Patrimoine - Vimy, chef-d'oeuvre de restauration

Dinu Bumbaru n'a pas eu l'occasion de voir les fautes de français figurant sur les panneaux explicatifs du petit centre des visiteurs de Vimy pour la bonne raison qu'il ne l'a pas visité ce week-end. Par contre, il a exploré de long en large l'immense monument et peut témoigner de la qualité du travail de restauration mené depuis des années par le Canada.

«C'est un travail très, très soigné», dit Dinu Bumbaru, directeur des programmes du groupe Héritage Montréal et secrétaire général de l'ICOMOS, l'organisme-conseil de l'ONU pour les monuments et sites. Le spécialiste, joint à Paris hier, faisait partie d'un groupe de personnalités du patrimoine appelées à guider les travaux entrepris en 2004. «Les experts ont travaillé comme des moines. Il fallait par exemple réinscrire les noms des soldats sur plusieurs panneaux de pierre, y compris sur les joints de mortier. C'était très complexe et très minutieux. Franchement, le monument a repris sa force unifiée.»

Plus de 15 000 personnes ont assisté dimanche aux cérémonies de la seconde inauguration, auxquelles ont participé le premier ministre Harper et son homologue français ainsi que la reine Élisabeth II. La première inauguration, le 26 juillet 1936, avait rassemblé quelque 100 000 personnes.

Le monument rappelle la prise de la crête de Vimy, dans le nord de la France, en mars et en avril 1917, au prix d'un énorme sacrifice. Ce point stratégique avait déjà fait 200 000 victimes des deux côtés du champ d'horreur quand les Canadiens s'en emparèrent en y laissant eux-mêmes 11 285 soldats. Le parc de 250 hectares concédé «pour l'éternité» au pays allié tient aussi lieu de mémoire pour les quelque 66 000 jeunes d'ici décédés là-bas.

Dans les années 20 et 30, le monument, réalisé par le sculpteur canadien Walter Allward, a nécessité 11 ans de travaux et coûté 1,5 million au Canada. Les travaux de restauration ont coûté 20 fois plus cher. La semaine dernière, les nombreuses coquilles présentes sur les textes francophones des panneaux explicatifs du petit centre des visiteurs du site avaient suscité un tollé au pays. Les panneaux d'interprétation ont été retirés avant la cérémonie de dimanche.

«Il a aussi fallu étudier le mortier, poursuit Dinu Bumbaru. Il fallait trouver un produit qui ne sèche pas trop durement et qui conserve sa couleur blanchâtre. Celui employé dans les années 20 nuisait à la pierre. Aujourd'hui, la technique moderne ne se voit pas, et c'est justement ce qui est merveilleux dans ce travail.»

Pour le défenseur du patrimoine, il reste maintenant à s'attaquer au reste du site, notamment au parc paysager; on pourrait par exemple revoir le tracé d'accès à la pièce centrale. Dinu Bumbaru recommande également de mettre en place un plan d'entretien, afin de ne pas laisser le monument se détériorer une nouvelle fois.

Dans l'idéal, Dinu Bumbaru souhaiterait faire profiter d'autres nations et d'autres spécialistes des enseignements tirés par le Canada au cours des dernières années. «Une publication devrait être envisagée, dit-il. On pourrait y réunir l'histoire militaire du site, y compris l'importance qu'elle revêt pour le Canada. On pourrait aussi y trouver un rappel du concours mis en place pour ce monument, avec le choix final [de] la proposition de Allward [parmi] plus de 160 autres idées. On pourrait finalement y réfléchir sur la restauration récente. Des cas comme celui-là, il faut en tirer des leçons et en faire une référence.»

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