Coprésidence du réseau - La culture comme outil de développement territorial

Depuis 20 ans, le réseau Les Arts et la Ville regroupe des acteurs du milieu culturel et du monde municipal. La présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Lise Bissonnette, et le maire de Sherbrooke, Jean Perrault, en sont les coprésidents.

La culture contribue au développement des municipalités et cette idée suscite maintenant davantage l'adhésion que par le passé, estiment les coprésidents du réseau Les Arts et la Ville, Lise Bissonnette et Jean Perrault.

«L'idée fondamentale que le développement d'une municipalité repose aussi sur son développement culturel et ne peut pas reposer que sur son développement économique ou commercial, ça a mis du temps à faire son chemin, mais ça fait son chemin», mentionne la présidente-directrice générale de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), Lise Bissonnette. Il s'agit selon elle d'une conquête très récente du milieu culturel. Outre les possibilités d'emploi, la vitalité culturelle d'une région peut inciter des jeunes à y rester, estime-t-elle.

Le maire de Sherbrooke, Jean Perrault, affirme que la culture est un outil de développement territorial. «À Sherbrooke, on utilise le développement culturel sous toutes ses formes», dit-il à titre d'exemple. Le plan d'urbanisme témoigne d'un intérêt à développer le centre-ville au moyen notamment d'activités culturelles et d'investissements culturels. Un Centre des arts de la scène est actuellement en construction. Des artistes ont par ailleurs peint des murales qui embellissent le centre-ville.

D'autres municipalités réservent aussi une place importante à la culture et en bénéficient, ajoute-t-il. Le festival le Mondial des cultures contribue par exemple à la notoriété de Drummondville, fait-il valoir.

Échanges de pratiques lors du colloque

Les acteurs du monde municipal ont l'occasion de discuter de leurs expériences entre eux ainsi qu'avec des artistes et d'autres personnes du milieu culturel lors du colloque annuel du réseau Les Arts et la Ville, qui aura lieu cette année du 16 au 18 mai à Laval. «J'aime partager avec les autres ce qu'on a fait. J'aime entendre les gens de Québec, de Montréal, de Drummondville, de Rimouski, de Saint-Georges ou d'ailleurs nous dire ce qu'ils ont fait chez eux. On échange les meilleures pratiques, les meilleures idées», dit M. Perrault.

Cette année, le thème du colloque sera «Les artistes et la municipalité — Un rendez-vous pour bâtir l'avenir». «Le thème a rarement été aussi près de notre mission, de notre raison d'être, qui a toujours été de rapprocher les artistes et les élus municipaux», mentionne Mme Bissonnette.

Il sera notamment question lors du colloque de la façon dont les artistes s'insèrent dans la ville et de leurs pratiques. «L'art contemporain est de plus en plus un art d'intervention. On peut penser aux installations, à l'art public. Le marché de l'art traditionnel est en train de changer profondément. Beaucoup d'artistes font aujourd'hui des carrières à partir uniquement de leur présence dans l'espace public», affirme la coprésidente du réseau Les Arts et la Ville.

Mme Bissonnette sera conférencière à un atelier sur l'identité locale et les archives dans le cadre du colloque. Les deux autres conférenciers à cet atelier seront Carol Couture, conservateur et directeur général des archives à BAnQ, et Michel Adrien, maire de Mont-Laurier.

«Les municipalités, au cours des dernières années, des dernières décennies, ont beaucoup investi dans leurs bibliothèques municipales [...]. Maintenant, on entre dans une autre étape, qui est celle de la mémoire collective dans les régions du Québec», dit la coprésidente du réseau Les Arts et la Ville. La gestion des archives est décentralisée au Québec et le soutien des municipalités est inégal, ajoute-t-elle. L'atelier permettra d'outiller les personnes qui y assisteront, de leur donner des informations, de répondre à leurs questions, de leur fournir des références et de leur mentionner des endroits où ils peuvent se renseigner sur ce sujet.

Petites collectivités

Un autre atelier portera sur le développement culturel en milieu rural. Le réseau Les Arts et la Ville ne regroupe pas que de grandes municipalités. Des petites collectivités en font aussi partie. «On a fait beaucoup de démarches pour offrir

des services à ces collectivités plus petites», affirme M. Perrault.

Le réseau met par exemple à la disposition de ses membres un centre de ressources dans Internet. Il a aussi créé trois catégories pour les prix Aménagement qu'il remet chaque année: une première pour les municipalités de 100 000 habitants et plus, une deuxième pour celles qui ont plus de 20 000 mais moins de 100 000 résidants, et une troisième pour celles de moins de 20 000 habitants. Il en va de même pour ses prix Culture et développement, lancés cette année.

Communautés francophones hors Québec

Le réseau Les Arts et la Ville est bien implanté au Québec, représentant environ 75 % de sa population. Il poursuit son expansion non seulement au Québec, mais aussi au sein des communautés francophones et acadiennes d'autres provinces canadiennes. Depuis un an et demi, dix nouvelles municipalités du Nouveau-Brunswick, cinq de l'Ontario et une de la Nouvelle-Écosse s'y sont jointes. Un organisme de la Colombie-Britannique en est aussi devenu membre.

Un atelier lors du colloque de Laval portera sur les formes de collaboration possibles entre des municipalités et des organismes culturels des communautés francophones canadiennes à l'extérieur du Québec.

Pour la première fois cette année, le réseau Les Arts et la Ville remettra le Prix francophone du développement culturel local à une municipalité d'une province ou d'un territoire canadien à l'exception du Québec. Il remettra aussi pour la première fois lors du colloque le prix Citoyen de la culture à un organisme culturel ou communautaire membre du réseau, qu'il soit au Québec ou dans une autre province canadienne.

Différentes régions du Québec

En plus de quelques invités de pays étrangers et de participants d'autres provinces canadiennes, des artistes et des décideurs de différentes régions du Québec prendront part au colloque. Certains conférenciers ou participants à des tables rondes habitent les Laurentides, l'Estrie, l'Outaouais, le Centre-du-Québec, la Mauricie, la Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent, Charlevoix, Chaudière-Appalaches, Québec, la Montérégie, Montréal ou Laval.

Selon Mme Bissonnette, on assiste à une décentralisation de l'activité artistique. «C'est sûr qu'il y aura toujours plus d'artistes à Montréal et à Québec qu'il y en a ailleurs sur le territoire. C'est inévitable et c'est comme ça dans tous les pays du monde. Les grands centres attirent l'activité créatrice. C'est là que sont les galeries et les grands organismes de diffusion. Et en général, les artistes aiment beaucoup les grandes villes, le côté effervescent de l'activité culturelle. Mais beaucoup d'autres artistes maintenant veulent créer dans une certaine sérénité et sont allés s'établir en région. On le voit partout au Québec.»

Collaboratrice du Devoir