Le directeur de Téléfilm Canada - Une politique asymétrique pour les deux solitudes

Richard Stursberg assure que la proportion du budget dévolue aux films francophones ne sera pas modifiée.
Photo: Jacques Grenier Richard Stursberg assure que la proportion du budget dévolue aux films francophones ne sera pas modifiée.

C'est en flattant les Québécois francophones dans le sens du poil pour leurs succès cinématographiques et télévisuels devant leur public que Richard Stursberg, le controversé directeur de Téléfilm Canada, en poste depuis un an, est venu défendre hier sa politique du long métrage et de la télévision lors d'un dîner-causerie organisé par l'Académie du cinéma et de la télévision. Il a comparé nos performances avec celles, beaucoup plus faibles, du Canada anglais.

Clôturant à Montréal sa tournée des grandes villes canadiennes (après Vancouver et Toronto), M. Stursberg a légèrement amadoué le milieu du cinéma québécois, qui avait grondé très fort cette année contre sa politique de quête d'auditoire accru. Afin de calmer le jeu au Québec, le directeur de Téléfilm a beaucoup insisté sur l'importance de créer des politiques asymétriques: une pour le Canada anglais, qui rejoint mal sa clientèle-cible, et une autre pour le Québec francophone., mieux en selle auprès de son public. Au début de l'année, les propos du nouveau directeur avaient laissé craindre qu'un budget moindre serait alloué aux films en français par rapport aux productions de langue anglaise, ce qui aurait pénalisé nos films pour leur succès.

Cap sur le public

Toutefois, Richard Stursberg, plus que jamais, a mis le cap sur le succès public, mais à deux vitesses. «Nous sommes très conscients du fait que l'augmentation des auditoires s'inscrit dans des contextes très différents en anglais et en français», a-t-il affirmé.

Dix des émissions de télé les plus écoutées dans les réseaux francophones sont des émissions nationales alors qu'aucune émission canadienne-anglaise n'est au top 20 de la popularité maison. Au cinéma, les films canadiens-anglais ont réalisé moins de 1 % des recettes aux guichets au pays en 2001, proportion qui a atteint 9 % sur le marché francophone. «Nous espérons conquérir 4 % du marché anglophone pour les films canadiens et 12 % du marché francophone», a précisé le directeur de Téléfilm. Même si un rempart de la langue protège le marché francophone, Richard Stursberg estime aussi que les efforts n'ont pas été assez grands au Canada anglais pour rejoindre son auditoire.

Il a précisé que les films de langue française ont toujours leur place et que Téléfilm Canada continuera d'appuyer financièrement ces projets. Dans quelle proportion? L'avenir le dira. En tout cas, le directeur de Téléfilm assure que la proportion (un tiers du budget aux films francophones, deux tiers aux films anglophones) ne sera pas modifiée. Il affirme espérer doubler un jour le budget de 100 millions alloué aux films en français.

Lors de son passage à Vancouver, en novembre, devant une clientèle anglophone, le directeur de Téléfilm avait tenu un autre discours: «Nous allons continuer de mettre de côté les films d'auteur au profit des films qui témoignent davantage de ce que nous sommes et de ce que les Canadiens veulent voir à l'écran», avait-il précisé. Il explique aujourd'hui que le Canada anglais manque cruellement de productions commerciales. Chose certaine, les enveloppes à la performance, qui offrent un soutien automatique aux producteurs ayant enregistré des succès publics, continueront d'avoir cours, même si ces fonds sont alloués à des films dont les scénarios n'ont pas été soumis à Téléfilm. Richard Stursberg affirme qu'il y a une part de risque dans tout système d'octroi de fonds, quel qu'il soit.