Il y a des jours et des nuits

Pour qui sait que le temps des vacances est finalement à sa portée et ne veut pas que les souvenirs de cet été-là ne soient plus tard racontés que comme une simple nomenclature de villes.

Molly avait, devant elle, un autre été familial. Elle avait, derrière elle, un passé qui lui permettait de jouir de quelques revenus: être d'abord épouse et mère quand le conjoint garantit des revenus qui sont ceux d'un avocat d'affaires permet en effet de voir plus grand. Anglaise, elle jette son dévolu sur la Toscane. D'une part, pour la famille, enfants et beau-père inclus, une villa louée, piscine incluse (et à des prix inférieurs à une location dans le Maine américain), d'autre part, pour elle, la possibilité de réaliser un vieux rêve, celui de parcourir les lieux où les oeuvres d'un Piero della Francesca, se retrouvent.


De l'aventure, l'auteur qui fit impact au Québec avec la saga des Rumpole, cette chronique de la vie d'un barrister qui sévit au Old Bailey, John Mortimer, en tire en 1988 Summer's Lease, un roman qui est lui aussi une lecture d'été. De ce projet individuel, il est toutefois possible de retenir quelques enseignements pratiques.





Aventures estivales


Ainsi, un mélomane ne visite plus Charlevoix, l'Estrie, Lanaudière ou ne parcourt plus les rues du Vieux-Montréal. Car s'il se déplace vers Ottawa ou Saint-Sauveur, c'est par défaut, étant à la recherche de pages musicales, s'étant donné comme projet, après avoir entendu l'ouverture des Noces de Figaro le 25 juin à la basilique Notre-Dame, de poursuivre une quête où Mozart et ses comparses figurent dans un scénario dont seul il a la clé.


Rencontre-t-il dans ses déplacements un autre voyageur, en ce soir de relâche où il fredonne les derniers airs entendus d'une symphonie qui n'a de mystère que le secret qu'il lui accole, que ses airs de conspirateur pâlissent quand l'autre décrit une configuration où les baleines se mêlent aux marionnettes de Jonquière et qui fait qu'il se demande s'il a bien compris la raison de cet arrêt à Québec: y avait-il une possibilité de planifier, plus complexe encore, un parcours d'été qui tient pourtant sur la recherche d'une association de deux notes voulues bien définies? Force est toutefois d'admettre que, d'un projet donné, il faut attendre la conclusion avant de déduire et la valeur de la quête et le choix des lieux et des sites de séjour.


Pour l'amateur de théâtre, qui veut associer à son été ses proches, sans les obliger à vivre dans les valises ou de connaître les perpétuels arrêts/départs de sites de camping, il sait qu'en territoire québécois il suffit de s'immobiliser en un lieu et, de là, rayonner pour se constituer un calendrier de soirées dont il retire plaisir et contentement. Un été réussi n'impose pas nécessairement d'identifier le «nom de la rose». Quoique... N'était-ce point là ce qu'il fallait comprendre dans cette Callas que la Marleau défendait?


Faut-il donc quand le jour se termine, quand le crépuscule n'est plus, lorsque la magie de la nuit s'installe, que les pensées s'égarent plus loin que la seule planification d'un menu prévisible pour un lendemain pareil à la journée qui vient de s'écouler? Peut-être...


Il y a l'été. Ses jours, ses soirs, ses nuits. Entre paysages et culture, l'harmonie peut être créée par la qualité d'un parcours.