12e festival Vue sur la relève - Quand la relève mélange les genres

Fil de fées du Collectif Maât et du Domaine des possibles risque aussi d’en émerveiller plus d’un avec ses manipulations oniriques qui inventent des personnage avec des bouts de ficelle et de tissu. Photo: Mathieu Chartrand
Photo: Martin Chamberland Fil de fées du Collectif Maât et du Domaine des possibles risque aussi d’en émerveiller plus d’un avec ses manipulations oniriques qui inventent des personnage avec des bouts de ficelle et de tissu. Photo: Mathieu Chartrand

À vue de nez et d'oreille — et surtout de généreux extraits vidéo en ligne —, le 12e festival Vue sur la relève qui s'ouvre demain s'annonce particulièrement stimulante. Est-ce la richesse et la variété des formes d'expression qui s'y conjuguent ou l'étonnante maturité des signatures?

Un peu de tout cela, répond la directrice artistique et fondatrice de Vue sur la relève, Marie-Andrée Thollon, qui croit à une forme de sélection naturelle qui force de plus en plus les artistes en fleur à forger des oeuvres distinctes, afin de se démarquer dans la jungle de l'industrie du spectacle.

«La compétition est très forte, donc les spectacles qui nous sont présentés sont de plus haut calibre, note-t-elle. D'année en année, les jeunes font des choses qui sortent de l'ordinaire.»

On n'a plus la relève artistique qu'on avait. Formée à l'école de la vie sans frontières ou dans des institutions qui ont peaufiné leur enseignement, les jeunes artistes maîtrisent de mieux en mieux leur langage, qu'il s'agisse de musique, de danse, de théâtre ou de tout cela à la fois. Mais le public a aussi grandi en exigences à cause du foisonnement des propositions, si bien que les jeunes artistes mettent du temps à émerger, à prendre leur envol...

Contrairement à d'autres concours ou événements (Francouvertes, Fringe, Festival de la chanson de Granby), la directrice sélectionne des candidats qui ont à leur actif «un spectacle professionnel prêt à diffuser, insiste-t-elle. Il y a la qualité, l'originalité, l'accessibilité, mais un des premiers critères de Vue sur la relève est le potentiel de diffusion dans le marché actuel.»

Vingt-cinq compagnies, artistes indépendants ou groupes musicaux de la francophonie canadienne se partagent la scène de la Maison de la culture Frontenac du 11 au 21 avril, à raison de trois ou quatre productions par soir.

La plupart ont déjà fait leur marque dans les circuits de diffusion plus marginaux comme Tangente et le Studio 303 pour la danse, le Divan orange pour la musique. On ne s'étonne donc pas trop de (re)trouver l'écriture chorégraphique ludique et inventive de Twis-Manivelle de Marie Béland (13 avril) ou la voix singulière de Carl-Éric Hudon (14 avril).

Les belles découvertes viennent du côté des productions multi ou pluridisciplinaires, les 12 et 20 avril, qui amalgament théâtre, marionnettes, danse, vidéo et poésie, et rivalisent avec le pur théâtre. «Le multidisciplinaire commence à prendre plus de place cette année, la programmation est donc très éclatée», indique Mme Thollon.

Lynne Cooper réinvente à sa manière l'art du clown dans Sunk in the trunk ou les aventures d'un clown sans domicile fixe. Nomade par ses origines (chilienne et trinidadienne) et son parcours, elle aborde avec humour et poésie la question brûlante d'actualité de l'immigration, de la réalité parfois absurde des frontières.

Théâtre Métamorphosis (Héloïse Depocas) mélange la danse, les acrobaties, la poésie, les projections vidéo pour rendre hommage aux femmes violentées dans Les Revenantes. Sylvie Chartrand, formée comme son comparse Lionel Comella à l'école de mime d'Étienne Decroux, propose ses marionnettes humaines dans Idem Esse. Fil de fées du Collectif Maât et du Domaine des possibles risque aussi d'en émerveiller plus d'un avec ses manipulations oniriques qui inventent des personnage avec des bouts de ficelle et de tissu.

Au rayon musical, Misteur Valaire propose ses étranges mixtures sonores aux confluents du jazz, du hip hop et de la world. «Groove supersensoriel» garanti, selon le titre de sa performance. Sa pièce Press 2 se retrouve d'ailleurs sur l'album Vue sur la relève qui réunit toutes les voix du festival.

Tout cela devrait inspirer le public le plus frileux. «Le public doit accepter de venir découvrir des trucs dont il n'a pas entendu parler», clame la directrice, qui fréquente ces territoires moins connus depuis 15 ans.

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