Mort du penseur Ivan Illich

Paris — Ivan Illich, prêtre catholique devenu un spécialiste des problèmes éducatifs, vient de décéder à Brême, en Allemagne, à l'âge de 76 ans, a-t-on appris hier auprès de l'éditeur français Fayard, précisant qu'il souffrait depuis longtemps d'un cancer.

«C'était un grand penseur, un homme d'une culture phénoménale», a dit Henri Trubert, éditeur chez Fayard, qui publiera fin 2003 un inédit d'Illich, La Perte des sens, et le début de ses oeuvres complètes en deux volumes.

Homme de toutes les cultures, il combattait toutes nos certitudes, avait résumé un critique à propos d'Illich, détenteur d'un passeport américain et auteur notamment de La Convivialité, Une société sans école, Némésis médicale, Le Chômage créateur, Le Travail fantôme, Le Genre vernaculaire, H20, etc. Plusieurs de ces ouvrages, épuisés en France, sont parus au Seuil.

Né à Vienne dans une famille juive d'origine russe, Ivan Illich a étudié la théologie et la philosophie à Rome. En 1950, il s'installe comme prêtre à New York, partageant la vie de la communauté portoricaine.

Il fonde au milieu des années 60 le Centre international de documentation de Cuernavaca (CIDOC), au Mexique, spécialisé dans l'analyse critique de la société industrielle, creuset de réflexions qui allaient, au tout début des années 70, lui apporter le succès en France (grâce à la revue Esprit et au Nouvel Observateur) et dans plusieurs pays.

En 1968, il se met en congé de l'Église. S'il a été considéré comme un penseur subversif dans les milieux conservateurs, défendant des prises de position fondées sur la sociologie et l'économie politique, il n'a toutefois jamais fait l'objet de blâmes de la part de la hiérarchie catholique.