Maboul au festival Juste pour rire - Un cabaret qui respecte les conventions

Le dresseur de chevaux volants du cabaret Maboul est digne de mention.
Photo: Le dresseur de chevaux volants du cabaret Maboul est digne de mention.

L'art de la création et la quête de l'originalité ne sont visiblement pas une sinécure. L'empire de la blague en tout genre, Juste pour rire, en a d'ailleurs donné une preuve lundi soir en dévoilant lors d'une première médiatique son tout nouveau spectacle-cabaret baptisé Maboul.

Dans la foulée de La Clique, un autre cabaret qui a fait la joie des festivaliers au cours des deux dernières années, ce spectacle, présenté jusqu'au 20 juillet sur les planches de la salle André-Mathieu, de Laval, affiche depuis des semaines ses ambitions: il se veut familial, hors des conventions et surtout voué à une carrière internationale. Juste pour rire veut en effet en faire une de ses cartes de visite et rêve de la distribuer dans les grandes capitales du monde.

Et puis? En une heure trente, avec quelques longueurs et sans faste, cette opération se dévoile finalement dans une simplicité désarmante comme un spectacle de cabaret ordinaire qui offre à une foule ouverte à la chose une série de numéros respectant parfaitement ce genre artistique. On y retrouve une femme aux cerceaux montée sur un ballon, un athlète du diabolo, un équilibriste sur un fil — qui jongle —, un numéro de main à main, un contorsionniste qui entre dans une boîte... Dans la salle, les enfants, après des «ho» et des «ha», rigolent.

Dans le ventre de cette machine à distraire, quelques organes arrivent toutefois à surprendre un peu, comme celui, vocal, d'Alexandre Chassagnac, un militaire qui joue à la cantatrice, ou encore celui tout aussi sonore de Charly Pop, une boîte à rythmes humaine déjà croisée l'an dernier dans L'Autre Gala, une tentative de spectacle-cabaret montée par Franco Dragone, qui n'a pas survécu. Un clown à batterie qui tente l'impossible avec des fruits, un dresseur de chevaux volants ainsi qu'un poète de l'absurde sont également dignes de mention.

Orchestré par Stéphane Crête, le Jacques Préfontaine des Étoiles filantes et le Bred Spitfire de Dans une galaxie près de chez vous, ce grand bal de drôles peine toutefois à faire ressortir la douce folie et surtout le goût du décalage de ce metteur en scène. L'homme qui a été ce printemps à Montréal maître de cérémonie d'un Cabaret insupportable, avec sa ribambelle de numéros caustiques, présenté à La Licorne, laisse une trace de ses travers artistiques dans un décor d'atelier de mécanique, mais aussi dans une ouverture amusante qui met en scène tous les artistes poinçonnant leur carte dans la machine de circonstance, avant de commencer le spectacle.

Mais l'entrée ne fera pas le reste du repas et en sortant de la salle, on ne peut que prendre conscience d'une dure réalité, bien géographique: Montréal et sa banlieue sont effectivement bien loin de Dubaï, Berlin, Londres ou Las Vegas.