Des oeuvres d'Armand Vaillancourt à la Maison de la culture Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension - Rétrospective d'un monument

À travers une rétrospective intitulée Sculpture de masse, c'est tout un monument que le Musée du Bas-Saint-Laurent a décidé d'honorer. Depuis le 28 juin et jusqu'au 9 septembre, une sélection d'oeuvres représentative des diverses périodes de la carrière du sculpteur Armand Vaillancourt est exposée à la Maison de la culture Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

Armand Vaillancourt, qui aura 78 ans en septembre, a encore beaucoup d'années devant lui. C'est bien ce qu'il avait fait comprendre aux conservateurs de certains musées en refusant, il y a quelques années, de monter une rétrospective de son oeuvre. «Je suis jeune, laissez-moi vivre encore un peu. Allez plutôt chercher les morts!», avait répondu l'impétueux personnage avec sa verve habituelle.

C'est le Musée du Bas-Saint-Laurent qui aura finalement fait entendre raison à ce vieux routier de l'art. Produisant des expositions itinérantes depuis sept ans déjà, dont celles des oeuvres de Jean-Paul Jérôme et de Fernand Toupin, le musée a cru bon de monter cette rétrospective, qui passera par plusieurs villes canadiennes, parce qu'«Armand est un ami de longue date du musée». À la Maison de la culture, on aimait l'idée d'une exposition qui accorderait à cet artiste phare toute la reconnaissance qu'il mérite.

Cette exposition rassemble ainsi une cinquantaine d'oeuvres cataloguées dans un ouvrage traduit en quatre langues et créées depuis 1950, reconstituant l'univers créatif de l'artiste rebelle. Ici, un assemblage de blocs de bois colorés sur lequel est écrite la mention «Paix au Moyen-Orient». Là, une plaque d'acier portant cette inscription: «Bavure policière Michael-Kibbe 1981-2001».

Pour chaque oeuvre, une anecdote. Sans oublier que tout avait d'abord commencé par le désormais célèbre arbre de la rue Durocher, considéré par certains comme l'oeuvre fondatrice de la sculpture moderne québécoise. Au printemps 1953, il avait eu cette idée folle de monter un immense échafaudage pour sculpter l'arbre à même la rue, ce qui n'avait pas plu à la police. L'arbre étant situé sur un terrain appartenant à des juifs de Montréal, il avait finalement reçu la permission de terminer son oeuvre, sous les regards curieux des passants assez critiques à son endroit.

Vaillancourt le mal-aimé

Au beau milieu de sa forêt de sculptures et d'estampes, le sculpteur controversé, seizième enfant d'une famille de 17, est plus imposant qu'un arbre. C'est une force de la nature. À se promener dans son domaine de bois et d'acier, on entend comme un hurlement le message de cet artiste socialement engagé. «Pourquoi dire que tout va bien alors que tout va mal?», lance-t-il. On comprend que, toute sa vie, cet homme a carburé à l'énergie du désespoir, à la rage qu'il ressentait devant l'injustice, surtout celle à l'encontre des autochtones et des jeunes. «J'arrive à 78 ans. Pourquoi devrais-je me désengager? Je n'en ai pas du tout envie. Je suis plus guerrier que jamais. J'ai cette colère froide en moi», déclare-t-il, sourcils froncés, avant de se lancer dans une tirade contre George W. Bush et sa guerre au terrorisme mondial.

Lissant sa longue crinière blanche en cascade, Armand Vaillancourt, infatigable, raconte aux visiteurs de l'exposition sa traversée des États-Unis en auto-stop alors qu'il était plus jeune, les regards courroucés des Blancs qui s'insurgeaient à l'époque de le voir boire à la fontaine réservée aux Noirs et ses étonnantes performances qui l'ont rendu célèbre à travers le monde.

La plupart du temps, ses convictions politiques et sociales et son éclatante intégrité ont valu à ce grand défenseur de la cause souverainiste d'être rappelé à l'ordre par les autorités policières. À Charlottetown, on a détruit une sculpture dédiée au Québec. À Toronto, une oeuvre colossale de béton est aussi passée sous le rouleau compresseur. Mais ce qui lui a fait le plus mal, c'est de voir son atelier en Californie, dans lequel vivaient des membres des Premières Nations, être complètement détruit. Il a beaucoup perdu: ses écrits, ses toiles, ses matériaux. Persécuté, l'artiste? Son silence en dit long. «Je ne dis pas ça en braillard, mais on a fait des demandes pour la bourse Riopelle et je ne l'ai jamais eue, pour des raisons politiques», souligne le sculpteur, allergique à la rectitude politique.

Interrogé sur la transcendance de son oeuvre, il répond qu'il s'en balance. «Je ne veux pas de reconnaissance. Si j'en avais voulu, je ne serais pas ici mais partout dans le monde où j'ai eu des invitations», dit-il avec modestie. «Tout ce que j'ai sera géré par ma fondation et restera au peuple.» En attendant, la lutte continue pour ce Jean Valjean des temps modernes. Une grande installation dans le Vieux-Port de Montréal pourrait voir le jour en août. «J'ai tellement de projets encore que j'aurais besoin de 50 vies!»

À voir en vidéo