Cyro Baptista et son groupe Beat the Donkey au Festival d'été de Québec - S'attendre à l'inattendu

Quel lien y a-t-il entre Sting, Daniel Barenboim, Herbie Hancock, Cassandra Wilson, John Zorn, Paul Simon, Brian Eno et le réseau Nickelodeon? Il s'agit de Cyro Baptista, un percussionniste new-yorkais d'origine brésilienne touche-à-tout dont le projet Beat the Donkey s'arrête pour la première fois à Québec dans le cadre du Festival d'été (FEQ). Attention, génie ludique au travail.

À l'autre bout du fil, quelque part dans le lower east side new-yorkais, Cyro Baptista est hilare. «Man! Je reviens tout juste de jouer avec Yo Yo Ma: ce gars-là, on dirait qu'il a neuf ans! C'est vraiment revigorant de jouer avec un musicien aussi inventif!» Près de 30 ans après son arrivée à New York, presque sans le sou, force est d'admettre que la faculté d'émerveillement de Baptista est encore diablement aiguisée et sa curiosité, jamais étanchée.

Cette ouverture, cette curiosité expliquent en grande partie pourquoi le parcours de ce percussionniste, qui est un des plus en vue de la scène des musiques du monde, est un conte de fées. «Pour moi, l'expérimentation, c'est l'essence de la musique. J'adore me mettre en danger, essayer des nouveaux trucs, collaborer avec des gens que je n'ai jamais rencontrés, mais je dois t'avouer sincèrement que je n'en reviens toujours pas de constater que mon téléphone n'arrête pas de sonner!» Et humble avec ça, M. Baptista, malgré une liste impressionnante de distinctions et de critiques élogieuses.

Notons que le New York Times a placé le premier disque de son groupe Beat the Donkey parmi les dix meilleurs disques alternatifs de 2002, et que les lecteurs du prestigieux magazine JAZZIZ l'ont carrément choisi comme meilleur album de musique brésilienne la même année. On ne peut qu'acquiescer tant la musique de Baptista est à la fois complexe, somptueuse, festive et surtout sans prétention.

La musique de Baptista, c'est une joyeuse auberge espagnole. Les styles qu'on croise dans son univers vont du forro à la samba en passant par le reggae, le rock progressif et le jazz. Sur le dernier album de Beat the Donkey, on peut notamment découvrir une version décoiffante de la chanson Immigrant Song de Led Zeppelin, où la guitare électrique accompagne... un accordéon! Et pourtant, l'auditeur ne risque jamais l'indigestion, jamais il n'est enseveli sous des tonnes d'académisme. C'est peut-être parce que Beat the Donkey, c'est tout simplement de la musique de danse.

Comme ce fut le cas pour bon nombre de musiciens, la rencontre de Baptista avec John Zorn a été déterminante. «Je l'ai rencontré alors que je faisais de la musique de rue. On a vraiment cliqué instantanément. Ce que j'aime chez lui, c'est que la recherche n'est jamais prétexte à l'austérité.» Depuis cette rencontre, la vie de Baptista n'est qu'une suite ininterrompue de dizaines de collaborations aussi diverses que fructueuses, plusieurs d'entre elles couronnées de Grammys.

Et comme si ce n'était pas assez, le musicien compose aussi des bandes sonores de séries pour enfants sur le réseau Nickelodeon. «Mais de toute façon, je fais toujours de la musique pour enfant!, rigole-t-il. J'ai tellement hâte d'aller à Québec, je suis allé plein de fois à Montréal, mais jamais à Québec, c'est un vrai plaisir d'aller chez vous!»

Avec sa bouille souriante qui rappelle à la fois Tryphon Tournesol et Charlie Chaplin, on peut sûrement espérer un spectacle haut en couleur et en musique. Sur ce point, Baptista, le sourire dans la voix, est sans appel. «Expect the unexpected!» Nous voilà avertis.

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Collaborateur du Devoir

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- Cyro Baptista et Beat the Donkey à la place d'Youville ce soir à 21h30 et demain soir à 19h30.

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