35e Festival international d'été de Québec - Bel itinéraire d'autoroutes et de sentiers

Il reste Beauchesne, Dieu merci. Du changement de garde survenu l'an dernier au Festival international d'été de Québec, on a au moins eu le bon sens de maintenir au poste clé de la programmation le garde-chiourme par excellence de l'«esprit» du vénérable événement: Jean Beauchesne présent, on sait qu'il y aura encore de la bonne musique. Pour tous les publics. «If it doesn't entertain, it doesn't mean a thing to me», résumait-il hier. Ça disait mieux en anglais ce que ça voulait dire.

Bonne idée, au lieu de l'habituel lancement et sa litanie de commandites, c'est Beauchesne seul qui rencontrait les médias de Montréal pour causer de la 35e programmation du festival, sa 19e à lui. Causer musique, donc. Sa spécialité, sa passion. Fallait l'entendre décrire un à un les quelque 200 spectacles qu'il présentera du 4 au 14 juillet sur la dizaine de scènes extérieures et intérieures de la Vieille Capitale. Foisonnant de références, renvoyant à mille disques, il donnait le goût de tout voir, à commencer par ce Québec love Charlebois qui réunira autour du Garou d'origine et des chansons de Ducharme, Mouffe et autres Péloquin les artistes de l'étiquette La Tribu (Michel Faubert, Cowboys Fringants, Stephen Faulkner, etc.) mais aussi cet Hymne à la joie de Beethoven donné par l'Orchestre symphonique de Québec (pour fêter son centenaire) sur les Plaines, voire ces soirées de folk et de rock progressif avec l'ex-Genesis Steve Hackett, le groupe Caravan, les survivants de Fairport Convention et cet «extraordinaire laboratoire musical qu'est Isildurs Bane», groupe de perpétuateurs suédois du prog-rock si cher à Québec.


Même ce spectacle d'ouverture entièrement composé de chansons et de textes de Richard Desjardins, dont on se méfie un brin parce que c'est Éric Lapointe qui l'a fomenté (avec de notables copains, dont Pierre Falardeau et Luc Picard, mais aussi Patrick Huard), devenait alléchant une fois que Beauchesne en avait fait l'article, regard brillant. Qu'il s'agisse de Salut Sylvain!, hommage à Sylvain Lelièvre rendu par la «jeune relève chansonnière» de la région de Québec, de Cowboy dans l'âme, spectacle country créé dans la foulée du livre et de l'exposition du même nom, ou de la méga-bringue du 35e avec Charlebois, Daniel Boucher, Diane Dufresne, Pierre Flynn et consorts, Beauchesne offre la même garantie: «Pour moi, un bon spectacle doit garder le public du début à la fin.» Pas de doute pour lui, le groupe français Tryo, la joyeuse bande belge des Disjoncteurs, Remy Shand, Fred Fortin, Rachid Taha, Grimskunk, Claire Pelletier, Loco Locass et l'increvable Plume Latraverse seront à la hauteur.


Caractéristique des programmations de Beauchesne, il n'y aura surtout pas que des artistes d'évidente renommée. «C'est un itinéraire d'autoroutes et de sentiers. Il y a toutes sortes de chemins à emprunter.» N'ayant pas, de son propre aveu, «le poids de la vedette, à cause de la gratuité des spectacles» (moyennant le macaron passe-partout, vendu 8 $ jusqu'au 30 juin, 10 $ ensuite), Beauchesne peut proposer ses coups de coeur en toute liberté, tous genres ratissés, tous courants suivis: le rock de Tanger, le folk de Raylene Rankin, le jazz manouche de Stochelo Rosenberg, les guitares planétaires de Bob Brozman, le «house a cappella» de Bauchklang, les balalaïkas du Terem Quartet, l'art vocal du Hilliard Ensemble, les grooves de DJ Spooky, et ainsi de suite. Songez que l'artiste en résidence Gary Lucas, entre autres expérimentations, accompagnera seul la projection du film impressionniste allemand The Golem. Tout est possible pour Beauchesne.


Ou presque. Manquera seulement l'égérie punk Patti Smith, pour laquelle Beauchesne avait en tête un autre de ses «projets» mais qui a dû décliner l'invitation. Partie remise? «Je vis pour ça», a soupiré le programmateur.