-pris éditoriaux, festivités, tout, et même la prétention d'ignorer la politique, dans notre contexte, est profondément politique.
    La politisation joue en deux sens. Si l'on est « indépendantiste », le concert de Mc Cartney, venu d'Angleterre et chantant en anglais, sera vu comme un viol de l'espace national, comme une répétition soft de la Conquête de 1760. La symbolique est implacable et personne n'y échappe!
    Si l'on est « fédéraliste », on prétendra qu'il s'agit d'un événement neutre, simplement festif et musical. Cette banalisation, qui invite à l'oubli et à l'inconscience de l'histoire, constitue une politisation subliminale de l'événement. Pendant qu'on fait mine de se divertir, le poison n'en passe que mieux. Il est même plus dangereux qu'un battage explicite car il crée une complicité, une pénombre identitaire qui facilite la démission nationale et la transition à l'anglais dont le fédéralisme est fatalement porteur.
    La prétention au divertissement pur est une technique de propagande du Régime fédéral. L'incapacité à percevoir cet aspect mesure notre degré d'assimilation.
    Hubert Larocque, Gatineau.

  • Roland Berger - Inscrit 18 juillet 2008 09 h 56

    Même pas scandaleux

    Que des chanteurs d'ici et d'ailleurs participent en anglais aux fêtes du 400e ne devrait surprendre personne. Harper a tracé la voie. Ces fêtes sont canadiennes et, comme telles, elles doivent se dérouler principalement en anglais. La présence de Paul McCartney vient confirmer cette réécriture de l'histoire. Le pire, c'est que ce kidnapping ne fait même pas scandale. Québécois, amusez-vous bien ! Il ne vous restera ensuite qu'à vous battre pour pouvoir envoyer vos enfants à l'école anglaise. Logique non ? Charest les y accueuillera.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Fleurette Riverin - Inscrite 18 juillet 2008 10 h 37

    Le temps des bouffons

    Tous ces bouffons qui tentent par tous les moyens de nous enfermer dans leur cage étroite de colonisés chroniques nous bouchant les yeux sur le reste du monde, devraient être couverts de honte devant la mesquinerie de leur geste, dénoncé d'ailleurs par tous les québécois, dont le grand Stéphane Venne, et endossé uniquement par leur très petite clique.

    Que les députés péquistes Pierre Curzy, Martin Lemay et Daniel Turp se soient joints à Luc Archambault en signant sa pétition "qui trouvait que la présence britannique équivalait à un détournement de la fête du 400e", nous montre encore une fois à quel point la commission Bouchard-Taylor avait raison en dénonçant de tels gestes de repli sur soi et de fermeture aux autres, gestes qui en font de dignes émules de Hérouxville et les fait basculer dans le clan des intégristes revanchards.

    Quant à Pauline Marois qui dit "se dissocier de ses députés", qu'elle n'aille pas croire qu'on la prenne au sérieux, elle recule tout simplement devant le tollé de la population soulevé par ce geste polisson, stupide et inacceptable. N'oublions pas qu'elle s'est jointe à la "fête parallèle" organisée par Luck Mervil, uniquement pour porter ombrage à la vraie fête du 400e "qui manquait de bleu" selon lui.

    Et quand les séparatistes veulent faire chanter "Gens du pays" par l'ex-Beatle, alors là ils versent dans la folie totale, ils insultent non seulement McCartney en voulant lui dicter le choix de son spectacle, mais ils insultent aussi Gilles Vigneault qui est, lui, un grand et un vrai québécois bien élevé et respectueux des autres, qui ne verserait jamais dans de telles bouffonneries en se mêlant du choix des chansons de McCartney pour venir imposer une des siennes. Car il sait vivre, lui, il a de l'éducation le grand Gilles Vigneault!

    On voit bien que les séparatistes auraient bien voulu que la fête du 400e soit organisée par la Société St-Jean-Baptiste, avec les Loco Locass pour insulter 75% des québécois et leur bouffon Brathwaite qui en aurait fait autant à la tête du spectacle, comme cela avait été le cas à la dernière St-Jean.

    Paul McCartney est un artiste de dimension internationale, un invité de prestige qu'on aurait dû traiter comme tel, il ne méritait pas d'être plongé dans un débat linguistique par une clique qui verse de plus en plus dans l'intégrisme, il ne méritait pas qu'on lui fasse vivre le temps des bouffons, il vient pour chanter la paix et non la guerre et la chicane.

    Bravo McCartney! Bravo Québec! Et délivrez-nous de tous ces colonisés qui se colonisent eux-mêmes et qui se grattent le bobo jusqu'au sang en voulant nous entraîner dans leur folie destructrice!

  • Claude L'Heureux - Abonné 18 juillet 2008 11 h 19

    Bien dit messieurs !

    Qu'ajouter à vos propos messieurs Larocque et Delisle ? Souhaiter que le 500e soit la fête de la capitale du Québec libre... de toute récupération !

    Claude L'Heureux, Québec