Soirée inaugurale du nouveau Palais Montcalm - «L'art n'est pas élitiste», plaide Andrée Boucher

Québec — Dans un discours aux accents réconciliateurs, la mairesse de Québec, Andrée P. Boucher, a profité de l'inauguration du nouveau Palais Montcalm, samedi soir, pour répliquer à ceux qui voient dans les investissements culturels le reflet de la seule volonté des élites de la capitale.

«Cessons de dire que l'art, c'est élitiste! Il n'y a rien de plus faux», a-t-elle déclaré lors d'un discours dans la salle Raoul-Jobin où venaient de se produire les Violons du Roy. «L'art, ça émane du peuple. [...] On n'a pas besoin d'être le fils d'un ancien premier ministre, d'un avocat ou d'un notaire pour être artiste. [...] Le peintre Albert Rousseau était barman pour faire vivre sa famille. Raoul Jobin habitait le quartier Saint-Sauveur, non pas la Grande Allée.»

La mairesse faisait allusion à la réaction a posteriori d'une certaine droite à Québec contre les nombreux investissements en culture effectués sous la gouverne du maire Jean-Paul L'Allier, dont le projet du nouveau Palais Montcalm (Maison de la musique) que l'on inaugurait samedi soir.

Des tensions bien résumées par ces propos de l'animateur de radio Sylvain Bouchard tirés d'un reportage du Devoir sur le fameux «mystère de Québec»: «Moi, je suis un gars de sport et de rock. Je ne peux pas comprendre pourquoi la mairesse et les autres me disent que jamais ils ne vont mettre une cenne d'argent public dans le Colisée par exemple. Par contre, mettre 30 millions dans le Palais Montcalm [en fait, 23 millions] pour 900 personnes, c'est correct parce que ça, c'est de la culture.»

De surcroît, les délais dans l'aboutissement du projet de transformation du Palais et les dépassements de coûts (de 18 à 23 millions) qu'il a occasionnés lui ont donné, ces dernières années, une bien mauvaise image.

Louangeant le caractère «extraordinaire» de la nouvelle salle de concert, la mairesse a donc plaidé que la Ville avait bien fait «de ne pas abandonner» dans ce dossier en dépit de ses difficultés de parcours. «Il faut distinguer les difficultés de l'échec», a-t-elle lancé en invitant la population à être moins sévère avec les Fêtes du 400e qu'avec le Palais Montcalm.

Ovation pour Jean-Paul L'Allier

La mairesse a par ailleurs pris la peine de rendre hommage à son prédécesseur, Jean-Paul L'Allier, qui était présent dans la salle. «L'idée, c'est le premier magistrat de l'époque qui l'a eue», a-t-elle déclaré, déclenchant une longue ovation à laquelle elle n'a d'ailleurs pas eu droit à la fin de son propre discours.

Et de souligner que cet équipement municipal était la propriété de tous. C'est en outre dans cet esprit qu'une part des billets avaient été distribués gratuitement dans la population par l'entremise des médias locaux.

Le programme des Violons du Roy présenté samedi soir comprenait des pièces de Haendel, Vivaldi et Geminiani. L'ensemble était accompagné à merveille par la mezzo soprano torontoise Krisztina Szabo. La chanteuse Julia Migenes assumait quant à elle la seconde partie avec des interprétations lyriques du répertoire pop.

Rencontré quelques minutes après sa performance, le directeur artistique des Violons, Bernard Labadie jubilait: «Je suis très, très heureux. C'est la salle dont nous rêvions. Pas juste pour les Violons, mais pour Québec.» Et de renchérir sur les propos de la mairesse Boucher: «Il faut arrêter de dire que les concerts de musique classique, ça coûte cher. Au contraire, ça coûte moins cher que bien des shows d'humoristes. [...].»

À ceux qui soutiennent que l'argent public investi dans des équipements comme le nouveau Palais Montcalm devrait plutôt être injecté dans les hôpitaux, M. Labadie rétorque «qu'une société en santé, c'est aussi une société ouverte à l'art» et que la musique est «une autre façon de prendre soin des gens».

Lui aussi très enthousiasmé par la nouvelle salle, l'ancien maire Jean-Paul L'Allier a rappelé au Devoir le rôle clé joué par Bernard Labadie dans ce projet. «L'idée de la Maison de la musique a fait son chemin avec Bernard Labadie», a-t-il raconté tout en soulignant que la Ville souhaitait aussi empêcher la construction en lieu et place d'un casino, comme le proposait alors Loto-Québec. «L'idée c'était d'ancrer Bernard Labadie et les Violons du Roy à Québec, au même titre que Robert Lepage», a-t-il poursuivi.

