Entrevue avec Clémence DesRochers et Marie-Michèle Desrosiers - L'une décoiffe, l'autre resplendit

Clémence DesRochers et Marie-Michèle Desrosiers, amies et complices!
Photo: Jacques Grenier Clémence DesRochers et Marie-Michèle Desrosiers, amies et complices!

Elles arrivent ensemble. Marie-Michèle Desrosiers est élégantissime, chic manteau de mouton, longue écharpe. Clémence DesRochers est enfouie quelque part dans son Kanuk. Marie-Michèle me remercie de l'invitation, se souvient qu'elle demeurait pas loin, du temps de Beau Dommage. Clémence fait le tour du propriétaire, commente: «Pis ta blonde t'endure avec tout ça?» Marie-Michèle en impose sans en faire beaucoup, belle madame, la classe. Clémence s'impose en en faisant beaucoup, intempestive, intraitable. C'est la Clémence que l'on connaît et que l'on aime. Marie-Michèle, on la connaît nettement moins, malgré trois décennies de fréquentation plus ou moins assidue, de scènes en tréteaux: on apprécie la voix, l'art d'interpréter, le port altier. Mais la fille, quand elle se lâche lousse, elle ressemble à quoi?

C'est ce qu'on verra ce soir, demain et le 23 mars au Lion d'Or. Le spectacle ne s'intitule pas Marie-Michèle se défrise pour des prunes. Il s'agit précisément d'aller au-delà de cette impression de perfection qu'elle projette, au-delà de la Marie-Michèle impératrice qui chante Noël avec «ses gros Russes» (dixit Clémence), un peu figée, un brin coincée. «Si elle veut, she's no limit», résume Clémence, enthousiaste. «C'est une showgirl, elle est belle, sexy, elle bouge bien, elle est drôle, généreuse, émouvante.» Encore fallait-il trouver la brèche par laquelle cette Marie-Michèle pourrait s'immiscer.

Il a fallu un cadeau de Clémence. Un texte de chanson. «Déposé sur le coin la table, un matin chez Clémence et Louise», précise Marie-Michèle. Clémence raconte: «Marie, c'est la cousine germaine de mon amie Louise. On se connaissait, mais pas tant que ça. Elle jouait les étés à Eastman, on lui a offert de s'installer chez nous. L'aventure humaine de se découvrir mutuellement a commencé là. Je l'ai vue vivre un grand chagrin d'amour et, après ça, il y a eu sa maman qui a été obligée de rentrer dans une maison d'écueil [sic] avec deux autres tantes. Toutes avec l'Alzheimer. De grosses affaires à vivre. Mais c'est une femme discrète. Pas une braillarde comme moi. Fait que je lui ai mis ça en rimes.»

Et crac. Fissure dans la façade. Flot d'émotions. Bonjour Marie-Michèle, toutes vannes ouvertes. «Ça m'a donné le goût de reprendre du crayon et d'écrire aussi. Alors, j'ai écrit, des p'tites présentations, des p'tits monologues, hein, Clémence?» Clémence en rajoute. «Pas p'tits pantoute. Elle écrit très très bien. Elle a écrit sur son père, sa mère, ses tantes, sa peine d'amour. Elle a écrit des folies, aussi. Marie, après ce show-là, on va la connaître.»

Le spectacle alterne ainsi les «histoires» de Marie-Michèle et des chansons, inédites (sauf les trois-quatre incontournables des années Beau Dommage), mises en musique par les Daniel Lavoie, Ariane Moffatt, Michel Rivard, André Gagnon, Jean-Marie Benoît, Robert Léger, Pierre Bertrand, François Cousineau, Pierre Bertrand. C'est l'extraordinaire Steve Normandin qui, à quelques bandes près (Dédé qui pianote, Michel qui grattouille), assure au piano et à l'accordéon l'accompagnement. Et la complicité. «Il m'aide à me dégêner. Il n'a peur de rien. Comme Clémence. Moi, je suis pissouse. Mais de moins en moins.» Clémence sourit. «Elle a pas le choix!» Marie-Michèle sourit aussi. «Question de survie... »

Collaborateur du Devoir

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