Le financement du musée Pointe-à-Callière stagne depuis 15 ans

Le musée de Montréal s’appauvrit paradoxalement alors qu’il suscite un engouement croissant depuis sa création en 1992, notamment auprès de la clientèle touristique.
Photo: Le musée de Montréal s’appauvrit paradoxalement alors qu’il suscite un engouement croissant depuis sa création en 1992, notamment auprès de la clientèle touristique.

Le vent tournerait-il pour le Musée d'archéologie et d'histoire de Pointe-à-Callière? Avec une popularité toujours croissante malgré la même enveloppe publique depuis 15 ans, et une mention au programme du sommet de Montréal, l'institution municipale mise sur l'avenir avec un projet d'expansion enrichi qui le hisserait au rang de musée majeur.

«On n'a pas eu d'augmentation des contributions de la Ville depuis 15 ans», affirme en entrevue au Devoir Francine Lelièvre, directrice générale du musée, qui roule avec un budget annuel de 6,5 millions, dont quatre viennent de la Ville. «C'est sûr qu'on a un appauvrissement, juste avec l'indexation du coût de la vie. Le statu quo n'est donc pas une option», ajoute-t-elle, confiante à la veille d'un sommet qui a fait une belle place au musée. Le plan d'action de Montréal métropole culturelle énonce noir sur blanc l'intention de «convenir des étapes à franchir pour assurer l'avenir de Pointe-à-Callière», propriété de la Ville à la différence de toutes les autres institutions muséales de la province.

Le musée de Montréal s'appauvrit paradoxalement alors qu'il suscite un engouement croissant depuis sa création en 1992, notamment auprès de la clientèle touristique (75 % de ses visiteurs l'été). Construit pour une capacité de 150 000 visiteurs, le musée en a accueilli 346 000 cette année, soit 15 000 de plus que l'an dernier. Il vient d'ailleurs de recevoir deux prix de la Société des musées québécois, un pour son exposition Japon, l'autre pour la publication liée à l'exposition Les Iroquoiens du Saint-Laurent. En plus du prestigieux prix de l'Archeological Institute of America 2006, remis à un musée pour la deuxième fois seulement depuis 1979.

Cinq nouveaux sites

Dans ce contexte, l'avenir de la seule institution muséale du pays consacrée à l'histoire et à l'archéologie passe par son expansion et son accession au titre de musée majeur, selon sa directrice. «On est le seul musée qui veut grandir, non pas juste pour exposer plus d'objets, mais pour le monde.»

La découverte des vestiges du fort de Ville-Marie, lieu de fondation de Montréal — du Québec et du Canada! —, justifiait de remanier le plan d'agrandissement dans les cartons depuis des années. Une étude de faisabilité a été réalisée en avril dernier.

«Le projet a évolué, dit la directrice. Le futur, c'est cinq nouveaux sites que nous ajoutons au complexe.»

Aux quatre lieux actuellement accessibles au public (l'édifice principal, la crypte archéologique de la place Royale, la première douane et la station de pompage d'Youville) s'ajouteraient cinq autres, dont un nouvel espace d'exposition sous l'édifice de la douane canadienne, ancien emplacement du Parlement du Canada-Uni. La maison Desmarais accueillerait les activités archéo-jeunes et un auditorium. Le fort de Ville-Marie et le marché Sainte-Anne seraient également mis en valeur. Ces quatre stations souterraines seraient reliées par le fameux égout collecteur William, «colonne vertébrale du projet».

Les ajouts feraient doubler la superficie totale du musée, qui passerait à 20 000 m2. Ce projet enrichi est évalué à 56 millions de dollars. L'institution s'engage à en fournir 10, par l'entremise de fonds privés, qui pourraient constituer un fonds de dotation pour garantir son fonctionnement. Elle a déjà amassé «quelques millions», indique Mme Lelièvre.

Vers un statut national?

Si l'avenir passe par l'expansion, celle-ci passe par un changement de statut, de musée municipal à musée national, à l'échelle provinciale ou fédérale, croit la directrice.

«La Ville souhaiterait qu'il y ait une aide du Québec et du Canada», dit la directrice. Une information relayée par d'autres acteurs de la scène municipale mais que la Ville n'a pas confirmée. «On aura les discussions au sommet», s'est contentée de dire Renée Sauriol, attachée de presse du maire Tremblay. À Québec, «le dossier est à l'étude», dit-on. Pas de pourparlers (encore?) à ce sujet du côté de Patrimoine canadien. Mais le ministre des Travaux publics et des Services gouvernementaux, Michael Fortier, membre du comité de pilotage du sommet de Montréal, trouve pour sa part le projet «très intéressant», selon son porte-parole Frédéric Baril.