Les Schtroumpfs schtroumpfent leur 50e

Un stand des Schtroumpfs au salon du livre de Francfort, en octobre dernier. Les petits personnages ont été créés par Peyo en 1958.
Photo: Agence Reuters Un stand des Schtroumpfs au salon du livre de Francfort, en octobre dernier. Les petits personnages ont été créés par Peyo en 1958.

Bruxelles — Les Schtroumpfs célèbrent cette année leur 50e anniversaire avec l'ambition de s'installer dans le XXIe siècle grâce à l'animation numérique et à la multiplication de Schtroumpfettes politiquement correctes.

L'aventure a commencé en 1958, alors que le légendaire André Franquin se retrouve autour d'une bonne table à Bruxelles avec son ami intime Peyo, le pseudonyme de Pierre Culliford.

Ce dernier, indiquant la salière en cherchant ses mots, lance: «Passe-moi la... le... schtroumpf», s'est souvenue hier sa veuve, Nine, lors d'une conférence de presse. Franquin lui répond: «Voilà, je te le schtroumpfe.»

Ce qui aurait pu rester une blague de potaches est imprimé quelques mois plus tard, le 23 octobre 1958, dans les pages du magazine Spirou, lecture obligatoire des enfants de l'époque.

Dans une aventure de Johan et Pirlouit, principaux héros de Peyo avec Benoît Brisefer, une petite voix s'élève en bas d'une case et dit sur un ton indigné: «Vous ne pouvez pas regarder où vous mettez vos schtroumpfs? Vous avez failli me schtroumpfer!»

Yvan Delporte, rédacteur en chef de Spirou et scénariste de la série, invente alors les mini-bandes dessinées que l'on peut découper, plier et cacher dans les livres de classe en prenant un air studieux tout en rêvant au monde des bandes dessinées: tout petits, les Schtroumpfs se prêtent idéalement à l'exercice.

Le mouvement est lancé et va dévorer toutes les autres créations de Peyo avec trente albums à ce jour, malgré une qualité de dessin limitée par rapport à l'artiste qu'est Franquin.

Succès planétaire

Les petits lutins à la peau bleue et au bonnet blanc — à l'exception du Grand Schtroumpf barbu au bonnet rouge qui, comme dans Astérix et Obélix, fait office de druide inventant des potions magiques — envahissent la Belgique, la France, l'Europe et le monde.

Munis d'une mini-queue, ils sont tous identiques, ont tous 100 ans, sauf le Grand Schtroumpf, qui en a 542, et vivent une existence paisible dans leur village un peu gaulois: leur seul travail est d'entretenir le barrage qui leur fournit l'eau, de chercher de la salsepareille, leur friandise préférée, et d'échapper à l'effroyable sorcier Gargamel et à son chat Azraël.

Les 101 personnages hauts comme trois pommes et chauves sous leur bonnet — à l'exception de l'affriolante Schtroumpfette blonde qui fait schtroumpfer la tête de tous les habitants du village où les champignons sont des maisons — font fureur.

Le succès deviendra planétaire lorsqu'un ponte du studio américain de dessins animés Hanna-Barbera offre une peluche à l'effigie des Schtroumpfs à sa fille et décide d'en faire une série télévisée qui connaîtra un succès fulgurant en 272 épisodes.

Les Schtroumpfs peuvent donc se targuer d'être plus connus outre-Atlantique que Tintin ou Astérix, et les enfants du monde entier connaissent les Smurfs et autres Schlumpfs, Smolfs, Pitufos, Puffos, Sumafus, Lan-Shin-Ling et Torpikeks.

Les Schtroumpfs ne sont pas communistes

Contrairement à Hergé, à qui cela a valu quelques ennuis, Peyo n'a que très rarement fait des incursions dans la politique, sauf pour faire référence aux problèmes linguistiques belges, lorsqu'une partie des Schtroumpfs entend «schtroumpfer» quand l'autre partie comprend «schtroumpfer»...

Mais Thierry Culliford, le fils de Peyo, a coupé vendredi les ailes à une rumeur qui court sur Internet et qui présente l'oeuvre de son père comme une allégorie du communisme avec le Grand Schtroumpf en Karl Marx dirigeant une société égalitaire menacée par le méchant capitaliste Gargamel.

«Mon père ne s'est jamais intéressé à la politique», a-t-il dit en expliquant que 1951 était l'année... de son mariage avec Nine, et non celle de son adhésion au parti communiste.

Peyo s'est éteint en 1992, épuisé par le rythme industriel imposé par les studios américains et parce qu'il voulait tout contrôler, en bon artisan amoureux du travail bien fait qu'il était resté.

Mais sa famille se charge de faire fructifier l'héritage.

Depuis sa mort, 15 albums ont été publiés dans les studios qui portent son nom, les produits dérivés se sont vendus à des centaines de millions d'exemplaires et les Schtroumpfettes vont se multiplier pour s'adapter à la mode du politiquement correct, parité oblige.

Un film d'animation utilisant la technologie numérique est en préparation, et l'extrait diffusé vendredi par ses concepteurs montre que les Schtroumpfs gagneront en réalisme — on croit voir Shrek — ce qu'ils auront perdu en poésie.

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