Arts plastiques - Des contemporains s'inscrivent dans les pas du baron de La Hontan

The Elements of Murder (2007), gravure de Jasmin Gunn. Photo: Présence autochtone
Photo: The Elements of Murder (2007), gravure de Jasmin Gunn. Photo: Présence autochtone

Cette année, pour son volet arts plastiques, le festival Présence autochtone mise sur deux grandes expositions. D'abord, à la Grande Bibliothèque, on présente Dialogue avec un Sauvage: perspectives contemporaines. À la Guilde canadienne des métiers d'art, ce sont les oeuvres de cinq jeunes graveurs mohawks et d'un sculpteur algonquin que l'on peut découvrir.

Pour créer l'exposition Dialogue avec un Sauvage: perspectives contemporaines, huit artistes ont été invités à s'inspirer de l'ouvrage Dialogue de M. le baron de La Hontan et d'un sauvage de l'Amérique pour créer des oeuvres spécialement pour l'occasion. Ce dialogue publié en 1703, à la fois polémique et satirique, fait l'éloge de la vie primitive et critique la société européenne de l'époque. Il se présente sous la forme d'un véritable dialogue entre La Hontan et un Amérindien, appelé Adario.

Les organisateurs du festival Présence autochtone se sont demandé ce que seraient les interprétations de la lecture de ce dialogue fictif que pourraient bien faire les artistes des Premières Nations contemporains. «Certaines oeuvres abordent la notion de dialogue, alors que d'autres réagissent aux propos du texte. Toutefois, les artistes se sont quand même tous éloignés de l'ouvrage de référence pour créer leur oeuvre», indique Michel Côté, commissaire de l'exposition.

Par exemple, Denis Charette, sculpteur métis algonquin, se voit comme un descendant de La Hontan et d'Adario. «Son oeuvre illustre bien les deux mondes qui l'habitent, en tant que Métis, et sa volonté de réconciliation», explique M. Côté. Cet artiste a récemment reçu le soutien financier du Conseil des arts du Canada pour continuer d'approfondir, grâce à son art, son étude de la culture et de la spiritualité des peuples algonquiens.

Tour d'oeuvres

L'exposition offerte à la Grande Bibliothèque, dès le 10 juin, présentera également une oeuvre réalisée en collaboration par de jeunes artistes de Kanesatake, Jasmin Gunn et Roger Nelson. «Tous les deux ont été formés au Centre de l'image et de l'estampe de Mirabel (CIEM). Leur oeuvre Les Esprits parlent est un dialogue en soi entre un Européen et un Sauvage, teinté d'humour et d'ironie.»

Sylvie-Anne Sioui Trudel, artiste d'origine wendate, y exposera aussi sa création, Le Dernier Discours d'Adario. L'oeuvre met en scène le Sauvage théâtralement allongé sur son lit de grains de maïs et est empreinte de sagesse et de paix, malgré des appréhensions devant les motivations réelles des Français.

Bachelier en arts visuels de l'UQTR, l'Abénaki Raphaël Benedict présentera au public son oeuvre d'acrylique sur toile, Modification du beau. L'oeuvre se veut un clin d'oeil fait au célèbre tableau anonyme intitulé Portrait présumé de Gabrielle d'Estrées et de sa soeur la duchesse de Villars, peint vers 1594.

Walter Kahero:ton Scott, étudiant en arts plastiques et en anthropologie à l'université Concordia, y présentera une série de gravures qui créent une discussion entre des êtres qui cherchent ce qui les définit.

Pour sa part, Sylvain Rivard a créé une oeuvre qui représente un large visage confectionné avec des lanières de cuir et des perles enfilées et tissées. Il a appelé cette oeuvre Dialogue avec un sauvage.

Enfin, Présence autochtone est allé chercher encore une fois Oswaldo DeLeon Kantule, artiste de la nation des Kunas né sur l'île d'Ustupu, au Panama. Résidant et travaillant maintenant à Montréal, il est devenu un habitué du festival. Dans son travail, Oswaldo DeLeon Kantule mélange la peinture, le dessin, la gravure, la sculpture, l'installation et la performance, pour créer un territoire onirique peuplé d'êtres spirituels, d'animaux et d'oiseaux fantastiques. Il présentera entre autres à la Grande Bibliothèque son oeuvre Aigle et Jaguar, qui traite du dialogue Nord-Sud.

Pour plus d'info: www.nativelynx.qc.ca.

Relief à la Guilde

À l'occasion du festival Présence autochtone, la Guilde canadienne des métiers d'art présente Relief, depuis le 29 mai. L'exposition réunit les oeuvres de cinq graveurs mohawks de Kanesatake formés récemment au CIEM, dont Jasmin Gunn et Roger Nelson, qui exposent également à la Grande Bibliothèque. Ils seront entourés cette fois de leurs collègues Graig Nicholas, Audrey Avery et Kevin Proulx.

Les jeunes artistes ont eu la chance d'affirmer leur créativité tout en exprimant leur réalité à travers la gravure, dans un climat de grande liberté. Chacun y est allé de sa vision, en choisissant des éléments qu'il considère essentiels, pour créer des oeuvres originales et fortes, souvent teintées d'ironie.

Également exposé à la Grande Bibliothèque, le sculpteur algonquin Denis Charrette se joint aux jeunes Mohawks pour l'occasion. Il présente quelques-unes de ses oeuvres, qui traitent encore une fois de questions d'identité et de réconciliation entre les peuples.

L'exposition est proposée par le CIEM, qui vise à développer la recherche, la production et la diffusion d'oeuvres en estampes contemporaines. Elle sera présentée jusqu'à la fin juin.

Pour plus d'info:www.nativelynx.qc.ca ou www.canadianguild.com.

Capteur de rêves de Serge Gosselin

Toujours dans le domaine des arts visuels, il est à noter que la Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce profite de la tenue du festival Présence autochtone pour présenter l'exposition de photographies Capteur de rêve, de l'artiste Serge Gosselin. Le photographe est allé immortaliser des instants dans la vie de différents peuples des Premières Nations, de l'Abitibi au Guatemala en passant par la Bolivie, l'Équateur et le Pérou.

La Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce présente aussi des oeuvres sur papier et des sculptures de l'artiste abénakise-wendat Christine Sioui Wawanoloath.

Pour plus d'info: Maison de la culture Notre-Dame-de-Grâce, (514) 872-2157.

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Collaboratrice du Devoir