De François de Laval aux Huguenots

Si plusieurs citoyens et experts ont reproché aux Fêtes du 400e de Québec le manque de recul historique parmi les nombreux événements au menu de l'été, force est de constater que certaines institutions tiennent, elles, le fort de la mémoire. C'est le cas du Musée de l'Amérique française qui dévoilait hier deux expositions fort instructives sur l'histoire religieuse de la Nouvelle-France.

Dans le coin gauche, François de Laval, premier évêque de Québec; on fête le 350e anniversaire de son ordination et le 300e de sa mort. Dans le coin droit, les Huguenots, ennemis jurés du pape et de ses représentants. Deux histoires, mais surtout, deux expositions qui permettent de lever le voile sur des facettes moins connues de notre rapport aux représentants du pouvoir divin.

Commençons par François de Laval, un homme dont l'histoire aura surtout retenu le rigorisme, tant dans sa manière de vivre que dans son attachement aux doctrines de l'Église (il est évêque à Québec lorsque Louix XIV révoque l'édit de Nantes qui autorisait jusqu'alors la liberté de culte aux protestants). En entrevue au Devoir, le coordonnateur de l'exposition, Dany Brown, précise que c'est à dessein que l'on a intitulé cette exposition François, premier evesque de Québec. «Nous voulions faire entrer le spectateur dans l'univers de l'homme, et non dans celle de l'évêque. Car, derrière l'évêque, il y avait le croyant fervent, mais aussi le seigneur.»

On apprend d'ailleurs que François de Laval fut un temps propriétaire de... l'île d'Orléans et de la seigneurie de la Côte-de-Beaupré (d'ailleurs l'événement se décline également extra muros, soit dans le centre d'interprétation de la Côte-de-Beaupré, le Moulin du Petit-Pré ainsi qu'au Musée de sainte Anne). L'exposition regorge de documents rares, (dont le fameux journal des Jésuites dont on tirera les célèbres Relations) d'objets surprenants (une chasuble brodée par Marie-Thérèse d'Autriche, la femme de Louis XIV) et de... photos de personnages ayant vécu dans l'entourage de l'évêque.

De l'autre côté du miroir

Nul anachronisme ici puisque c'est au très contemporain photographe Idra Labrie que l'on doit ces mises en scène fort réussies de comédiens jouant notamment Frontenac ou le père Lallemand. Petite déception cependant: même si elles sont reproduites sur canevas, l'impression très pâle des photos donne aux couleurs une teinte délavée qui ne sied pas vraiment à l'esprit des peintures du temps. En comparaison, les «vraies» peintures de l'exposition, dont certaines datent du début du XVIIe siècle, ont des couleurs et des noirs beaucoup plus francs.

Une bonne idée: dans une autre salle, ces comédiens «parlent» au visiteur dans de petits films de leur admiration ou de leur inimitié envers le grand personnage historique, ce qui l'humanise d'autant plus. On complète cette visite de l'autre côté du miroir, chez les Huguenots, avec Une présence oubliée: les Huguenots en Nouvelle-France, une exposition qui retrace le parcours oublié de ces tenaces protestants francophones pris dans une époque et un continent qui en ont fait des parias. Au final, deux expositions réussies où la petite et la grande histoire se côtoient à merveille.

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Collaborateur du Devoir