Télévision - Cigares, scotch et musique

À presque 72 ans, Vic Vogel se couche encore plus tard et se lève toujours plus tôt que la jeunesse membre de son big band. Il carbure à quoi? À l'humour, aux cigares, au scotch et, surtout, à la musique.

Pilier du jazz à Montréal, éternel invité du Festival international de jazz, directeur d'un big band depuis plus de 30 ans (un tour de force inimaginable dans le monde du jazz contemporain), Vogel «joue son piano» depuis un bon demi-siècle dans la métropole. L'époque du «Red Light», il l'a bien connue. Le déclin du jazz aussi. Et il est toujours là.

Vogel n'est pas le plus grand pianiste que Montréal ait engendré: c'est un type efficace, capable d'harmonies riches, mais certainement pas un Oscar Peterson. Ce sont plutôt ses immenses qualités de rassembleur et de leader qui ont fait de lui le personnage que l'on connaît aujourd'hui.

Le blanc Vic vit par et pour la musique. Il écrit constamment: des arrangements, des mélodies. Son vieux piano Steinway, acheté 1800 $ en 1951, en porte d'ailleurs les marques dans son bois. La barre qui borde le fond des touches est éraflée et encochée par les ongles du pianiste. Ce ne sont pas quelques gammes qui causeraient tant de dommages. On parle de milliers et de milliers d'heures d'utilisation.

Le documentaire que consacre à Vic Vogel le réalisateur Rénald Bellemare permet, pour la première fois, de pénétrer intimement l'univers du musicien. De voir ce Steinway, justement.

Pendant plusieurs mois, Vogel a donc ouvert les portes de son appartement à Bellemare. On le voit travailler, griffonner des arrangements, fumer, boire, rire beaucoup, rappeler quelques souvenirs qui refont un peu le parcours de ce combattant du jazz. Un véritable «homme de cuivre», titre qui évoque autant la passion de Vogel pour les cuivres de son big band que sa durabilité personnelle.

La caméra de Bellemare a aussi suivi Vogel lors d'une longue tournée en Europe, en 2005, alors que le chef avait été invité à diriger un big band européen qui voulait célébrer le 80e anniversaire d'Oscar Peterson; elle a accompagné Vogel en studio, ou bien en auto dans ses balades à Montréal — la ville pour laquelle il a abandonné une carrière internationale.

Ce qui s'en dégage, c'est un portrait de l'homme derrière le musicien, si tant est qu'il y a une différence en ce sens chez Vogel. Le réalisateur n'a pas voulu faire le parcours biographique du fils d'un immigrant hongrois, mais plutôt dépeindre le Vic Vogel d'aujourd'hui, toujours actif, passionné, bon vivant, créatif. Très peu d'images d'archives, donc. Et une faiblesse majeure: Vogel est un conteur intarissable de l'histoire du jazz à Montréal. Une banque d'anecdotes savoureuses. Malheureusement, on en entend peu dans ce film.

N'empêche que la partition de Bellemare a ses saveurs, et surtout un rythme parfaitement adapté au propos, silences y compris. Après avoir été présenté aux 25es Rendez-vous du cinéma québécois cet hiver, et toute la semaine dernière au cinéma Ex-Centris, le documentaire est diffusé ce soir par Radio-Canada. Ceux qui aimeront pourront compléter l'expérience avec le CD-DVD Je joue mon piano.

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Zone doc/L'Homme de cuivre, Vic Vogel

À Radio-Canada, dimanche 15 juillet à 22h30

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