Critique de laptop

Relativement jeune sur la scène électronique montréalaise, bien qu'il ait travaillé avec la chorégraphe Isabelle Choinière ou qu'on l'ait entendu à des événements comme Code d'accès - Regards sur le temps réel en 1999 au Théâtre La Chapelle, Alexandre Burton refuse le terme «didactique» pour aborder sa performance. Pourtant, la particularité de son approche tient dans le fait que chacune des manipulations de l'artiste sur scène est visible.

Dans le travail de Burton, les gestes de programmation sont directement audibles et, inversement, les gestes artistiques doivent s'accomplir dans une programmation. «Je travaille à partir de l'environnement Max, une sorte de langage de programmation. Je performe en programmant le logiciel, en direct, de sorte que la structure formelle est un miroir exact de la structure de programmation. Il n'y a aucun matériau préparé. Je pars avec une page blanche.» Burton compare son travail à celui de la peinture en direct. La programmation se fait visuellement dans l'environnement Max. Visuellement, plus ce qui est vu est complexe, plus la musique l'est également. L'un égale l'autre.


Burton cherche à réaliser une critique des shows de laptop. «Souvent, les gens qui font du laptop ne font pas du live. Ils vont presser play dans un software et vont hocher la tête répétitivement à mesure que les rythmes s'enchaînent. Il n'y a pas beaucoup de gestes artistiques qui sont posés, seulement des ajustements techniques.» Celui qui vient d'un horizon électroacoustique insiste pour dire qu'il n'y a pas de secrets dans sa performance, à laquelle il se livrera pour la troisième fois. «Tout ce que je fais est visible. Je compare la programmation à une technique d'interprétation, où je joue de l'instrument et il produit un son.»


Burton part avec un micro et une page blanche. «Je crée des petits modules pour enregistrer du son; j'enregistre le son, ensuite je fais des modules pour faire jouer le son et pour traiter le son. Je fais aussi ce que j'appellerais des méta-modules, qui servent à gérer la temporalité des modules. C'est très expérimental, ça peut aussi très mal aller.» Pour Mutek, Burton se livrera à une critique des styles de musique de laptop, fondée sur des boucles rehaussées de petits bruits, avec des blip-blip parsemés.


L'approche de Burton a ceci d'intéressant que parfois peuvent advenir des moments où très peu de choses peuvent se produire sur le plan sonore, alors que des choses se préparent sur le plan de la programmation. Pendant une demi-heure, Burton va élaborer une musique de laptop, à ceci près que cette musique va s'élaborer en temps réel. «La part de planification se fait au niveau des idées musicales. Je préfère le terme "exploration" à celui d'"improvisation". J'ai une banque de concepts dans ma tête, et je vais faire des choix à partir de ça.» Burton démarre à partir d'une prise de son, donc des sons concrets.


Pas plus que pour Radio Boy, l'enjeu n'est de reconnaître le son de départ, une manière qui serait celle des sons dits anecdotiques en électroacoustique. «Dans le fond, on peut faire tout avec n'importe quoi.» Le champ des possibles est illimité. C'est pourquoi Burton se dit plus intéressé par le processus de transformation que par l'objet sonore final, une fois transformé: «Je ne suis plus capable de travailler en studio. Ça m'angoisse terriblement de m'imaginer travailler des heures sur une toune de dix minutes et d'arriver à une toune parfaite. La flexibilité en numérique est tellement grande que de prétendre arriver à un objet fini, j'ai de la misère avec ça.»


Lorsque Burton sauvegarde sa page, à la fin de sa performance, il sauvegarde une page blanche. Graduellement, pour la finale de ses oeuvres, il efface des modules, jusqu'à ce que rien ne persiste. Plus rien ne demeure à l'écran, tout reste dans les oreilles des visiteurs qui repartent avec des moments de musique qu'ils auront retenus. C'est aussi ça, Mutek.





Alexandre Burton


Jeudi 30 mai, 17h


Société des arts technologiques