Audiences du CRTC - Quebecor et Shaw déplorent le piètre bilan du FCT

Gatineau — Quebecor et Shaw Communications ont décrié hier, devant le CRTC, le bilan «peu reluisant» du Fonds canadien de télévision, dont la mission consiste à favoriser la production d'émissions canadiennes.

Comme solution à la crise de financement du fonds, Quebecor a réitéré sa formule d'«opting out», une solution qualifiée de véritable «coup de tonnerre» dans le paysage télévisuel canadien par un des conseillers du CRTC, Michel Morin.

La formule proposée par Quebecor consisterait en la possibilité, pour son câblodistributeur Vidéotron, de se retirer du Fonds canadien et de créer son propre fonds, le Fonds Quebecor.

En revanche, Quebecor s'engagerait à accroître considérablement les sommes qu'il consacre à la production télévisuelle canadienne. Mais les productions financées par le Fonds Quebecor ne seraient destinées qu'aux filiales de Quebecor Média, comme TVA, LCN, Argent et Canoë.

«En regard des objectifs de performance, le bilan est peu reluisant», a affirmé le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, qui a témoigné devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) en compagnie des grands patrons de TVA.

«Le fonds tel qu'il existe est nuisible et néfaste à la production canadienne de télévision», a même ajouté le vice-président exécutif de Quebecor, Luc Lavoie.

La formule d'opting out du fonds, proposée pour Vidéotron, pourrait être offerte aux autres câblodistributeurs et fournisseurs de signaux satellite, mais M. Péladeau a laissé le soin au CRTC d'en décider.

«Ce qu'on veut, c'est sortir de la camisole de force qui définit ce qu'on doit faire, comment on doit le faire, en vertu de quelles règles. On veut libérer les fonds. On veut faire en sorte que les fonds aillent directement à l'écran, pas dans l'administration d'une bureaucratie», a lancé M. Lavoie.

Plus précisément, Quebecor propose de porter de 19 à 30 millions de dollars l'argent qu'il consacre à la production de contenu canadien pour la première année. Il majorerait cette somme de 20 % par année pour atteindre 109 millions au bout de trois ans.

«Votre proposition est une sorte de coup de tonnerre dans le paysage audiovisuel canadien», s'est exclamé le conseiller du CRTC, Michel Morin, soulignant lui-même que Shaw, qui avait été tout aussi critique envers le Fonds canadien de télévision, n'avait proposé aucune solution de rechange, contrairement à Quebecor.

Il a même demandé à M. Péladeau s'il serait prêt à se soumettre à une période d'essai de trois ans si le CRTC acceptait sa proposition de Fonds Quebecor. M. Péladeau s'est dit ouvert à dialoguer à ce sujet.

Shaw

De son côté, le vice-président aux affaires commerciales et réglementaires de Shaw Communications, Ken Stein, a soutenu que le fonds est «un échec» notamment parce qu'au Canada anglais, les émissions canadiennes subventionnées par le fonds ne figurent pas parmi les plus écoutées par le public.

Il a carrément proposé de retirer du Fonds canadien de télévision les millions de dollars versés par les abonnés du câble et par certains fournisseurs de signaux satellite et de redonner la somme aux téléspectateurs canadiens par le truchement d'une meilleure programmation, qu'ils écouteraient davantage.

Le fonds est nanti d'environ 270 millions, soit environ 120 millions du gouvernement fédéral et 150 millions provenant des entreprises privées du satellite et du câble.

Réaction du Fonds

Interrogé après la comparution de Quebecor et Shaw, le Fonds canadien de télévision s'est évidemment défendu d'être nuisible et néfaste à la production télévisuelle canadienne. Il cite à l'appui de ses dires les succès d'écoute des émissions en français, souvent subventionnées par le fonds.