Concerts classiques - Une baguette à raffiner

Comme toujours pour Les Matins symphoniques Métro, la salle Wilfrid-Pelletier est pleine. Le succès de cette série ne se dément pas et la formule — concert de 90 minutes sans entracte débutant à 10h30 avec café et collation auparavant — s'avère éminemment populaire. Bien disposé, le public a d'abord droit à l'Ouverture du Freischütz, de Weber.

Les Matins symphoniques Métro


C. M. von Weber: Der Freischütz, ouverture; M. Bruch: Fantaisie écossaise, op. 46; P. I. Tchaïkovski: Symphonie n° 2 en do mineur, op. 17 «Petite-Russienne». James Ehnes, violon; Orchestre symphonique de Montréal, dir: Mario Bernardi. Salle Wilfrid-Pelletier, le 22 mai 2002.


Les cors sont romantiques à souhait dans leurs évocations de la forêt et des chasseurs, la clarinette chante ou menace, bref on se réjouit, mais pas complètement. Les cordes sont un peu empâtées et le chef ne compte que sur les notes pour faire passer quelque chose. Dans ces conditions, on sourit sans se réjouir des aspects populaires, sans bouder le plaisir, sans en trouver trop non plus.


La même chose peut se dire de la IIe Symphonie de Tchaïkovski. Mario Bernardi met tout en place sans faire preuve de grande imagination. Les thèmes folkloriques ont tous la même personnalité terne; seul le coloris de l'orchestration vient les animer. L'OSM joue cela tellement bien qu'on a l'impression, par moments, d'entendre les Tableaux d'une exposition, de Moussorgski dans l'orchestration de Ravel. Pourtant, la baguette se fie trop à la technique des musiciens et les laisse filer. Aux bois, pas de réels problèmes. Aux cordes, aux violons surtout, un réel laxisme est patent; non pas dans les grands moments où tout le monde joue fort; mais, dans les instants où la précision et la finesse du détail importent, on trouve assez d'eau dans le gaz.


L'éclat du finale n'a laissé personne indifférent, les jeunes surtout, là en sortie pédagogique — saluons cette initiative —, n'ont pas ménagé leurs bravos. On préférerait qu'ils aient eu droit à une version plus raffinée; cela n'aurait nuit en rien à leur enthousiasme et la leçon aurait mieux porté.


La Fantaisie écossaise, de Bruch, a trouvé un James Ehnes en superbe forme. Ce violoniste étonne toujours par son sens musical et sa manière de s'engager dans une partition, même légère. Voici un artiste pour qui la virtuosité transcendée ne demeure qu'un outil, pas une fin. Des moments de belle musique, il y en eut plein dans cette page. Le plus formidable fut sans conteste le duo entre la flûte et le soliste: tout était net et précis au quart de tour, gracieux et rieur. On avait le souffle coupé par cette beauté qu'on aurait voulu éternelle.


Comme on fait un disque avec cette oeuvre en fin de semaine, il s'annonce beau si le chef sait suivre le soliste. En effet, Bernardi fut assez conservateur et on sentait Ehnes disposant de doigts plus vivants que la baguette, causant de légers décalages. À corriger en séances de prise de son donc, le concert ne nous laissant l'impression que d'une bonne répétition.