Collaboratrice du Devoir
10 commentaires
  • Gertrude Deslauriers - Inscrit 19 mars 2007 05 h 28

    Bouchard a raison

    Je ne suis pas contre la culture. Mais il est vrai de dire que QUébec a pris un virage 100% culturel, particulièrement du temps de Jean Paul L'Allier. Toute l'ère L'Allier fut consacrée à la culture et soyons clairs, avant son entrée en scène en 1989, Québec pouvait se mesurer et se comparer à une ville comme Ottawa par exemple, et ce sur tous les plans. Maintenant, Ottawa est à des années lumières avant nous, sans pour autant avoir mis de côté l'aspect culturel de son développement. Je pense que c'est cela qui choque les gens ordinaires, à savoir que tous les efforts de développement furent mis au niveau de la culture et non au développement de l'économie et encore moins au niveau du sport et de son Colisée vieillot. Certes, il n'était pas dans l'intérêt de la ville de s'impliquer financièrement dans la construction d'un nouveau Colisée, mais si on avait juste fait une démonstration d'ouverture d'esprit envers des investisseurs éventuels, peut-être que ce dossier se serait réglé. Par contre, le Colisée actuel est devenu une véritable farce de par sa désuétude et à ce que je sache, aucun budget tel celui accordé à la rénovation du Palais Montcalm n'est disponible actuellement. Et pour ceux qui croient au développement du transport en commun par des moyens autres que les autobus tels que nous les connaissons actuellement, aucun plan précis n'est encore sur les planches. Alors, il n'est pas faux de dire qu'une grande partie des budgets furent octroyés à la culture au détriment de d'autres secteurs d'acitivités.

  • Nicole Poirier - Inscrite 19 mars 2007 06 h 59

    Diversité

    Je m'inscris en faux des propos tenus par l'animateur Sylvain Bouchard. Il faut promouvoir la diversité dans les loisirs. On peut aimer voir une partie de hockey, un show rock, un spectacle d'humoriste et assiser à un concert, à une pièce de théâtre, visiter une exposition, etc. Ceux qui se cantonnent aux activités nommées se briment de plaisirs certains.

    Nicole Poirier

  • Zach Gebello - Inscrit 19 mars 2007 08 h 22

    De l'immobilier

    Lorsque la mairesse Boucher parade ces créations de mode qui attirent tant l'attention, elle ne fait pas de la culture; elle la porte.

    De même cette nouvelle salle de concert, en son ventre devra produire quelque chose ou ne sera que de l'immobilier.

    Jouer Haendel et Vivaldi, à Québec, n'est pas faire de la culture.

    Je ne sais pas moi; que nos artistes créent un opéra ou musical original sur Évangéline, par exemple (elle brûla Montréal pour son amour à un Québécois). Ou un hymne national pour le 400emme.

    Ce n'est pas les sujets qui manquent au Québec. On a encore rien fait.

    Commencez donc par faire quelque chose, avant de faire la boîte pour la mettre dedans.

  • G. Dex - Inscrit 19 mars 2007 10 h 20

    elle en a nomme 2

    et les autres etaient de quelles sources ?
    eille on n'est pas des cons! ce n'est pas parce que les politiciens se petent les bretelles qu'ils sont equitables... l'equite n'a JAMAIS existe quand il s'agit de gros sous et de luxe personne a jamais vu l'equite. Vive la veritable culture, c.a.d. celle du peuple de des gens vraiment talentueux.

  • André Chamberland - Inscrit 19 mars 2007 10 h 24

    Aidons les arts et les artistes, pas les constructeurs d'édifices

    Les commentaires de M. Gebello démontrent bien la différence de point de vue qu'on peut prendre pour dire s'occuper des arts. Les politiciens et la bourgeoisie pensent en termes de belles salles de spectacles où des gens bien vêtus et "de classe" iront parader à gros prix. Les financiers et promoteurs pensent en termes de gros spectacles qui leur rapporteront beaucoup d'argent. Le peuple pense en termes d'aide à la création individuelle et d'aide aux artistes et artisans du peuple. Ce peuple ne pourra jamais assister à ce genres de spectacles dans ce genre de salles. Il n'an a pas les moyens financiers. Et pourtant c'est le peuple, avec ses impôts et n'ayant droit à aucun crédit ni exemption d'impôts qui se voit égorger pour payer les plaisirs hautains et vaniteux de certains. Il est temps que la "Vanitart" ne soit plus considéré comme de l'art et que l'art et les artistes qui conservent et entretiennent la flamme de l'âme du peuple soit mieux valorisés et encouragés.
    André Chamberland, artiste peintre
    Lévis QC
    andre.cham@sympatico.ca