Le coucou de Kooza

Le numéro de jonglerie montré hier ose des clins d’oeil à tous les clichés du genre, y compris le costume de paillettes argentées.
Photo: Jacques Grenier Le numéro de jonglerie montré hier ose des clins d’oeil à tous les clichés du genre, y compris le costume de paillettes argentées.

Après Corteo, Varekai et Delirium, après Alegria, Dralion, Love, Zumanity et même Kà, ce sera donc Kooza. Le Cirque du Soleil (CDS) s'est inspiré du sanscrit koza, qui signifie «boîte», «coffre» ou même «trésor», pour baptiser sa nouvelle création, la vingtième de la compagnie de cirque la plus prestigieuse au monde. Comme toutes ses productions pour chapiteau précédentes, Kooza sera lancée à Montréal. La première officielle aura lieu le 26 avril.

«Kooza marque le retour aux sources fondamentales de notre art multimillénaire», a résumé hier Gilles Sainte-Croix, un des cofondateurs du CDS, en marge de la conférence de presse organisée pour lever le voile sur ce nouveau spectacle et son appellation contrôlée. Guy Laliberté, dirigeant et propriétaire de la compagnie, n'était pas présent sous le grand chapiteau bleu et or planté dans le Vieux-Port de Montréal. «Nous avons voulu épurer notre pratique et revenir à des valeurs essentielles, dont la peur et la joie, la célébration de la vie et le défi constamment lancé à la mort.»

Pour ce grand ressourcement, l'entreprise de plus de 20 ans a fait appel à David Shiner, un clown américain qui a roulé sa boule rouge un peu partout sur la planète, y compris au CDS dans le cadre du spectacle Nouvelle expérience, pendant 19 mois, au début des années 90. «Pour trouver la ligne de ce spectacle auquel je pense depuis très longtemps, j'ai proposé la vision du clown, le monde intérieur du clown. Le clown est le personnage le plus significatif du cirque: il est chargé d'espoir et de faiblesse, de tout ce qui nous fait humains.» M. Shiner a aussi proposé la formule «dark fun» pour décrire ce dont il a accouché avec ses centaines de collaborateurs.

On a eu un avant-goût de cette perspective clownesque avec l'introduction aux extraits présentés hier. Le parterre des vilains reporters a pu voir un solitaire mélancolique se frotter à un coquin de Trickster, un filou illusionniste sorti d'une boîte à ressort pour multiplier les apparitions cocasses et fascinantes. Le programme dévoilé hier promet un numéro de pickpocket et, évidemment, des clowns à profusion.

Les créateurs du spectacle, dont le directeur de création Serge Roy, annoncent aussi leur intention de raviver la performance acrobatique, une autre grande tradition de la piste. Fini, les mécaniques complexes à la Corteo et foin des audaces scéniques pour ingénieurs diplômés: Kooza s'annonce comme du bon vieux cirque à bras, avec des numéros classiques, du fil de fer à la roue de la mort, du trapèze aux contorsions. L'époustouflant numéro de jonglerie montré hier ose des clins d'oeil à tous les clichés du genre, y compris la belle assistante et le costume de paillettes argentées.

Au total, la piste circulaire épurée, au fond de laquelle trône un bataclan, une autre très belle conception du scénographe Stéphane Roy, accueillera une cinquantaine d'artistes. Une dernière série de supplémentaires est annoncée juste avant la Saint-Jean. Après Montréal, Kooza visitera Québec et Toronto avant de prendre la route des États-Unis. Les plus vieux spectacles du Cirque du Soleil tiennent l'affiche depuis plus de 15 ans. Au total, la compagnie a déjà attiré plus de 60 millions de spectateurs sur cinq continents depuis sa création, en 1984.

Le Devoir

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