Le musée de la Pointe-à-Callière et l'Université de Montréal s'associent - Apprendre sur le terrain

Le Musée d'archéologie et d'histoire de la Pointe-à-Callière et l'Université de Montréal ouvriront début juin une école de fouilles archéologiques sur le site de la fondation de Montréal. En association avec le département d'archéologie de l'université, des fouilles seront menées sur un terrain encore vierge qui correspond à 10 % de la superficie totale du site présumé du fort Ville-Marie ou du château de Louis-Hector de Callière. 5000 pieds carrés de terrain seront à la disponibilité des jeunes chercheurs pendant plus de dix ans.

L'entente de partenariat comprend la création à l'UdeM d'un nouveau programme de recherches en archéologie historique du Nord-Est américain. Le musée de la Pointe-à-Callière rend accessible un site archéologique qualifié de majeur dans la mesure où il est au coeur du lieu de fondation de Montréal. Les stages de recherche permettront aux étudiants du baccalauréat et des niveaux supérieurs d'études de s'aiguiser les truelles. Jusqu'à maintenant, les cours offerts par l'UdeM couvraient essentiellement le domaine de l'archéologie classique et préhistorique. Un programme d'archéologie historique est cependant offert à l'Université Laval. À Montréal, ce programme est tout à fait nouveau.


Pour le musée qui fête en fin de semaine ses dix ans d'existence avec une foule d'activités spéciales, la nouvelle de cette entente entre institutions est l'occasion non seulement de faire des découvertes sur un site encore non touché, donc de contribuer à l'avancement des connaissances sur la fondation de Montréal, mais également de participer à l'éducation d'une génération entière de futurs archéologues.





Faire avancer la connaissance


En entrevue au Devoir, Francine Lelièvre, directrice du musée, a fait état de l'importance de ce programme. «Ce sont des secteurs de recherche où on a peu de connaissances. Sur le Régime français, il y a peu d'écrits d'époque. C'est par l'archéologie que nous allons développer et améliorer la connaissance des modes de vie du passé.» À la fin des fouilles, la connaissance de la période historique française sera grandement avancée.


À Montréal, des fouilles sont menées depuis une vingtaine d'années, a expliqué Jean-Guy Brossard, directeur adjoint et archéologue, et «le musée de la Pointe-à-Callière est un résultat concret de cette activité». Cependant, a poursuivi l'archéologue, «c'est une archéologie qui se fait dans un contexte de développement urbain. Ce n'est pas une archéologie de recherche fondamentale. Il y a une archéologie de sauvetage, qu'on appelle parfois préventive. S'il y a un projet de construction sur un site historique, il faut faire des fouilles avant, sinon tout va être détruit par les travaux de construction. Là, ce sont des fouilles pures, des fouilles pour les fouilles, pour la connaissance. C'est un rêve pour l'archéologue. Il y avance à son rythme, au rythme de la recherche».


Le terrain visé sur la pointe à Callière se trouve à l'ouest du musée, au 214 de la place d'Youville. L'ancien entrepôt, construit en 1904, abritait des équipements de bateau. Ce terrain est un échantillon du grand site désigné comme lieu de fondation de Montréal: il a successivement accueilli le fort Ville-Marie, premier établissement sur la pointe, suivi par la suite du château de Callière, à la fin du XVIIe siècle, remplacé aux alentours de 1760 par d'autres occupations, dont aucune n'a été majeure, a expliqué M. Brossard: «Aucun nouveau bâtiment n'est venu détruire ce qu'il y avait avant, à l'époque du Régime français.»


Les propriétaire du terrain, un couple âgé, sont entrés en contact avec M. Brossard, se disant intéressés à ce que le musée prenne le site en charge le jour où ils chercheraient à s'en départir. Le terrain a été acquis grâce au soutien du ministère de la Culture et des Communications, de la Ville de Montréal (dans le cadre de l'entente sur le développement culturel MCCQ-Ville) et de la Fondation Pointe-à-Callière.





Une grande richesse


Les premières expertises démontrent que le site, contrairement aux autres sites archéologiques du Vieux-Montréal, est exempt d'épaisseurs considérables de débris de démolition de bâtiments qui, ailleurs, ont effacé les traces du passé. Les premiers sondages, a souligné Mme Lelièvre, dévoilent une concentration de perles amérindiennes plus grande qu'ailleurs dans le Vieux-Montréal. «Des échanges majeurs ont eu lieu sur ce site entre les Français et les Amérindiens», a-t-elle rappelé. Les premières fouilles à l'extrémité de la pointe, qui ont donné naissance au musée, et les fouilles de 1989, menées par la Société du Vieux-Port et qui ont permis de découvrir le premier cimetière catholique de Montréal, ont montré que pendant 150 ans après la fondation de Montréal, la cohabitation des deux cultures a prévalu.


L'épaisseur du tissu archéologique approche les trois mètres «sur l'ensemble du terrain», selon M. Brossard. La moitié inférieure du site appartient au Régime français. Les premiers sondages ont livré, selon l'archéologue, «une quantité assez impressionnante de matériel ancien de la période du Régime français, avec beaucoup de matériel associé à des échanges ou au commerce de la fourrure: des perles de verre, des épingles. On sent que pendant une grande période, sur la pointe, il y a eu cohabitation des Français et des Amérindiens».


À défaut de pouvoir faire des fouilles systématiques sur les terrains avoisinant le musée, les indices s'accumulent à coups de carottages depuis le début des recherches. Ces indices partiels ont permis de créer une reconstitution virtuelle du château de Callière, qu'il est possible de voir sur le site Internet du musée (http://musee-pointe-a-calliere.qc.ca). Une fouille systématique du nouveau site archéologique devrait donner de bons résultats.


À raison de classes de quatre à six semaines par année, le musée et l'université pensent pouvoir exploiter ce site pendant plus de dix ans. Le rythme de recherche est lent, a concédé M. Brossard, mais «très productif». Des publications et des expositions sont donc à attendre afin de diffuser les résultats des recherches.