La Fondation Musagetes organise son premier café de discussion

Pourquoi les artistes ne sont-ils pas davantage présents dans les débats sociaux? La question a taraudé le premier «café» organisé à Londres le week-end dernier par la toute nouvelle fondation canadienne Musagetes.

«Nous n'avons pas trouvé de réponse claire, nette et facile, mais trois éléments nous ont semblé essentiels pour comprendre l'absence de pont entre le milieu artistique et les enjeux sociaux: d'abord, les institutions culturelles comme les musées ou les théâtres rendent les artistes captifs d'un système; ensuite, le système de financement des arts n'encourage pas l'engagement; finalement, il y a la peur de la récupération des artistes par les causes défendues», a expliqué Simon Brault, président de Culture Montréal et directeur général de l'École nationale de théâtre du Canada. Membre de l'équipe de base de la fondation, il a participé à la rencontre londonienne en même temps qu'une vingtaine d'autres créateurs et défenseurs de la culture.

Cette réunion, présentée comme un café ou un salon de discussion à l'ancienne, s'est étendue sur trois jours, de vendredi à dimanche derniers. L'idée était d'approfondir les principes d'un manifeste anti-utilitariste de la culture adopté préalablement à Québec, il y a près d'un an, par la Fondation Musagetes. La rencontre a notamment rassemblé Jude Kelly, fondatrice du groupe de pression et de réflexion Metal Culture à Londres, le musicien et militant Billy Bragg, le cinéaste et militant David Buckland et Jordi Pascual, urbaniste et leader des politiques culturelles en Espagne.

Les conclusions des participants seront synthétisées dans une lettre que devrait diffuser la Fondation Musagetes vers la fin de mars. Le manifeste se trouve déjà en ligne (musagetes.org). «La fondation continue de réfléchir à son action, a poursuivi M. Brault. Tous les créateurs présents à Londres se rencontraient pour la première fois et ils étaient très heureux de cette expérience. Il n'existe rien de semblable dans le monde puisque ni les gouvernements, ni les commanditaires traditionnels, ni les universités ne peuvent produire un espace semblable, à la fois libre et tourné vers l'action.»

La Fondation Musagetes, qui tire son nom du titre de soutien des muses attribué à Apollon, fonctionne comme un centre de réflexion indépendant et international. Elle jouit d'un budget annuel d'environ deux millions de dollars. Elle est financée par le couple de mécènes ontarien Michael Barnstijn et Louise MacCallum.