Huit artistes, dont trois Québécois, reçoivent des Prix du Gouverneur général

Serge Giguère est une des figures majeures du documentaire au Québec, où il a signé plus d’une dizaine d’oeuvres cinématographiques. D’abord directeur de la photographie pour une soixantaine de films, puis cinéaste résident à l’Office nat
Photo: Pascal Ratthé Serge Giguère est une des figures majeures du documentaire au Québec, où il a signé plus d’une dizaine d’oeuvres cinématographiques. D’abord directeur de la photographie pour une soixantaine de films, puis cinéaste résident à l’Office nat

Des incontournables de l'art canadien, tels Michel Goulet, Tanya Mars et Kenojuak Ashevak, se retrouvent désormais sur une même liste: celle des Prix du Gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques. Une liste qui célèbre la diversité et qui comprend aussi, cette année, Shirley Thomson, mère de ces prix.

Il y avait foule hier au Musée d'art contemporain pour le dévoilement de la liste 2008. Preuve que ces prix, créés en 1999 par le Conseil des arts du Canada pour reconnaître «une carrière artistique exceptionnelle», ont pris du poids. Depuis l'an dernier, ils ont une valeur non négligeable: 25 000 $.

Pour une rare fois, la presque totalité des lauréats s'était déplacée à la conférence de presse. Et si ce n'était de la distance entre le Nunavut et Montréal, la seule absente, Kenojuak Ashevak, y aurait aussi été. La graveure de Cape Dorset est une icône de l'art inuit, surtout depuis que son Hibou enchanté de 1960 fut imprimé sur un timbre. Notons qu'un autre artiste issu des Premières Nations, Alex Janvier, peintre déné (groupe du nord de l'Alberta), figure aussi parmi les primés.

Le sculpteur Michel Goulet, le documentariste Serge Giguère (À force de rêves, Le Roi du drum) et l'orfèvre Chantal Gilbert, récipiendaire du prix Saidye-Bronfman pour l'excellence dans les métiers d'art, sont les représentants du Québec.

Pour Goulet, déjà Prix Borduas en 1990, ce prix constitue tout particulièrement un honneur puisque sa candidature a été soutenue par une ancienne étudiante, l'artiste Jennifer Maklem, convaincue que son travail avait un impact de Vancouver à Halifax. «C'est une façon, lui a-t-elle dit, que tu sois cité comme référence, pour les gens qui te suivent.»

Réputé pour son oeuvre dans l'espace public, puis pour sa percée comme scénographe, Michel Goulet reconnaît avoir cherché à se renouveler constamment, y compris avec son motif le plus connu, la chaise. En fait, dit-il, il aurait bien voulu être journaliste, observateur de la chose publique. «J'ai l'âme curieuse, [je m'intéresse] à tout ce qui se passe autour de moi.»

Chantal Gilbert, connue pour exploiter les mille et une symboliques de la lame, souhaite que ce genre de reconnaissance fasse tomber les «préjugés tenaces» sur son art. «On est dans le champ des arts visuels, note celle qui ne crée que des pièces uniques. Moi, je m'éloigne de l'objet utilitaire. La lame est présente dans l'histoire de l'humanité, j'y vois plusieurs symboliques, entre l'indispensable et l'indésirable. J'aime jouer dans ces zones.»

Serge Giguère, auteur du touchant À force de rêves, documentaire sur une vieillesse active et passionnée, voit dans ce prix un salut qui retentit sur «le monde du documentaire». Son cinéma, porté vers les gens ordinaires, est marqué d'humanisme. Une empreinte qu'il affirme toute simple, née de l'écoute, et animée de l'espoir de «faire ouvrir les yeux».

«On m'a demandé comment j'avais fait pour trouver des personnes âgées si intéressantes, raconte-t-il. Ce n'est pas compliqué, il y en a partout. Il suffit de regarder autour de nous.»

Deux véritables touche-à-tout, pionniers des centres autogérés, sont aussi du nombre: la performeuse et vidéaste Tanya Mars, une des fondatrices de la galerie Powerhouse de Montréal (aujourd'hui La Centrale), et Eric Metcalfe, cofondateur du Western Front de Vancouver. Aujourd'hui établie à Toronto, Mars est reconnue pour son intérêt pour tous les genres, y compris la culture cheerleader, inscrivant son oeuvre dans une perspective féministe et utopiste.

Shirley Thomson, elle, est du lot pour sa «contribution exceptionnelle» comme gestionnaire des arts. L'ancienne directrice du Musée des beaux-arts du Canada (MBAC), de 1987-1997, est l'instigatrice des Prix du Gouverneur général. C'est sous son mandat à la tête du Conseil des arts (1998-2002) qu'ils ont été créés. L'histoire retiendra surtout que c'est elle qui eut à défendre l'achat de Voice of Fire de Barnett Newman par le MBAC, pris dans une polémique à la fin des années 1980.

Comme à chaque année, une exposition au MBAC accompagne la célébration des nouveaux lauréats, exposition qui ouvrira demain lors de la cérémonie officielle de la remise des prix.

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Roque Carbajo - Inscrit 27 mars 2008 04 h 43

    Tanya Mars

    Bonjour,
    J'ai cherché sur le web (wen vain) une biographie sur Tanya Mars afin de savoir qui est elle, ou est-ce qu'elle est née et sa trajectoire artistique. Sauriez-vous un lien pour ces informations?
    Merci!

    nizart6@yahoo.ca