Le fin Renard de Trintignant

Jules Renard affirmait candidement : «J'ai le dégoût très sûr.» Cet aspect de sa personnalité ressort particulièrement bien dans les extraits de son Journal que Trintignant a mis en lecture. Le tout est constitué d'aphorismes, d'anecdotes, de clins d'oeil, de brefs échanges ou de courtes descriptions : amusantes par leur chute, mais, au fond, d'une lucidité et d'une cruauté assassines.

Renard sait faire surgir, du choc des mots et d'une situation précise, la face cachée de nos réactions et comportements. La réalité apparaît souvent, grâce à son écriture, sous un jour saugrenu.

C'est également un spectacle profondément hanté par la mort, surtout si on considère toutes les petites souillures que la vie nous impose, comme une perte à essuyer. Un commentaire anodin comme «Sauf complications, elle va mourir» illustre bien la charge ironique d'un moraliste qui, en quelques mots, se moque du poids des conventions sociales.

La forme sympathique par laquelle Trintignant nous fait découvrir les mots d'esprit de Jules Renard est agréable. Devant un fond de scène orangé ou bleuté, les quatre comédiens dont la vedette d'Un homme et une femme sont assis côte à côte, leur texte posé sur une table de café et ils s'adressent directement à nous. Ils s'interpellent parfois quand l'occasion s'y prête. Tout tient dans l'intonation appropriée donnée à la fin des phrases. Trintignant est celui qui a le moins de texte, mais il se donne entièrement dans toutes les répliques qu'il prononce. C'est cependant au salut, alors qu'au bras de ses camarades, il s'avance doucement vers le public que sa vulnérabilité se montre le plus explicitement. Son public lui en reconnaissant, encore sous le charme d'avoir partagé avec lui et ses camarades cette heure avec Jules Renard.

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Collaborateur du Devoir

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Le Journal de Jules Renard

Montage et mise en scène de Jean-Louis Trintignant, à la Place des Arts jusqu'au 16 septembre, puis au Palais Montcalm (Québec) les 18 et 19 septembre.

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