Patrimoine - Derrière la façade des choses

Traversée par le soleil de fin de journée, la vieille façade de Saint-Vincent-de-Paul, à Québec, offre des points de vue magnifiques.
Photo: Traversée par le soleil de fin de journée, la vieille façade de Saint-Vincent-de-Paul, à Québec, offre des points de vue magnifiques.

Québec — Le centre-ville de Québec porte, depuis la fin de l'été, une drôle de cicatrice. À l'entrée des autoroutes, face aux Laurentides, trône la grande façade de Saint-Vincent-de-Paul, une autre de ces églises dont on n'a su que faire. Le Devoir a voulu savoir où en étaient les décideurs dans ce dossier.

Tout ce que la ville de Québec compte de photographes amateurs ou professionnels a été tenté, à un moment ou à un autre, de la croquer ces derniers mois. Traversée par le soleil de fin de journée, la vieille façade offre certes des points de vue magnifiques, mais derrière les clichés romantiques dominent des considérations administratives pour le moins complexes.

«Nous attendons les résultats d'un rapport d'experts pour savoir s'il y a possibilité de conserver la façade, explique Colette Proulx, de la direction des relations publiques du ministère de la Culture. On pourra ensuite établir s'il est possible de l'intégrer de façon sécuritaire à un autre bâtiment.»

La façade est tout ce qui a subsisté des travaux de démolition entrepris par le propriétaire du terrain, Jacques Robitaille. Ce dernier souhaite y construire l'hôtel Boréal, un établissement quatre étoiles de 25 millions comprenant 300 chambres, son septième à Québec.

M. Robitaille a acquis le terrain du Patro des pères de la Saint-Vincent-de-Paul en 1998. Depuis, la Ville l'avait autorisé à mettre l'église à terre, à condition d'en préserver la façade. Or, en décembre, c'est le coup de théâtre: M. Robitaille plaide que la façade n'est pas sécuritaire et qu'il faut la détruire. La Ville se range alors à son point de vue, mais le ministère de la Culture met en doute ce rapport en se fondant sur une autre expertise.

Depuis, c'est le calme plat. Au ministère, on dit être en attente d'un rapport final avant de soumettre le dossier à une décision de la ministre. Une rencontre a déjà été prévue entre la direction du patrimoine et le promoteur pour trouver un compromis.

Comme l'explique Yves Couture, de la Commission d'urbanisme et de conservation de la ville, façade ou pas, la question est maintenant de savoir quelle allure aura le projet dans son ensemble. «Ce n'est pas juste une question de conservation du patrimoine. Est-ce qu'on va se retrouver avec quelque chose qui a du sens?» La Ville et le ministère doivent, de toute façon, s'entendre avec le promoteur, poursuit-il. «À la Ville, nous en sommes arrivés à la conclusion que, étant donné ce qui restait, il valait mieux le laisser aller et privilégier un projet de compromis.»

D'aucuns regrettent que ce terrain, situé dans l'arrondissement historique, soit tombé entre les mains d'un énième promoteur hôtelier. «Peut-être que, si le dossier traîne, c'est que le taux d'occupation des hôtels a baissé et que le promoteur est moins pressé de lancer son projet», s'interroge le conseiller municipal Pierre Maheux qui, à la fin des années 1980, a milité au sein d'un groupe communautaire pour que l'ancien Patro Saint-Vincent-de-Paul soit converti en logements communautaires. «Les pères ont longtemps résisté. Ils disaient que c'était leur fonds de retraite. Finalement, ils ont attendu des années avant de le vendre et, au bout du compte, on se retrouve avec des ruines!»