Observatoire de la culture - Les villes prennent le virage culturel

L'Observatoire de la culture et des communications étudie en ce moment les dépenses culturelles des municipalités de la province. Les premiers résultats, publiés en février dernier, démontrent que les villes sélectionnées financent elles-mêmes la majorité de leurs efforts culturels, dont les bibliothèques sont les premières bénéficiaires.

Que les mauvaises langues se le tiennent pour dit: les villes font beaucoup pour le développement de la culture. Environ 80 % de leurs dépenses culturelles sont financées à même les contributions municipales, comme les impôts fonciers, selon les données d'un projet-pilote publiées en février dernier par l'Observatoire de la culture et des communications du Québec (OCCQ).

Amorcée il y a quelque temps sous la houlette de l'ancien directeur de l'OCCQ, Serge Bernier, cette étude visait à évaluer de manière détaillée l'argent consacré à la culture par 11 villes, soit Gatineau, Laval, Lévis, Longueuil, Montréal, Québec, Rimouski, Rouyn-Noranda, Saguenay, Sherbrooke et Trois-Rivières. «Il est vrai qu'on peut obtenir des renseignements comptables sur ces dépenses dans le rapport financier annuel remis par les municipalités québécoises au ministère des Affaires municipales et des Régions [MAMR], explique celui qui est aujourd'hui consultant pour l'Observatoire. Mais nous voulions préciser le portrait et, par la même occasion, le compléter grâce aux données supplémentaires que les villes nous ont fournies.»

Le groupe de recherche a élaboré un instrument de mesure déclinant l'éventail des dépenses de fonctionnement qui, d'ordinaire, sont regroupées dans une seule case dans le rapport du MAMR. Cet outil répartit les sommes versées selon les domaines culturels (bibliothèques, arts et lettres, festivals et événements culturels, patrimoine, art public et design, etc.) et les catégories de dépenses (salaires et avantages sociaux, subventions octroyées, cachets d'artistes et honoraires, achats de biens et services, etc.).

Des budgets accrus

Les municipalités étudiées ont déboursé 353,2 millions de dollars en 2003 et 371,2 millions en 2004 dans les arts et loisirs, ce qui correspond à 7,2 % de leur budget de fonctionnement total. Cette progression de 5,1 % est légèrement supérieure à l'augmentation de 4,6 % de l'ensemble des dépenses des 11 villes de même qu'à l'inflation, qui s'est accrue de 1,9 % au Québec au cours de la même période.

«Au cours des dix dernières années, j'ai remarqué que les villes contribuent de manière toujours plus soutenue au secteur culturel, témoigne Nathalie Ouellet, chef du service des arts et de la culture de la Ville de Lévis et présidente du comité consultatif sur les municipalités et les administrations locales de l'OCCQ. Elles ont compris que le développement de la culture est en partie garant de la qualité de vie des citoyens. C'est le moyen par excellence pour stimuler l'appartenance à la collectivité et pour ancrer certaines valeurs sociales.»

Des livres d'abord

Sans surprise, les bibliothèques publiques municipales et leurs ressources humaines récoltent la part du lion. Les 11 villes ciblées y ont investi 123,8 millions de dollars en 2003 et 129,8 millions en 2004, soit près de la moitié des dépenses en services rendus, évaluées à quelque 270 M$ en 2003 et 280 M$ en 2004. À eux seuls, les achats de livres, de périodiques et d'enregistrements ont entraîné des débours de plus de 18 millions de dollars. Les arts visuels, les métiers d'art, les arts médiatiques, les arts de la scène et le multimédia se partagent quant à eux environ 48 M$. Viennent ensuite les festivals, les événements culturels, les loisirs culturels et scientifiques, de même que la conservation d'archives historiques, dont les dépenses varient entre un et sept millions de dollars, selon l'année.

Bien que les gouvernements provincial et fédéral ne subventionnent que 10 % des dépenses culturelles des municipalités, leur contribution demeure néanmoins particulièrement importante dans le maintien et le développement du patrimoine, de l'art public et du design, dont elle couvre près du tiers des coûts qui, au total, s'élèvent à 66 M$ en 2003 et 67 M$ en 2004. «On souhaiterait que les gouvernements soient plus présents dans d'autres secteurs», remarque à ce sujet Nathalie Ouellet.

Fait intéressant à noter, l'analyse par catégorie de dépenses révèle que les municipalités ont directement versé 53,2 M$ aux artistes, aux organismes du milieu culturel et aux travailleurs culturels en 2004, une augmentation de 2,1 M$ par rapport à l'année précédente.

La méthodologie étant désormais éprouvée, l'OCCQ souhaite inclure dans sa démarche suffisamment de villes pour couvrir au moins 80 % de l'ensemble des dépenses municipales au chapitre de la culture. La taille des agglomérations joue par ailleurs un rôle important dans cette partie de l'enquête, puisque le système de mesure permettra notamment aux villes de comparer leurs efforts culturels à ceux de leurs semblables.

Loin de concerner uniquement les administrations municipales, l'étude «fournira aussi aux professionnels de la culture et aux citoyens des arguments chiffrés et validés pour mieux discuter avec leurs élus», précise Nathalie Ouellet.

Dès le 16 mai prochain, les municipalités qui veulent mettre la main à la pâte trouveront le système de compilation et sa méthode de mesure dans le site Internet de l'OCCQ au www.stat.gouv.qc.ca/observatoire.

Collaboratrice du Devoir